Papouasie : racisme et exploitation de la nature sont les deux faces d’une même médaille

Une grande surface défrichée jouxte la forêt tropicale Les routes ouvrent la voie à l’exploitation des ressources naturelles, au détriment des forêts de Papouasie et de leurs populations. (© Richard Mahuze)

1 sept. 2019

Six personnes ont été tuées dans la province indonésienne de Papouasie lors d’émeutes déclenchées par des insultes racistes. La colère gronde face au racisme et à la destruction de l’environnement, car les forêts de Papouasie sont elles aussi victimes du commerce.

Six personnes ont été tuées lors d’émeutes qui ont secoué la province indonésienne de Papouasie, comme le rapportent les médias  Suara Papua et Aljazeera. Les troubles ont éclaté suite à des injures racistes proférées par des policiers à l’encontre d’étudiants de Papouasie sur l’île principale de Java.

La colère contre la répression à caractère raciste se propage en de nombreux endroits de Papouasie. L’armée est intervenue, Internet et le réseau de téléphonie mobile ont été bloqués. Notre partenaire local affirme avoir entendu des tirs et vu des personnes gisant sur le sol. Les décès n’ont pas encore été confirmés.

La Papouasie, la partie occidentale de l’île de Nouvelle-Guinée (la plus grande île au monde après le Groenland) fait partie de l’Indonésie depuis un référendum controversé (la partie orientale de l’île est l’état souverain de Papouasie-Nouvelle-Guinée). Les Papous sont des Mélanésiens. Ils se distinguent d’un point de vue ethnique et culturel des Indonésiens d’origine principalement malaise.

L’occupation indonésienne de la Papouasie dans les années 60 est étroitement liée à l’exploitation des ressources naturelles. Le groupe Freeport McMoran y exploite la plus grande mine d’or et de cuivre du monde. Pour ce faire, des pans entiers de montagne ont été détruits, des déchets de minerais déversés dans les cours d’eau et les habitants expulsés.

L’armée est partout. Elle se déploie jusque dans les villages les plus reculés, afin de « sécuriser » les investissements. Dans le cadre de programmes de déplacement de populations, plusieurs milliers de familles démunies ont immigré en Papouasie, si bien que les indigènes sont devenus minoritaires sur leurs propres terres depuis longtemps.

Depuis deux décennies, la Papouasie est le « dernier front » de la mafia du bois. Il existe encore ici de vastes forêts vierges abritant des arbres géants tels que le merbau, qui satisfait l’appétit de l’industrie du bois dans le monde entier. Chaque jour, des bateaux quittent, légalement et illégalement, les côtes en direction du Nord, vers la Chine.

La Papouasie, qui ne comptait pratiquement aucune plantation de palmiers à huile il y a 10 ans, en est désormais recouverte de plusieurs millions d’hectares. L’exploitation des ressources entraine la perte des moyens de subsistance des communautés indigènes.

Ainsi, le choc engendré par le comportement raciste des forces de sécurité indonésiennes s’ajoute au traumatisme généré par la perte des forêts.

Exemples actuels:

- Plus de 1 000 000 d’hectares de forêt ont déjà été déboisés pour le projet agricole MIFEE (Merauke Integrated Food and Energy Estate) dans le district de Merauke. La nature est détruite, les indigènes ont été trahis et dépossédés de leurs moyens de subsistance.

- Une nouvelle plantation de palmiers à huile est créée à Nabire sur la côte septentrionale. Elle s’étend sur près de 30 000 hectares situés en partie dans des forêts primaires et des forêts de tourbe.

- De nombreuses autres entreprises d’huile de palme ont détruit la forêt primaire. Citons à titre d’exemple les plantations du groupe Salim Group et de Pacific Interlink, qui bénéficient du label soi-disant « durable » RSPO.

- Au cours des derniers mois, près de 2 000 kilomètres de routes ont été construits, malgré les protestations des Papous. Pour ce faire, des forêts primaires ont été détruites, ce qui permet aux braconniers et aux bucherons d’accéder plus facilement à l’intérieur des terres.

- Dans le cadre du « plan de développement », des routes sont également construites jusque dans le parc national de Lorentz situé dans le district de Nduga. Elles permettent au groupe Freeport d’accéder à d’autres gisements d’or et de cuivre et constituent un grave danger pour le parc national de Lorentz.

- Parallèlement à la construction de routes, l’armée s’est déployée dans le district de Nduga. Plusieurs milliers d’indigènes ont fui dans les forêts. Selon des militants des droits de l’homme, 182 personnes sont mortes de faim, de froid ou de maladies. Des indépendantistes armés ont tué six ouvriers à Nduga.