Les droits des Embera triomphent sur les sociétés minières

Les Embera sont si étroitement liés à leur terre qu’ils utilisent le seul et même mot « Egoró » pour dire « terre » et « vie des Embera »

31 mai 2012

Les revendications du peuple indigène Embera ont été entendues par la cour constitutionnelle de Colombie. Sa lutte contre un projet d’exploitation minière sur son territoire, sur fond de militarisation de la région et violations des droits humains trouve une heureuse issue.  

Le peuple indigène Embera a fait front contre un projet d’exploitation minière sur son territoire en Colombie. Ses revendications ont été entendues par la cour constitutionnelle : les entreprises minières Rio Tinto, Sunward et Muriel Mining Corporation (MMC) se sont vues interdire le développement d’une mine sur leurs terres. 

En amont de cette interdiction, une militarisation de la région et des violations des droits de l’Homme avaient conduit les communautés indigènes et afro-colombiennes de Jiguamiandó (Chocó) à déposer plainte contre MMC en 2009. Dans le cadre de son projet d’exploitation de cuivre, d’or et de molybdène, l’entreprise minière Mandé Norte avait omis de consulter préalablement les communautés concernées, conformément à la convention internationale sur les droits des peuples indigènes.

Mépris de la convention ILO 169

La cour constitutionnelle colombienne avait décidé en octobre 2009 (décision T-769/2009) qu’en cas de projet de grande envergure avec des impacts non négligeables sur un territoire indigène, le consentement libre, éclairé et préalable (Free, Informed and Prior Consent) des communautés, en accord avec leurs besoins et leurs traditions, était exigé. Cette consultation préalable conforme à la convention ILO 169 ratifiée par la Colombie en 1991, n’a pas été menée de façon appropriée dans le cadre de ce projet minier. 

MMC a refusé d’accepter la décision de la cour et a demandé son annulation, conjointement avec le ministre de l’intérieur agissant au nom du gouvernement colombien. Le 9 mars 2012, la cour constitutionnelle a rejeté les deux recours et renforcé ainsi les droits des populations indigènes et afro-colombiennes de Jiguamiandó.

L'accord des communautés locales est indispensable

En 2009, les communautés indigènes et afro-colombiennes de Jiguamiandó avaient organisé une assemblée interne à ce sujet (Consulta Interétnica de los Pueblos) au sein de laquelle 77% des communautés directement concernées par la mine étaient représentées (soit 1183 personnes). La totalité (100%) des personnes présentes avaient voté contre l’exploitation de la terre de leurs aïeux.