Papouasie : hausse de la déforestation pour l’huile de palme et le papier

Trois Papous accrochent un panneau dans leur forêt Les Papous défendent leur forêt contre les groupes papetiers et d’huile de palme (© Agus Kalalu) Déboisement de l’entreprise IKSJ à Sorong (Papouasie occidentale) Déboisement à Sorong, en Papouasie occidentale (© Pusaka)

6 sept. 2022

La déforestation continue en Papouasie d’après l’analyse de nouvelles données satellites. Les responsables sont en majorité des producteurs de papier et d’huile de palme.

D’après de nouvelles images satellites de la Papouasie, plus de 1 150 hectares de forêt tropicale ont été déboisés au cours du premier semestre 2022 à Sorong, Jayapura et Merauke, principalement pour l’huile de palme et le papier. Pire, ces déboisements ont eu lieu malgré les mesures prises par les autorités contre les entreprises en situation irrégulière et la résistance déterminée de la population.

"Papouasie" désigne ici la partie indonésienne et occidentale de la Nouvelle-Guinée, la deuxième plus grande île de la planète. Sa population est estimée à 3,5 millions d’habitants, dont plus de 2 millions d’immigrés attirés par l’abondance des ressources. La partie orientale de l’île, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, est un État souverain.

La Papouasie possède un vaste couvert forestier, dont les dernières véritables grandes forêts tropicales à forte biodiversité de la région Asie-Pacifique. Ses habitants autochtones, les Papous, ont protégé ces forêts des milliers d’années durant grâce à leur mode de vie traditionnel.

Mais la demande mondiale en bois, en huile de palme, en or et en autres ressources représente un grave danger pour les forêts tropicales de Papouasie et ses habitants indigènes. Les programmes gouvernementaux de "développement", conjugués à l’appât du gain et à la violence militaire, font de la Papouasie un point névralgique de la destruction de l’environnement et des violations des droits humains.

Sur le terrain, notre organisation partenaire Pusaka indique que des producteurs de papier et d’huile de palme sont les responsables des déboisements actuels. Une entreprise a par exemple rasé illégalement une forêt du clan Mugu à Sorong, sans consulter la communauté locale. « Nous n’avons jamais autorisé cela, l’entreprise doit être punie », a déclaré Efron Mugu, un membre du clan.

Un cas similaire s’est produit dans le village de Masmili, où l’entreprise Inti Kebun Sejahtera a commencé des coupes rases en décembre 2021. D’après Pusaka, les Autochtones touchés ont stoppé les défrichements en occupant la zone déboisée dans des bivouacs provisoires. L’entreprise a alors promis d’assumer la responsabilité de la forêt détruite, sans pour autant arrêter de planter des palmiers à huile.

La plupart des communautés n’ont connaissance des plans ou des autorisations officielles. Le clan Klafiyu a tout de même réussi à obtenir des informations sur les nouvelles plantations dans sa forêt. Les indigènes ont pu en déduire que le gouvernement a facturé 16 euros par hectare de forêt tropicale.

Les entreprises font une fortune, rien qu’avec le bois : un mètre cube de merbau, qui rapporterait 11 euros à un Papou, se vend 60 à 70 euros sur place, près de 500 euros après transformation en Chine et plus de 2 000 euros sur les marchés européens. Il faut également prendre en considération que les quantités de merbau exportées de Papouasie d’après les données officielles sont inférieures aux ventes réelles sur les marchés mondiaux.

En étroite collaboration avec les communautés indigènes, les autorités locales et d’autres organisations, notre partenaire Pusaka est parvenu à faire contrôler de nombreuses entreprises d’huile de palme, de papier et d’exploitation minière. Avec succès : en janvier 2022, le ministère de l’Environnement et des Forêts a retiré 192 permis, dont 51 en Papouasie.

Le président Joko Widodo avait auparavant lui-même donné son accord pour annuler les permis non réglementaires afin de, selon ses propres termes, « corriger les inégalités, les injustices et les dommages causés à la nature ». Malgré ces décisions, les entreprises, obnubilées par le profit, continuent leurs activités. La pérennité des écosystèmes et les droits des populations autochtones ne les intéressent manifestement pas.