Feux en Indonésie: pas de concession pour l’huile de palme de PEAK

Feu et fumée dans la tourbière drainée de la plantation de l’entreprise d’huile de palme PEAK dans le district de Katingan (province du Kalimantan central) Tourbières calcinées dans le Kalimantan central (© Reza Lubis / Wetlands International Indonesia)
121 735 signatures

Fin de l'action : 27 avr. 2016

Inimaginable ! Alors que les feux de forêts font toujours rage en Indonésie, son gouvernement laisse l’entreprise d’huile de palme Pt PEAK détruire de précieux sols tourbeux. Malgré la protection des tourbières par un moratoire. Demandons le retrait du permis et des mesures pour qu’une telle chose ne se reproduise plus !

Lettre

Au Président et à la Ministre de l’environnement et des forêts d’Indonésie

Merci de retirer le permis de l’entreprise PEAK et de réviser le système d’octroi de licences pour les cultures d’huile de palme en Indonésie.

Afficher la lettre de pétition

Des incendies ont éclaté dans la concession de Pt Persada Era Agro Kencana (Pt PEAK) dans le district de Katingan (Kalimantan central). Ils ont détruit plus de 50 hectares de tourbières. L’entreprise d’huile de palme possède une seule pompe à eau pour combattre les flammes. « Juste pour la forme » commente Reza Lubis de l’ONG Wetlands International en montrant les zones calcinées. « Les villageois sont furieux de se faire accuser par Pt PEAK d’avoir mis le feu. »

Le territoire touché est l’un des derniers monticules de tourbe boisée restant dans l'ouest de l'Indonésie. Sa richesse biologique est essentielle, y compris pour les orangs-outans.

Les tourbières stockent d'importantes quantités de carbone

Le drainage des tourbières représente plus de 50% des émissions de gaz à effet de serre de l’Indonésie. Les sols tourbeux jouent ainsi un rôle primordial pour le climat, le stockage de l’eau et la subsistance des populations locales. Les tourbières sont protégées par un moratoire depuis 2011.

Comment Pt PEAK a-t-elle donc pu obtenir une concession en 2013 malgré le moratoire ? Qui a modifié la carte sur laquelle sont délimitées les zones de tourbières protégées ?

Le gouvernement indonésien assure vouloir prévenir les feux de forêts et respecter ses engagement de réduction des émissions de carbone. Mais, il laisse de désastreux projets de plantations se développer dans les tourbières, sur la base de permis injustifiables.

Exhortons le gouvernement indonésien à revoir son système d’octroi de licences pour les plantations qui est à l’origine de cette catastrophe écologique, climatique et sociale.

Demandons à la ministre de l’environnement et des forêts de retirer immédiatement le permis accordé à l’entreprise PT PEAK.

Contexte

Le président Joko Widodo s’est rendu en personne dans le Kalimantan en proie aux flammes. L’indice de pollution de l’air a dépassé la barre des 3.000 microgrammes par mètre cube d’air à la mi-octobre, soit dix fois plus haut que les valeurs estimées dangereuses. La plupart des particules de fumées provenaient de sols tourbeux.



Vidéo : Toxic forest fires choke parts of Southeast Asia




Informations supplémentaires

• Article du Monde La dégradation des tourbières aggrave le réchauffement
• Article de Mongabay L’important projet indonésien REDD concernant la forêt tropicale sera-t-il mené à bien?
• Carte interactive de Wetlands International Fires from PT PEAK oil palm plantation from previous moratorium area spreading
• Carte interactive de Wetlands International Moratorium Revision - Pt PEAK Oil Palm Plantation
• Projet Katingan The Katingan Peatland Restoration and Conservation Project
• Rapport de l’IPCC 2013 Guidelines for National Greenhouse Gas Inventories: Wetlands




Destinataires de la pétition

En plus de signer la pétition, il vous est possible de contacter directement ses destinataires :

M. Joko Widodo, Président de la République d’Indonésie
Mme Siti Nurbaya Bakar, Ministre des Forêts et de l’environnement de la République d’Indonésie

Ambassade de de la République d’Indonésie
47/49, rue Cortambert
75116 Paris
Tél : +33 1 45 03 07 60
Fax : +33 1 45 04 50 32
Courriel : komparis@amb-indonesie.fr

Il vous est aussi possible de leur écrire directement sur les réseaux sociaux :
Facebook: https://www.facebook.com/presidenID
Twitter: https://twitter.com/jokowi

Lettre

Au Président et à la Ministre de l’environnement et des forêts d’Indonésie

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,

Le gouvernement indonésien a octroyé à l’entreprise Persada Era Agro Kencana un permis pour de nouvelles plantations de palmiers à huile dans le district de Katingan (Kalimantan central). Ce permis enfreint de manière flagrante le moratoire sur la délivrance de nouvelles licences sur des tourbières en Indonésie (instruction présidentielle n° 8/2015) ainsi que plusieurs points du programme cadre indonésien de gestion des tourbières (dont le décret présidentiel PP71/2014).

Le permis pour la plantation a été octroyé sur une zone occupée de toute évidence par un sol tourbeux. Pourtant, le statut de cette zone a été modifié en tant que „zone sans tourbe“ sur la carte du moratoire. Nous nous demandons comment cette modification a pu être possible et qui en est responsable.

Par ailleurs, la zone se trouve juste à côté de la concession pour la restauration des écosystèmes de Katingan (ERC - Katingan Ecosystem Restoration Concession) gérée par l’entreprise par PT Rimba Makmur. Le drainage nécessaire aux plantations de palmiers à huile aura un impact direct sur l’ERC. Nous nous demandons pourquoi cet aspect est absent de l'évaluation d'impact environnemental (AMDAL) réalisée au préalable dans le cadre des procédures d'octroi de licences. Qui porte la responsabilité de l’octroi d’un tel permis ?

Les entreprises comme Pt PEAK semblent pouvoir contourner les obstacles juridiques beaucoup trop aisément. Sont-elles particulièrement rusées ? Ou bien le gouvernement indonésien est-il simplement incapable de mettre en application sa politique et ses lois ? En autorisant cette plantation située en plein cœur d’une province pilote pour le programme REDD+, l’Indonésie se tire une balle dans le pied.

La déforestation et le drainage des tourbières sont responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre du pays. Le gouvernement indonésien s’est engagé dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) à réduire de 26% ses émissions, et même jusqu’à 41% avec le soutien de la communauté internationale.

Nous nous demandons si le gouvernement indonésien souhaite sincèrement tenir sa parole ou bien s’il fera ce à quoi il nous a habitué par le passé en laissant détruire les forêts de tourbières. Vous n’êtes pas sans savoir que les plantations de palmiers à huile, une fois déboisées et drainées, sont très sujettes aux incendies. Elles contribuent ainsi à la catastrophe de la pollution de l’air et de toutes ses conséquences pour la survie et la santé des populations locales. Ces plantations mettent aussi en péril des projets de restauration tels que l'ERC.

Wetlands International s’est rendu sur la concession de PEAK le mois dernier. L’ONG a constaté une augmentation des incendies et surtout l’incapacité de l’entreprise à les combattre. Les feux se sont propagés dans les terres environnantes, notamment dans la zone ERC. Les accusations formulées par PEAK à l’encontre de la population locale ne font que mettre de l’huile sur le feu.

Même avec les meilleurs pratiques de drainage, les sols tourbeux se résorbent à une vitesse allant de 3 à 6 cm par an à cause de leur perte d’eau et de carbone. Une fois la limite de drainage atteinte, la zone sera sujette à des inondations régulières et prolongées jusqu’à ce que le sol soit complètement dégradé. L’entreprise de plantation fera des profits avec l’huile de palme pendant une décennie puis laissera aux générations futures une terre improductive. Et tout cela au nom de la lutte contre la pauvreté ! Nous nous demandons si les communautés locales ont eu la possibilité de donner leur consentement libre, informé et préalable (CLIP), aujourd'hui indispensable à tout projet pouvant poser des problèmes sociaux.

L’existence d’une politique indonésienne pour les forêts de tourbières est tout à fait fondée. Mais pourquoi n’est-elle pas appliquée ? Pourquoi Pt PEAK a-t-elle obtenu un permis pour établir des plantations dans cette zone ? Cette dernière fait partie d’un des derniers monticules de tourbe boisée, particulièrement précieux pour sa riche biodiversité. Les immenses quantités de carbone retenues dans son sol sont particulièrement importantes pour le climat, le stockage de l’eau et la subsistance des populations locales.

Nous exhortons le gouvernement indonésien à réviser l’actuel processus d’octroi de licences pour les plantations, nocif pour climat et désastreux d’un point de vue social et économique. Celui-ci va à l’encontre des principales obligations de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques, de la Convention sur la diversité biologique et de la législation indonésienne.

Nous demandons à Madame la Ministre des forêts et de l’environnement de retirer sans délai le permis octroyé à l’entreprise Pt PEAK.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, Madame la Ministre, à l'assurance de notre considération et de notre vigilance citoyenne.

L'huile de palme en 5 minutes

Situation actuelle : la forêt tropicale dans les véhicules et les assiettes

Avec 66 millions de tonnes par an, l’huile de palme est l’huile végétale la plus produite de la planète. Un prix particulièrement bas sur le marché mondial et des propriétés convenant particulièrement au processus de transformation industrielle des aliments ont fait que l’huile de palme est présente aujourd'hui dans un produit sur deux dans les supermarchés : pizzas surgelées, biscuits, margarine, crème pour le corps, savon, maquillage, bougies, lessive…

Ce que presque personne ne sait : près de la moitié des importations d’huile de palme dans l'union européenne est consommée sous la forme de biocarburants. La loi de 2009 sur l'incorporation obligatoire d’agrocarburants dans l’essence et le diesel est ainsi une cause majeure de déforestation tropicale.

À ce jour, les plantations d’huile de palme s’étendent sur 27 millions d'hectares à travers le monde, soit un territoire grand comme la Nouvelle-Zélande d’où ont été chassés habitants et animaux pour faire place à un « désert vert ».

Les conséquences : la mort dans le sachet de soupe en poudre

Les palmiers à huile trouvent des conditions optimales de croissance dans les chaudes et humides régions tropicales près de l'Équateur. En Asie du Sud-Est, en Amérique du Sud et en Afrique, d'immenses zones
de forêts tropicales sont défrichées et brûlées, jour après jour, pour faire de la place aux plantations. Ce faisant, de grandes quantités de gaz à effet de serre sont émises dans l'atmosphère. L'Indonésie, premier producteur d’huile de palme de la planète, a ainsi émis plus de gaz à effet de serre que les États-Unis d'Amérique au cours de l'année 2015. Les émissions de CO2 et de méthane rendent les biocarburants à base d’huile de palme trois fois plus nocif pour le climat que les carburants à base de pétrole.

Mais le climat n'est pas le seul touché : avec les arbres disparaissent des espèces rares comme l’orang-outan, l'éléphant pygmée de Bornéo ou le tigre de Sumatra. Paysans et populations autochtones, qui depuis des générations vivent dans la forêt et la préservent, sont souvent brutalement expulsés de leur terres. A ce jour, 700 conflits fonciers en rapport avec l'industrie de l’huile de palme ont été recensés en Indonésie. Et les plantations gérées de « manière durable » ou « bio » ne sont pas exemptes de violations des droits humains de la population.

Nous, consommateurs, en entendons peu parler. Pourtant, notre absorption quotidienne d’huile de palme est nocive pour notre propre santé : l’ huile de palme industrielle raffinée est riche en contaminant génotoxiques et cancérigènes comme l’a alerté l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au cours de l'été 2016.

La solution : changer radicalement nos modes d’alimentation et de déplacement

Il ne reste plus que 70 000 orangs-outans dans les forêts d'Asie du Sud-Est. La politique européenne de soutien aux biocarburants pousse les grands singes toujours plus au bord de l'extinction : chaque nouvelle plantation de palmier à huile détruit une partie de son habitat naturel. Nous devons faire pression sur les politiques pour aider nos plus proches parents. Mais il existe des pratiques quotidiennes pouvant déjà apporter beaucoup.

Ces conseils simples vous aideront à savoir où l’huile de palme se cache et comment l'éviter :

  1. cuisiner soi-même : biscuits poire - amande - noix de coco ? Pizza pomme de terre romarin ? Transformer soi-même des aliments frais permet d’éviter tous les plats préparés contenant de l’huile de palme de l’industrie agroalimentaire. Les huiles végétales européenne telles que l’huile d’olive, de tournesol ou de colza s’adaptent à quasiment toutes les recettes.
  2. lire les étiquettes : la présence d’huile de palme doit être indiquée sur les emballages alimentaires depuis décembre 2014. Mais pas pour les cosmétiques mais et les produits ménagers où elle se cache sous la forme de termes techniques. Il est très facile de trouver des alternatives sans huile de palme sur internet.
  3. le client est roi : « Quels produits sans huile de palme proposez-vous ? Pourquoi n'utilisez pas des huiles locales ? » Poser de telles questions aux fabricants peut leur faire craindre pour la réputation de leurs produits. La pression publique et la prise de conscience accrue du problème a déjà incité plusieurs producteurs à renoncer à huile de palme.
  4. Signer des pétitions et interpeler les politiques : les pétitions en ligne permettent de faire pression sur les politiques responsables des importations d'huile de palme. Avez-vous déjà signé toutes les pétitions de Sauvons la forêt ?
  5. Se faire entendre : les manifestations et autres actions collectives permettent d'atteindre le public et les médias. Ainsi s’accroît la pression sur les décideurs politiques.
  6. Renoncer à la voiture : il est très facile de réaliser la plupart de nos trajets à pied, à vélo ou avec les transports en commun.
  7. Savoir et faire savoir : les milieux économiques et politiques veulent nous faire croire que les biocarburants sont bons pour le climat ou qu’il est possible de produire de l’huile de palme de manière durable. Sauvonslaforet.org informe sur les conséquences de la culture industrielle de l’huile de palme.