La planète a perdu 11,1 millions d’ha de forêts tropicales en 2021

Vue en contrebas d’arbres géants dans la forêt amazonienne © Dr Morley Read / shutterstock.com

12 mai 2022

Selon l’évaluation annuelle de l’Université du Maryland, les tropiques ont perdu 11,1 millions d’hectares de couverture arborée en 2021. L’évolution est particulièrement dramatique au Brésil et en RDC. Cette perte est due principalement à l’agriculture, à l’élevage, à l’exploitation forestière et aux incendies volontaires.

Le titre du rapport choisi par ses deux auteurs est on ne peut plus clair : "La perte des forêts est restée chroniquement élevée en 2021". Si l’ampleur des pertes dues aux incendies en majorité volontaires a varié, la surface forestière détruite pour d’autres causes, comme la sylviculture, l’agriculture et l’élevage, est restée quasiment constante. 

La perte des forêts primaires tropicales, qui équivaut à 10 terrains de football par minute, est particulièrement inquiétante.  Au total, 3,75 millions d’hectares d’une zone essentielle pour le stockage du carbone et la biodiversité ont été perdus.

D’après le traitement des données de l’université par Global Forest Watch, cette perte a entraîné l’émission de 2,5 Gt de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, soit environ les émissions annuelles de l’Inde.

Le Brésil a perdu 1 548 657 hectares de forêt, soit 40 % de la perte de forêt primaire au niveau mondial. La République démocratique du Congo (RDC) arrive en deuxième position avec 499 059 hectares perdus. En Asie, le pays le plus touché est l’Indonésie avec 202 905 hectares perdus.

Le Brésil et la RDC ont chacun perdu 0,5 % de leur forêt au cours de la seule année 2021, l’Indonésie 0,2 %. Le Cambodge (-1,5 %), le Laos (-1 %) et la Bolivie (-0,7 %) sont les pays où la perte de forêt en pourcentage est la plus rapide.

Selon les données de l’Université du Maryland, l’Indonésie a réduit sa perte de forêts primaires pour la cinquième année consécutive. Les experts soulignent toutefois que la tendance pourrait s’inverser, notamment à cause de la pandémie de Covid et de la hausse du prix de l’huile de palme, qui est un moteur de la déforestation.

De nouveaux points chauds se trouvent notamment dans l’ouest de l’Amazonie brésilienne, avec une augmentation de plus de 25 % des pertes de forêts primaire non liées aux incendies. Il s’agit en particulier des clairières établis le long de routes forestières existantes. La Bolivie a connu une perte de forêts primaire record, avec pour cause principale l’extension des cultures de soja et des pâturages. Les scientifiques avertissent que la forêt amazonienne pourrait bientôt atteindre un point de non-retour, avec pour conséquence la transformation irréversible d’immenses zones de l’Amazonie en savane.

En Afrique, la République Démocratique du Congo est le pays qui connaît la plus forte perte de forêts primaires. Outre l’abattage des arbres, l’expansion de l’agriculture à petite échelle et la production de bois de chauffage et de charbon de bois contribuent plus qu’ailleurs à la disparition des forêts. Les auteurs de l’étude constatent néanmoins des évolutions positives au Gabon et en RDC.

L’évaluation se limite en grande partie aux forêts tropicales. Toutefois, l’évolution dans les forêts boréales est également alarmante, principalement en Russie. 8,55 millions d’hectares de couvert arboré ont été perdus dans les hautes latitudes en 2021. L’impact sur la biodiversité y est peut-être moins important que dans les régions tropicales, mais les conséquences sur le climat sont tout aussi catastrophiques.

Un rapport de la FAO sur la déforestation mondiale 

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a également publié un rapport sur la déforestation mondiale entre 2000 et 2018, dans lequel elle souligne les menaces pesant sur les forêts pluviales tropicales.

Selon ce rapport, la perte des forêts tropicales a représenté plus de 90 % de la déforestation mondiale au cours de cette période : 157 millions d’hectares, soit à peu près la superficie de l’Europe occidentale.

« Lorsqu’ils sont non durables, le développement agricole et les autres utilisations des terres continuent d’exercer une pression intense sur nos forêts, notamment dans de nombreux pays parmi les plus pauvres », a déclaré la Directrice générale adjointe de la FAO, Maria Helena Semedo, dans un communiqué de presse.

L’expansion des terres cultivées, dont font partie les plantations d’huile de palme, est à l’origine de 49,6 % de la déforestation mondiale entre 2000 et 2018 selon la FAO, suivie par les pâturages avec 38,5 %.