Les "Food Estates" sont une catastrophe pour les forêts d’Indonésie

Arbre à benjoin (Styrax benzoin) cultivé dans le nord de Sumatra Les grandes plantations industrielles sont néfastes aux forêts, aux petits agriculteurs et aux indigènes (© Boboy Simanjuntak)

13 avr. 2022

Les grandes plantations industrielles détruisent des millions d’hectares de forêt tropicale et les cultures paysannes en Indonésie. Un bref aperçu de la réalité des "Food Estates" dans la province de Sumatra du nord.

En 2020, les défenseurs de l’environnement lançaient l’alerte en Indonésie : en pleine pandémie, le gouvernement lançait en priorité absolue de nouveaux "Food Estates", des programmes censés assurer la sécurité alimentaire de la population. Dans les faits, ceux-ci consistent au développement de rizières et autres monocultures industrielles géantes, sous le commandement de l’armée et grâce aux investissements de grands groupes.

Les "Food Estates" concernent au total quatre millions d’hectares de terres. Selon l’étude "Swallowing Indonesia’s Forests" réalisée conjointement en 2021 par Sauvons la forêt et d’autre organisations, ils sont amenés à détruire environ trois millions d’hectares de forêt tropicale à Bornéo, à Sumatra et en Papouasie.

Le premier "Food Estate" se situe dans les anciennes tourbières de Bornéo. Des militaires ont débuté les travaux dès 2020, sans tenir compte des protestations. Le projet reste contesté par de nombreuses organisations dont Sauvons la forêt avec une pétition de près de 170.000 signatures.

D’autres "Food Estates" ont depuis vu le jour dans la province de Sumatra du nord. Notre analyse : la brusque introduction de l’agriculture industrielle représente une menace pour la forêt tropicale ainsi que pour la souveraineté alimentaire dans un pays où la plupart des paysans pratiquent encore une agriculture traditionnelle.


Étude de cas : les "Food Estates" dans la province de Sumatra du nord

  • Les "Food Estates" occupent 1 000 hectares dans la province de Sumatra du nord à ce jour. Au bout des trois prochaines années, leur superficie devrait atteindre 75 817 hectares.
  • Les "Food Estates" sont situés en partie sur d’anciennes terres agricoles, en partie sur des forêts défrichées.
  • Le ministère des Forêts a édicté un règlement spécifique pour la conversion des forêts en "Food Estates" en Indonésie. Les forêts du nord de Sumatra sont en danger si le programme n’est pas stoppé.
  • La "loi Omnibus", également entrée en vigueur en 2020 en temps de pandémie, sert les intérêts de l’industrie, facilite l’accaparement des terres et l’attribution de zones forestières pour l’établissement de grandes plantations industrielles.
  • Malgré la suspension de la "loi Omnibus" par la Cour constitutionnelle, afin que celle-ci soit améliorée, les préparatifs pour de nouvelles méga-plantations se poursuivent.
  • La forêt offre une importante source de revenus aux familles de paysans du nord de Sumatra. C’est le seul endroit où pousse l’arbre à benjoin (Styrax benzoin), dont la résine est utilisée pour la fabrication d’encens et de parfum.
  • Les "Food Estates" impliquent l’accaparement des terres. Même les zones ayant le statut de "forêt de protection" sont menacées.
  • La déforestation est synonyme d’inondations et de glissements de terrain.
  • Les familles d’agriculteurs sont prises au piège. Il leur est imposé par contrat ce qu’elles doivent planter, sans tenir compte de l’état du sol, des périodes de récoltes, de la météo, etc.
  • Les horaires de travail sont également imposés aux agriculteurs, de sorte qu’ils n’ont plus le temps de s’occuper de leurs propres champs.
  • Le passage à l’agriculture industrielle signifie la perte immédiate de la souveraineté alimentaire. Les familles paysannes se sentent réduites à l’état de robots travaillant pour le profit des investisseurs.
  • Les études d’impact environnemental et social font défaut.
  • Les récoltes ont été très faibles la première année, en conséquence du mépris vis-à-vis de l’écologie et de la riche connaissance empirique des paysans.
  • Aucune leçon n’a été tirée des autres grands projets agricoles similaires lancés dans le passé en Indonésie, comme à Bornéo en 1990 et en Papouasie en 2010. Ces plans, qui ont abouti à un échec économique, ont causé la destruction de vastes étendues de forêts tropicales et de tourbières, la dégradation des sols, d’importantes émissions de gaz à effet de serre, la violation des droits humains ainsi que l’anéantissement des modes de gestion durables de l’agriculture de subsistance et des populations indigènes. 
  • L’objectif des "Food Estates" serait la sécurité alimentaire selon le gouvernement indonésien. Mais en réalité, le programme est unilatéralement orienté vers une agriculture industrielle à haut rendement et destinée à l’exportation.

Source : étude en indonésien


  1. autres monocultures

    maïs, pommes de terre, oignons, manioc, légumes