Amazonie en danger : stop à l’essor de l’industrie biomasse en Guyane

Un paresseux à trois doigt (Bradypus tridactylus) s’appuie sur un tronc d’arbre au milieu d’une zone déboisée pour la biomasse en Guyane française L’Amazonie et sa riche biodiversité sont menacées par l’industrie biomasse en Guyane (© P. PANTEL - Association Nationale pour la Biodiversité)

La France et des élus guyanais mènent un intense lobbying auprès de l’UE pour accélérer l’installation de nouvelles centrales biomasse et permettre l’essor des agrocarburants en Guyane, notamment pour l’usage du secteur spatial. Mobilisons-nous pour empêcher ce projet qui menace directement et à grande échelle la forêt amazonienne.

Mises à jour Appel

Au Gouvernement français, au Parlement européen, à la Commission européenne, au Conseil des ministres de l'UE et aux élus de la Collectivité territoriale de Guyane

“La forêt amazonienne doit être protégée : pas de dérogation pour les centrales biomasse en Guyane dans la directive sur les énergies renouvelables de l’UE.”

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Des députés français ont introduit une dérogation dans la directive européenne sur les énergies renouvelables, alerte l’association environnementale Maïouri Nature Guyane. Cette dérogation fait actuellement l’objet de négociations entre le Parlement, la Commission et le Conseil des ministres de l’UE. Le gouvernement français est si pressé d’accélérer le développement de l’industrie de la biomasse en Guyane, notamment au profit du secteur spatial, qu’un projet de décret d’application est déjà dans les tuyaux.

Cette dérogation doit permettre de contourner les standards européens en matière de durabilité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour permettre d’augmenter drastiquement la production de biomasse à partir du déboisement de la forêt amazonienne en Guyane. Les surfaces de forêt défrichées pourraient être ensuite transformées en monocultures de bois ou d’autres plantes destinées à la production de combustible.

Des organisations environnementales et des scientifiques demandent depuis des années à l’UE et à ses États membres de ne plus reconnaître le bois comme une énergie renouvelable neutre pour le climat et de ne plus accorder de subventions pour la combustion du bois.

En effet, abattre des arbres et des forêts entières pour les brûler dans des centrales électriques augmente les émissions de CO2, alimente le réchauffement climatique, détruit les écosystèmes et la biodiversité. L’UE sape ainsi à la fois ses propres objectifs climatiques et la protection de la nature et des espèces.

De plus, ces projets menacent concrètement les droits des peuples autochtones de Guyane et l’accès à la terre pour les agriculteurs locaux.

Aidez-nous à mettre fin à cette dérogation afin d’éviter toute dérive et protéger la forêt amazonienne de Guyane.

Contexte

La Guyane française

La Guyane est un territoire faisant partie à la fois de l’Union européenne et de l’Amazonie. Située en Amérique du Sud, entre le Suriname et le Brésil, elle est l’un des plus grands départements français, d’une superficie de 83 825 km² (soit un peu moins d’1/6 de l’hexagone). La majorité de ses 300 000 habitants vit sur la côte atlantique

La Guyane est financièrement et économiquement dépendante de la France, notamment de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui gère un centre spatial à Kourou, est un employeur important et revêt d’une position stratégique.

Un territoire à la riche biodiversité

Plus de 90% de la surface de la Guyane française est encore couverte de forêt, principalement primaire ou ancienne, dont des mangroves sur la côte.

La Guyane possède une riche diversité biologique avec 1660 espèces d’arbres, 5 500 espèces de plantes vasculaires, 367 espèces de poissons d’eau douce, 711 espèces d’oiseaux, 217 espèces de mammifères terrestres et marins, 167 de reptiles, 134 d’amphibiens et entre 400 000 et un million d’espèces d’insectes.

La préservation des forêts tropicales de la planète et de la biodiversité joue un rôle essentiel dans la lutte contre la crise climatique mondiale et dans la prévention des phénomènes météorologiques extrêmes. Les forêts primaires et autres écosystèmes de la Guyane apportent une contribution importante à cet égard.

Les menaces qui pèsent sur la nature de la Guyane sont principalement l’exploitation forestière industrielle, l’exploitation minière (mines d’or), les projets d’infrastructure tels que la construction de routes (entre Cayenne et Saül ou Saint-Laurent-du-Maroni et Maripasoula par exemple) et la construction de centrales hydroélectriques dont les réservoirs engloutissent de grandes zones forestières. Jusqu’à présent, le déboisement pour les activités agricoles est très faible.


Production d’électricité en Guyane

La capacité de production d’électricité actuellement installée en Guyane française s’élève à un peu plus de 200 MW. La plus grande part revient à l’énergie hydraulique avec 120 MW, dont les barrages ont provoqué l’engloutissement de centaines de kilomètres carrés de forêt tropicale. Une partie de l’énergie est toujours produite par deux centrales électriques du groupe énergétique français EDF (Centrale Thermique de Kourou 20 MW et Centrale Thermique Dégrad-des-Cannes 20 MW). Il existe également plusieurs parcs photovoltaïques, dont deux appartenant à la société Albioma à Kourou (12 MW) et à Matoury (4 MW) qui sont en service depuis plus de dix ans.

Le gouvernement français projette l’installation de centrales à biomasse en Guyane, d’une capacité de 40 MW en 2023 et de 60 MW en 2028. La filière devrait représenter 30 % du mix énergétique de la Guyane en 2030. La quantité de biomasse nécessaire pour cela est estimée à près de 800 000 tonnes en 2030.

Centre spatial européen de Kourou

Le centre spatial européen de Kourou consomme environ 20 % de l’électricité de la Guyane. Afin de réduire les coûts et de se rendre autonome du réseau électrique local, l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence spatiale française (CNS) souhaitent construire deux centrales électriques à biomasse en plus de centrales photovoltaïques (capacité de 10 MW).

La société française IDEX Services entend construire à cet effet deux centrales biomasse d’une puissance électrique de 9,1 MW et d’une puissance thermique de 9,1 MW (froid sous forme d’eau réfrigérée pour les sites industriels CSG). L’investissement total devrait s’élever à 120 millions d’euros et 120 000 tonnes de bois guyanais devraient être brûlées chaque année dans les centrales.

Centrales électriques utilisant des déchets agricoles et du bois

Ces dernières années, trois centrales électriques biomasse ont déjà été construites et mises en service en Guyane, fonctionnant avec de la bagasse et d’autres résidus agricoles ainsi que des déchets de l’industrie du bois et des scieries. Les quantités de déchets disponibles en Guyane sont ainsi déjà pleinement exploitées, raison pour laquelle le bois est prévu comme combustible pour les nouvelles centrales à biomasse.

La plus petite de ces centrales à biomasse (1,7 MW) est déjà en service depuis 2009 à Kourou. Celle de Cacao (5,1 MW) fonctionne depuis  fin 2020 et une autre est apparemment encore en construction à Iracoubo (5,1 MW). La centrale à biomasse de Sinnamary (10,6 MW) brûle depuis peu les restes de bois des arbres immergés dans le lac de retenue (365 km2) de la centrale hydroélectrique de Petit Saut (116 MW), exploitée par le groupe EDF. L’exploitant des quatre autres centrales à biomasse est le groupe énergétique français Voltalia.

La société IDEX construit une centrale électrique (6 MW) à Montsinéry-Tonnégrande, qui devrait être opérationnelle en 2023 et consommer 57 000 tonnes de biomasse par an (Sources 1, 2, 3).

Centrales électriques à "biomasse liquide"

Par ailleurs, il semble que plusieurs centrales électriques soient prévues pour fonctionner avec de la "biomasse liquide" (huile végétale ou agrocarburants). Parmi elles, la centrale du Larivot, d’une puissance de 120 MW, que le groupe EDF projette de construire dans une mangrove et qui devrait fournir de l’électricité à la capitale Cayenne.

Le projet fait l’objet de vives critiques, notamment parce que les plans prévoyaient à l’origine l'utilisation d’huile de soja comme combustible. Et la production de l’huile de soja nécessaire au fonctionnement de la centrale nécessiterait le déboisement de centaines de kilomètres carrés de forêt tropicale. La culture du soja est la principale cause de la destruction des écosystèmes naturels en Amérique du Sud. Depuis, il semblerait que de l'huile de colza importée d’Europe soit en discussion pour servir de combustible au Larivot.

Fin juillet 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Cayenne a suspendu l’autorisation environnementale en vue de l’exploitation de la centrale du Larivot d’EDF, écrit le gouvernement français dans un communiqué de presse. L’État, qui estime le projet de centrale essentiel à la sécurité de l’approvisionnement en électricité en Guyane, a décidé, à l’instar du porteur de projet, de faire appel de la décision du juge des référés et de se pourvoir en cassation auprès du Conseil d’État.

Il existe également un autre projet de centrale électrique à biomasse liquide à Saint Laurent du Maroni, d’une capacité de 12 MW, porté par la société ALBIOMA SAS.

Centrales électriques à biomasse existantes et prévues en Guyane

# Site Opérateur Capacité en MW Mise en service Combustible
1 Kourou Voltalia 1,7 2009 Bois
2 Cacao Voltalia 5,1 2022
3 Sinnamary Voltalia 10,6 2022 Bois de lac de barrage
4  d’Iracoubo Voltalia 5,1 ?
5 Montsinéry-Tonnégrande IDEX 6,0 2023 57 000 t/an
6 ESA Kourou IDEX 9,1 elec. 2024

120 000 t de bois

7 ESA Kourou IDEX 9,1 therm. 2025
8 Le Larivot EDF 120,0 ? Biomasse liquide, p. ex. huile de colza
9 Saint Laurent du Maroni ALBIOMA 12,0 ? Biomasse liquide
TOTAL 160,5 MW

Auteur : Sauvons la forêt, d’après les sources 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12


Une dérogation à empêcher

La dérogation introduite par les députés français dans la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED III) pour la Guyane et d’autres régions ultrapériphériques permettrait non seulement de déboiser des milliers d’hectares de forêts tropicales riches en espèces en Guyane et de les transformer en plantations de bois industrielles à des fins énergétiques, mais aussi de financer ces activités par des aides d’État

Il n’en va donc pas seulement de biomasse solide (bois, résidus agricoles et déchets) pour les centrales électriques, mais aussi de "biomasse liquide" et "d’agrocarburant, notamment pour le secteur spatial et les activités astrophysiques associées. Ce que cela signifie concrètement n’est pas encore connu publiquement.

Il est urgent d’agir, car la dérogation doit encore être confirmée par la Commission européenne et le Conseil des ministres de l’UE. Le 7 février et le 6 mars 2023, des discussions tripartites (trilogue) auront lieu sur ce sujet avec le Parlement européen, au cours desquelles une décision pourrait déjà être prise.

Lettre

Au Gouvernement français, au Parlement européen, à la Commission européenne, au Conseil des ministres de l'UE et aux élus de la Collectivité territoriale de Guyane

Madame, Monsieur,

des députés français du Parlement européen et le gouvernement français prévoient d’accélérer l’installation de nouvelles centrales biomasse en Guyane et de permettre l’essor des agrocarburants notamment pour l’usage du secteur spatial. 

Ils ont introduit à cet effet une dérogation dans la directive européenne sur les énergies renouvelables et travaillent à l’élaboration d’un décret en France autorisant l’utilisation de bois issu de la déforestation légale de la forêt tropicale et la transformation des terres en plantations de bois ou de monoculture à vocation énergétique.

Nous vous demandons de rejeter cette dérogation et ce décret. Le bois issu du défrichement de la forêt amazonienne n’est PAS une énergie renouvelable neutre pour le climat. L’UE sape ainsi à la fois ses propres objectifs climatiques, sa politique de lutte contre la déforestation importée et la protection de la forêt et de la biodiversité.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, Madame, Monsieur, l’expression de notre profond respect.

Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre très haute considération.

Mises à jour

Les dernières négociations sur la directive énergies renouvelables de l'UE entre le Parlement, la Commission et le Conseil auront lieu le 29 mars 2023. Le trilogue européeen et le gouvernement français pourraient y sceller le sort de milliers d’hectares de forêt amazonienne.

Informations supplémentaires (en français et en anglais) dans le communiqué de presse de Maïouri Nature Guyane.


Succès partiel · 5 mai 2023

L’UE rejette la dérogation pour des centrales à biomasse dans la forêt guyanaise

Coq-de-roche orange (Rupicola rupicola)

Le lobbying de la France auprès de l’UE pour accélérer l’installation de nouvelles centrales biomasse en Guyane, avec sa demande de dérogation dans la directive sur les énergies renouvelables, a échoué. Sauvons la forêt soutient, avec une pétition, les protestations contre ce projet qui menace la forêt amazonienne.

suite
Footnotes

directive européenne sur les énergies renouvelables

Directive 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 relative à la promotion de l’utilisation de l’énergie produite à partir de sources renouvelables (également connue sous le nom de Renewable Energy Directive - RED.

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Parlement européen 2022. TEXTES ADOPTÉS : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2022-0317_FR.pdf

Page 72 (...)

g bis) le paragraphe 13 est remplacé par le texte suivant:

Aux fins visées au présent article, paragraphe 1, premier alinéa, ▌les États membres peuvent déroger, pour une durée limitée, aux critères énoncés aux paragraphes 2 à 7 et aux paragraphes 10 et 11 du présent article en adoptant des critères différents s’appliquant:

a) aux installations situées dans une région ultrapériphérique au sens de l’article 

349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne pour autant que ces installations produisent de l’électricité ou de la chaleur ou du froid à partir de combustibles issus de la biomasse, de bioliquides et de biocarburants, en particulier lorsqu’ils sont destinés au secteur spatial et aux activités astrophysiques y relatives; et

b) aux combustibles ou carburants issus de la biomasse et aux bioliquides utilisés dans les installations et aux biocarburants utilisés dans le secteur spatial et les activités astrophysiques y relatives visés au présent alinéa, point a), quel que soit le lieu d’origine de cette biomasse, pour autant que ces critères soient justifiés de manière objective comme ayant pour but d’assurer, dans cette région ultrapériphérique, l’accès à une énergie sûre et sécurisée, et d’encourager ainsi le passage des combustibles ou carburants fossiles aux combustibles ou carburants durables issus de la biomasse.

Les bioliquides, les biocarburants et les combustibles ou carburants issus de la biomasse produits à partir de la biomasse ligneuse primaire extraite de manière durable et résultant de l’aménagement du territoire d’une région ultrapériphérique où les forêts couvrent au moins 90 % du territoire de cette région ultrapériphérique sont pris en compte aux fins visées à l’article 29, premier alinéa, points a), b) et c).

Afin de garantir la sécurité énergétique dans les régions ultrapériphériques, les États membres peuvent continuer à octroyer une aide à la production d’électricité à partir de la biomasse forestière dans les installations exclusivement électriques situées dans les régions ultrapériphériques visées à l’article 349 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne.

(...)



au profit du secteur spatial

L’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence spatiale française (CNS) souhaitent construire deux centrales à bois, qui brûleront à elles seules 120.000 tonnes de bois par an1, afin d’alimenter en énergie et de réduire les coûts du centre spatial de Kourou.

Sources :
- IDEX 2022. Idex fait l’acquisition de deux projets de centrales de cogénération biomasse à Kourou en Guyane
- ESA (2020). ESA and CNES choose renewable energy to power Europe’s Spaceport


décret d’applicationGouvernement français 2022. Projet de décret définissant des dérogations aux critères de durabilité et de réduction des émissions de gaz à effet de serre des combustibles ou carburants solides et gazeux issus de la biomasse s’appliquant dans les territoires d’outre-mer :
https://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-de-decret-definissant-des-derogations-aux-a2786.html


Cette pétition est également disponible en :

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