Accord UE-Mercosur ou comment mettre de l’huile sur le feu en Amazonie

Feu en Amazonie © Brasil2 / istockphoto.com

15 sept. 2020

L’accord de libre-échange conclu entre la Commission européenne et les pays du Mercosur menace l’homme, la nature et le climat en Amérique du Sud. Le Parlement européen et les États membres peuvent néanmoins encore l’arrêter. Demandons-leur de refuser le bœuf, le soja transgénique et l’éthanol provenant de l’Amazonie !

Après 20 ans de négociations secrètes, la Commission européenne et les États du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) sont parvenus à un accord de libre-échange le 26 juin 2019.

L’accord commercial entre l’UE et le Mercosur vise à créer un marché commun de 780 millions de consommateurs, dans lequel la plupart des droits de douane et des restrictions imposées jusqu’ici seront supprimés.

La libéralisation du commerce permettrait à l’Europe de vendre plus de voitures, de machines, de produits chimiques - dont de nombreux pesticides interdits en Europe (!) - et de services, et aux pays sud-américains de vendre plus de ressources minières et de produits agricoles tels que le soja, le bœuf, le sucre et l’éthanol. En outre, les droits de brevet et de propriété de l’économie européenne doivent être renforcés.

Attaques sur la forêt tropicale

La Commission européenne promet des normes élevées pour la protection du climat, de l’environnement et des travailleurs. Mais le gouvernement brésilien est en train de démontrer que les accords pèsent autant que le papier sur lequel ils sont écrits.

La politique actuelle menée par Jair Bolsonaro dans les zones de forêt tropicale est considérée comme un génocide des peuples indigènes par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme. Celles-ci ont engagé des poursuites contre le président brésilien devant la Cour pénale internationale de La Haye.

En 2019, la déforestation en Amazonie brésilienne a atteint son niveau le plus élevé de la dernière décennie : selon l’Institut national brésilien de recherche spatiale (INPE), 10 129 kilomètres carrés ont été victimes des tronçonneuses, bulldozers et incendies l’année dernière. Cela représente une superficie supérieure à toute la Corse.

Cette année encore, le taux de déforestation et le nombre d’incendies ont continué à augmenter mois après mois. Près de 17 000 incendies ont été recensés en Amazonie au cours de la première moitié du mois d’août.

L’industrie de la viande est le moteur de la déforestation au Brésil. 80% des défrichages et des incendies sont dus à l’établissement de pâturages. Le nouveau bétail s’ajoutera aux plus de 230 millions de bovins déjà présents. Le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine avec 2 millions de tonnes par an. L’Union européenne est actuellement le deuxième importateur de bœuf brésilien (en terme de valeur) derrière la Chine, avec 500 millions d’euros par an.

La culture du soja a également un impact environnemental et social désastreux. Le Brésil est le plus gros producteur mondial de soja avec 121 millions de tonnes en 2019. Cette année, la production de soja devrait encore augmenter de 7 %. Le soja transgénique occupe déjà 36 millions d’hectares de terres agricoles, soit une superficie grande comme l’Allemagne. La forêt amazonienne, la savane du Cerrado avec sa riche biodiversité et les territoires indigènes sont tous dévastés par les monocultures industrielles sans fin. Avec cinq millions de tonnes de soja par an, l’UE est une fois de plus le deuxième importateur de soja brésilien après la Chine.

Résistance des pays européens à l’accord de libre-échange

Pour entrer en vigueur, les accords doivent être ratifiés par le le Parlement européen, le Conseil des ministres de l’UE ainsi que par les parlements des 27 États membres.

Certains pays comme l’Italie, la France, l’Autriche, le Luxembourg et l’Irlande ont déjà exprimé des réserves concernant l’accord UE-Mercosur, non seulement pour des raisons de protection du climat et de l’environnement, mais également en raison d’intérêts économiques. Les parlements des Pays-Bas, de l’Autriche et de la région de Wallonie ont déjà par avance voté contre la signature l’accord.

La France a déjà menacé d’utiliser son véto, principalement en raison de la résistance des associations d’agriculteurs européens aux importations agricoles à bas prix en provenance d’Amérique du Sud.

Fin août 2020, la chancelière allemande Angela Merkel a exprimé des « doutes considérables » quant à la mise en œuvre de l’accord « sous sa forme actuelle », compte tenu de la destruction croissante de la forêt amazonienne et des nombreux incendies qui y ont été déclenchés.

Les nombreuses voix dissonantes ne montrent pas sous un beau jour le travail de la Commission européenne. Les choix des fonctionnaires de Bruxelles semblent guidés par les seuls intérêts économiques. ll s’agit maintenant d’améliorer les accords d’ici au printemps 2021 en renégociant sur la protection du climat et de l’environnement.

Sauvons la forêt estime que c’est peine perdue. Un accord de libre-échange avec le Mercosur accélérerait la destruction de l’Amazonie et aurait un grave impact sur l’équilibre écologique de la région et du monde. L’économie néolibérale basée sur une croissance économique sans fin et le consumérisme excessif ne sont pas compatibles avec la protection de la nature et du climat.

L’accord de libre-échange ne semble pas être une priorité non plus pour les gouvernements des pays sud-américains, qui gardent le silence depuis un an. Divers groupes sociaux et économiques s’y opposent pour de nombreuses raisons.

Un grand nombre d’organisations écologistes, de développement et de groupes indigènes demandent l’abandon de l’accord de libre-échange en raison de la menace qu’il représente pour l’environnement, le climat et l’accaparement des terres. Signez vous aussi notre pétition « Amazonie en feu : stop au libre échange avec les pyromanes ! »


Prochaines étapes

- en cours : révision juridique de l’accord de 7000 pages, qui n’a pas encore été publié, par la Commission européenne

- octobre 2020 (au plus tôt) : envoi des traductions dans les 23 langues officielles de l’UE aux gouvernements des États membres

La Commission européenne et le gouvernement allemand voulaient à l’origine profiter de la présidence de l’Allemagne au Conseil de l’UE au second semestre 2020, pour accélérer le processus de ratification de l’accord. 

Le calendrier actuel a toutefois peu de chances d’être respecté, après les réserves émises par la chancelière Angela Merkel. Le gouvernement allemand a annoncé que les négociations sur la protection de l’environnement et du climat se poursuivraient jusqu’au printemps 2021, après la révision juridique et la traduction de l’accord.

L’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange est conditionnée à sa ratification par le Parlement européen ainsi que par les parlements des 27 États membres de l’UE.