Légal ou illégal, non à l’orpaillage à Buenos Aires

Une foule bigarrée de personnes, tenant des banderoles et des pancartes contre l’exploitation minière, à Merced de Buenos Aires (Equateur) Les habitants de Buenos Aires rejettent toute forme d’exploitation minière (© Bonaerenses Unidos Protectores del Ecosistema - BUPROE) Une file de véhicules de la compagnie minière Hanrine bloqués sur la route d’accès de la municipalité de Buenos Aires (canton d'Urcuquí, province d’Imbabura) dans le nord de l’Équateur Les véhicules de la société minière Hanrine tentent de pénétrer sur le territoire municipal (© Bonaerenses Unidos Protectores del Ecosistema - BUPROE) Campement d’orpailleurs illégaux à la Merced de Buenos Aires, canton d'Urcuquí, province d'Imbabura, Équateur Campement d’orpailleurs illégaux en 2017 (© Bonaerenses Unidos Protectores del Ecosistema - BUPROE)

Urgence dans le nord de l’Équateur ! Les habitants de la municipalité de Buenos Aires résistent pacifiquement à une compagnie australienne qui veut exploiter une mine d’or de grande envergure dans leurs montagnes. Ils demandent aux autorités de respecter leurs droits et leur opposition à l’orpaillage, qu’il soit illégal ou légal.

Mises à jour Appel

Aux autorités de l’Équateur

“Merci de garantir les droits humains et de la nature en Équateur, de consulter la population et de respecter son opposition à l’exploitation minière.”

Afficher la lettre de pétition

Il y a quelques années, la découverte d’or dans la province d’Imbabura, au nord de l’Équateur, a provoqué une véritable ruée et la fin de la vie paisible des habitants de la municipalité de Buenos Aires. Des milliers d’orpailleurs illégaux ont envahi la zone, sans aucun permis. Avant d’être évacués par les forces de l’ordre, ils ont gravement pollué la terre et les rivières en utilisant les très toxiques mercure et cyanure.

Mais aujourd’hui, la fièvre de l’or a également gagné les décideurs politiques, l’administration et les entreprises : une mine à ciel ouvert de grande envergure est ainsi projetée pour y exploiter, de manière prétendument légale, l’or et le cuivre dans un futur proche.

Depuis le 19 avril 2021, Buenos Aires est touchée par un nouvel assaut. Des habitants déplorent l’arrivée de véhicules de l’entreprise Hanrine, filiale en Equateur de la société australienne Hancock Prospecting. Selon des témoignages, anonymes pour des raisons de sécurité, les employés auraient intimidé les résidents et prétendu avoir tous les permis nécessaires à l’exploitation minière.

Or, l’Alliance pour les droits de l’homme de l’Équateur alerte que le projet ne disposerait pas des permis nécessaires, tels que l’étude d’impact environnemental (EIA) ou l’approbation du ministère de l’environnement et de l’eau. Par ailleurs, la concession aurait été attribuée à la société alors que le cadastre minier était fermé, selon un rapport du contrôleur général de l’État.

Qu’elle soit légale ou non, les habitants de la municipalité de Buenos Aires ne veulent pas d’exploitation minière sur leur territoire. Ils ont jusqu’à présent manifesté et bloqué pacifiquement l’accès aux convois de l’entreprise (voir la vidéo plus bas dans le dépliant Contexte). 

Dans l’urgence, les habitants de Buenos Aires ont adressé une lettre aux autorités équatoriennes et à la compagnie minière. Avec cette pétition, ils veulent leur faire savoir que le monde entier les regarde. 

Merci de les soutenir avec votre signature !

Contexte

Des unités de la police et de l’armée sont entrées dans la municipalité de Buenos Aires, dans le nord de l’Equateur. La présence de ces forces armées fait craindre aux habitants la volonté des autorités de permettre le passage des convois de la compagnie minière.

« Nous défendrons les rivières, les ruisseaux, les montagnes, les animaux et tout ce qui existe dans notre municipalité, quelles qu’en soient les conséquences », affirment les habitants dans leur manifestation pacifique. Depuis 2017, ils se sont prononcés à plusieurs reprises contre l’activité minière.

L’exploitation minière illégale a attiré dans la région 5 000 orpailleurs ainsi que des groupes criminels et armés. Leurs présence et activités ont de graves conséquences pour les habitants. Outre la destruction de l’environnement et des moyens de subsistance la population, la violence, l’anarchie, l’alcoolisme et la prostitution sont devenus monnaie courante. Lors d’une opération d’expulsion d’orpailleurs illégaux, les autorités ont trouvé des broyeurs de roche, des moteurs, des réservoirs chimiques, des bouteilles de gaz et de carburant, etc.

La presse équatorienne a tendance à associer la population de la région aux activités minières illégales. Les habitants rejettent ce type de reportage. Ils soutiennent, au contraire, avoir collaboré avec la police dans plusieurs opérations contre l’exploitation minière illégale, dont certaines très récentes. « Mais les orpailleurs illégaux sont toujours libres. C’est scandaleux », s’emporte l’un d’eux.

La population craint que l’exploitation minière dite légale, c’est-à-dire l’exploitation industrielle de l’or et du cuivre dans une mine à ciel ouvert de grande échelle, ne fasse qu’aggraver les problèmes. La société Hanrine possède des concessions couvrant une superficie d’environ 23 000 hectares.

« L’État équatorien nous a alternativement qualifiés (les habitants de la commune) de terroristes, d’orpailleurs illégaux ou d’anti-mineurs » ; « Nous nous sentons en grand danger parce qu’ils ont retiré la protection de la police et de l’armée », qui consistait en un poste de contrôle pour empêcher l’entrée des orpailleurs illégaux. Avec ce retrait, ils ont dégagé la voie pour les camions et les machines de la compagnie minière. Les véhicules ont également acheminé des travailleurs, jusqu’à 120 personnes n’ayant aucun lien avec la région. Sont arrivés également environ 50 policiers et un groupe de soldats dans deux bus. En pleine pandémie de COVID19, cet afflux extérieur multiplie le risque sanitaire dans la communauté.

Le Bureau du Médiateur a également émis un avertissement. Malgré les mesures prises ces derniers jours et la présence de la police, « la situation se dégrade progressivement » alors que « la responsabilité de protéger les droits des personnes et de la nature, ainsi que de contrôler et de réglementer l’activité minière en Équateur » incombe à l’État. Par conséquent, « la résolution du problème de l’exploitation minière à Buenos Aires nécessite une coordination interinstitutionnelle. »

Les miniers déclarent qu’ils ne battront pas en retraite. Ils ont apporté leur personnel et leurs machines pour commencer les travaux. La route d’accès est encombrée de leurs véhicules. Ils ont installé un campement provisoire sur le bord de la route, ce qui est interdit par la loi. Les plus gros camions contiennent probablement des machines industrielles. Si c’était avéré, cela indiquerait une intention de débuter des sondages miniers sur des terrains publics ou privés.


Documentation (en espagnol)


Destinataires de la pétition

  • Ministère de l’environnement et de l’Eau 
  • Ministère de l’Energie et des ressources naturelles non renouvelables 
  • M. Tyrone Vega Gaybor, maire de San Miguel d’Urcuquí 
  • Mme Gabriela Jaramillo Puente, Gouverneure de la Province d’Imbabura
  • Conseil municipal
  • Police nationale

Ambassade d’Equateur
34, avenue de Messine
75008 Paris
Tel :+33 1 45 61 10 04
Courriel : eecufrancia@cancilleria.gob.ec 

Lettre

Aux autorités de l’Équateur

Madame, Monsieur,
il a été porté à notre connaissance que, dans le canton d’Urcuquí, province d’Imbabura, les communautés de la municipalité de Buenos Aires et les indigènes Awá de Palmira dénoncent la violation de leurs droits avec l’invasion de l’entreprise minière Hanrine.

En soutien aux habitants du canton d’Urcuquí, nous demandons

aux autorités :
- d’intervenir pour mettre fin à tous les actes d’intimidation contre la population de Buenos Aires ; d’enquêter sur les allégations sans criminaliser, accuser de manière biaisée ou préjuger de la communauté dans son ensemble,
- de fournir des explications complètes sur cette invasion minière injustifiée et risquée à plus d’un titre,
- de réparer le passif environnemental résultant de l’exploitation minière illégale, dont personne ne semble se soucier jusqu’ici : réglementer et contrôler toutes les activités ayant un impact sur l’environnement, conformément à la loi et en garantissant les droits de l’homme et de la nature, la Constitution et les instruments internationaux tels que la convention 169 de l’OIT,
- de respecter et de garantir, dans la municipalité de Buenos Aires, le droit de manifestation, de liberté d’expression, de réunion pacifique et de participation politique, ainsi que le droit à la santé et à l’intégrité de la personne des habitants,
- d’établir un dialogue et un plan de travail entre les parties afin de trouver une solution à ce conflit social, dont l’un des résultats possibles est une consultation préalable, libre et informée sur l’accès de la compagnie minière.

à la police nationale :
- d’effectuer son travail et, tant que la situation n’est pas totalement clarifiée, de contrôler et d’empêcher l’entrée d’entreprises, de machines et de travailleurs dans cette zone, en réponse aux préoccupations des citoyens,
- de prendre les plaintes éventuelles des habitants,

En ce qui concerne les forces militaires dans la zone : selon la Constitution équatorienne, le maintien de l’ordre public est une fonction assurée par la police nationale, et non par l’armée. La présence de militaires à Buenos Aires nécessite donc une clarification.

Le monde entier observe ce qui se passe à Buenos Aires. Nous attendons vos réponses avec impatience.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre haute considération.

L'or en 5 minutes

Situation actuelle : l’or sale

On trouve de l’or presque partout dans le monde. L’extraction de l’or est particulièrement massive sur l’île de Lihir au nord-ouest de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, où environ 75 kilos d’or sont extraits chaque jour. En comparaison internationale, la Chine est le pays qui extrait le plus d’or en 2016 avec 455 tonnes, soit environ 13 % de la production mondiale.

En 2016, 47,4 % du métal précieux a été transformé en bijoux ; 7,5 % de l’or extrait a été utilisé dans l’industrie électronique pour fabriquer entre autres des téléphones et des ordinateurs portables. Le reste est détenu par des banques centrales ou des investisseurs privés sous forme de réserve et à des fins spéculatives. La Banque centrale américaine possède de loin le plus grand stock d’or mondial avec 8 133,5 tonnes. La Banque fédérale d’Allemagne arrive en seconde position avec 3 377,9 tonnes d’or.

L’or peut être présent sous forme de dépôts alluvionnaires granuleux (pépites), qui sont séparés mécaniquement du substrat venant du sol. Mais le métal précieux est le plus souvent présent en quantités infimes dans la structure réticulaire des minéraux rocheux. Les orpailleurs doivent utiliser du cyanure et du mercure pour extraire et lier la poussière d’or.

L’exploitation aurifère industrielle a recours au cyanure et à la soude caustique, un procédé extrêmement nocif pour l’environnement. L’extraction d’une tonne d’or nécessite 150 tonnes de cyanure en moyenne. À titre de comparaison, quelques millilitres de cette substance sont déjà mortels pour l’homme.

Le procédé à base de mercure est souvent utilisé par les petits orpailleurs. Les minerais contenant de l’or sont d’abord passés au tamis pendant des heures dans l’eau, jusqu’à ce que la poussière d’or soit concentrée dans le dépôt. Cette boue rocheuse contenant de l’or est ensuite mélangée à du mercure, qui forme un alliage liquide (amalgame) avec l’or. Cet alliage est ensuite chauffé. Le métal lourd toxique s’évapore, ne laissant que de l’or pur. Dans les petites mines artisanales, on cherche souvent en vain des équipements de protection contre la neurotoxine ou des dispositifs permettant de récupérer le mercure s’évaporant. Le métal précieux profite surtout aux bailleurs, aux entreprises de transport et aux distributeurs de produits chimiques. Les hommes et la nature souffrent de l’exploitation aurifère.

Les conséquences : des forêts tropicales à la riche biodiversité transformées en déserts toxiques

Le cyanure et le mercure contaminent les sols et les nappes phréatiques à jamais. Mêmes lorsque les mines d’or sont fermées, les gravats traités au cyanure émettent des acides sulfuriques toxiques pendant des décennies.

L’extraction aurifère industrielle nécessite par ailleurs des quantités d’eau astronomiques. En moyenne, 140 000 litres d’eau par heure sont nécessaires, ce qui correspond à la consommation d’eau annuelle d’un foyer de trois personnes (en Allemagne). L’eau contaminée est stockée dans des bassins de rétention recouverts d’un film étanche puis partiellement retraitée. De fortes pluies susceptibles de provoquer des débordements ou des ruptures de digues et des micro-perforations pouvant endommager le film constituent de grands risques environnementaux. Les ruptures de digues sont fréquentes. En 2000, des boues contenant des métaux lourds ont contaminé la Tisza, le plus grand affluent du Danube, en Roumanie. Toute forme de vie a été détruite dans les cours d’eau. La charge polluante a été détectée jusque dans le Danube, pourtant éloigné de plusieurs centaines de kilomètres.

A cela s’ajoute l’abattage d’arbres géants dans les forêts vierges. Des pelleteuses creusent la terre, laissant derrière elles des paysages lunaires. 1 000 kilos de déchets toxiques et de déblais sont produits pour obtenir seulement 0,24 gramme d’or. Une bague en or produit à elle seule 20 tonnes de déchets hautement toxiques.

L’organisation des droits de l’homme Human Rights Watch signale aussi que le travail des enfants est largement répandu dans le secteur aurifère. Les enfants sont envoyés dans des puits étroits et lavent le minerai contenant de l’or à mains nues dans des mélanges à base de mercure.

La solution : 4 règles d’or pour protéger les hommes et la nature

Mon bijou en or a-t-il lui aussi été fabriqué dans des conditions inhumaines et préjudiciables pour l’environnement ? Il est extrêmement difficile de suivre la trace de l’or en raison de la multiplicité des acteurs impliqués. Les raffineries d’or, qui se trouvent principalement en Suisse et représentent 70 % de la production mondiale, indiquent utiliser des matières premières fournies par des revendeurs certifiés. Mais si l’on y regarde de plus près, on s’aperçoit que de nombreux vendeurs réalisent des transactions fictives avec de fausses adresses (nous vous recommandons de visionner le reportage suivant : « L’or sale d’Amazonie française »).

Nous sommes également responsables de ces conséquences désastreuses. Alors, que pouvons-nous faire à notre échelle pour changer cela ?

  • Repenser la consommation: a-t-on vraiment besoin d’un nouveau smartphone chaque année ? Utilisez vos appareils électroniques (téléphones et ordinateurs portables) aussi longtemps que possible. Lorsque votre appareil ne fonctionne plus, vous pouvez vous en séparer en veillant à le déposer dans un point de recyclage. Saviez-vous que, selon les calculs de l’ONU, l’or contenu dans seulement 49 portables correspond à une tonne de minerai d’or ?
  • Transformez vos bijoux : vous pouvez facilement transformer en or vos bijoux démodés ou qui ne seraient plus à votre goût. La forêt tropicale vous en sera reconnaissante.
  • L’or n’est pas un bon investissement : l’or est-il vraiment un placement sûr en cas de crises financières ? Les experts le déconseillent. Et en plus, l’or n’est pas un placement financier éthique et responsable.
  • Partagez vos connaissances : alertez l’opinion sur l’usage de produits toxiques pour l’environnement dans les mines à ciel ouvert, la destruction de la nature et les conditions de travail inhumaines qui y prévalent. Vous pouvez également envoyer un signal fort et soutenir notre travail en signant nos pétitions comme « Président Macron : Non à la mine d’or industrielle en Guyane ! »

Plus d’informations

Mises à jour Footnotes

Hanrine

Hanrine Ecuadorian Exploration and Mining SA (HEEM)


rapport du contrôleur général de l’État

Contraloría General del Estado, Dirección Nacional de Auditorías de Recursos Naturales, Informe-DNA6-0009-2020, en haut de la page 18 : https://www.contraloria.gob.ec/WFDescarga.aspx?id=61510&tipo=inf

Cette pétition est également disponible en :

92 961 signatures

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