L'accord de libre échange menace les forêts tropicales

Un accord de libre échange entre l'Union européenne, la Colombie et le Pérou doit être ratifié par le Parlement européen en septembre. Celui-ci favorise unilatéralement les entreprises européennes dans deux pays où activité minière, exploitation pétrolière et agriculture industrielle ont déjà faits des ravages environnementaux et sociaux. 

Désespoir des agriculteurs péruviens face aux destructions des plantations de palmiers à huile

« Les multinationales sont les premières à profiter de l'accord de libre échange. Elles exploitent leurs mines sans égards pour l'environnement et la nature » explique Maria del Pilar Silva, avocate colombienne, lors d'une conférence. Elle décrit les paysages lunaires, causés par l'activité minière, qui s'étendent dorénavant sur des centaines de kilomètres carrés à travers les Andes. C'est à cet endroit précis que les fleuves alimentant en eau les plaines ont leurs sources. L'accord garantit entre autres pour l'Union européenne l'importation sans frais de douanes d'huile de palme en provenance du Pérou et de la Colombie. C'est une incitation à faire augmenter la production d'huile de palme. Il existe déjà des centaines de milliers d'hectares de monocultures de palmiers à huile en Colombie, là où se trouvait en grande partie des forêts tropicales. Au Pérou, les plantations ne cesseront aussi de s'étendre. L'extraction des matières premières destinées à l'exportation provoque de graves conflits dans les deux pays. La Colombie a le plus fort taux de syndicalistes assassinés au monde. Le Pérou compte déjà plus de 200 conflits sociaux liés essentiellement à des facteurs environnementaux. L'accord de libre échange (ALE) ne fera qu'aggraver cette situation.

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Veuillez participer à la campagne simultanée d'organisations colombiennes, péruviennes et européennes.Ecrivez aux membres de la Commission du commerce international (INTA) du parlement européen pour leur demander de rejeter l'accord de libre échange UE-Colombie/Pérou.

Originellement, l'accord de libre échange (ALE) aurait du être conclu entre l'Union européenne et la Communauté andine des Nations (CAN). Sur les cinq pays participants, seuls le Pérou et la Colombie sont restés à la table des négociations. Le Venezuela, la Bolivie et l'Equateur ont considéré les exigences de L'UE comme une menace, en particulier pour leur agriculture. En effet, face aux produits agricoles européens à bas prix car fortement subventionnés, l'agriculture des pays andins ne peut pas rivaliser.

L' Accord de libre échange proposé vise à modifier les structures agricoles de la Colombie et du Pérou. L'agriculture industrielle cherche à se développer sur la faillite certaine des petits agriculteurs face aux produits européens. Les producteurs laitiers craignent particulièrement pour leur avenir. L'accord exige aux deux pays d'ouvrir leur marché du lait, par exemple au lait en poudre bon marché venant de l'UE. Au Cameroun, ce dumping sur le lait a eu pour conséquences la faillite des petits agriculteurs et l'augmentation de la pauvreté. La Colombie et le Pérou seront de plus en plus tributaires des importations de produits alimentaires européens. D'un autre côté, les frais de douane doivent disparaitre pour l'huile de palme de Colombie et du Pérou, permettant à l'UE d'importer à moindre coûts des agrocarburants.

Avec 360.000 hectares de plantations, la Colombie est le plus gros producteur d'huile de palme d'Amérique du Sud. La demande en huile de palme allant toujours croissante, la production se fait de plus en plus au détriment de l'homme et de la nature. Le ministère de l'agriculture du Pérou a pour sa part déjà identifié une surface de 4,3 millions d'hectares de zones boisées adaptées à la culture du palmier à huile.

Thomas Fritz, collaborateur du FDCL (Centre d'études et de documentation du Chili et de l'Amérique latine) ayant analysé l'accord de libre échange, a livré ses conclusions à l'association Rettet den Regenwald e.V. (maison mère de Sauvons la forêt) : « Il est dramatique de voir dans ce nouvel accord des standards de protection des droits de l'homme et environnementaux plus faibles  que dans les accords commerciaux actuels avec la Colombie et le Pérou. Le droit à l'alimentation et à la terre, pour ne citer qu'eux, manquent dans le nouveau contrat. C'est évidemment une évolution très négative. »

 

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Informations supplémentaires

Français
Liste des membres de la Commission du commerce international (INTA)
sur la page 14 de l'Annuaire des députés européens élus de France.
Analyse de la Commission Justice et Paix Des accords de libre échange entre l’Europe et l’Amérique latine : quels impacts?
Rapport politique de 200 organisations de la société civile Pourquoi l’accord de libre échange UE-Colombie/Pérou ne doit pas être ratifié
Réunion en direct de l'INTA le mercredi 29 février

Anglais
Texte intégral de l'Accord de libre échange UE-Colombie/Pérou Peru and Colombia Trade Agreement
Faits marquants (selon l'UE) de l'Accord de libre échange UE-Colombie/Pérou Peru and Colombia Trade Agreement

Espagnol
Rapport du ministère de l'Agriculture péruvien Promotion pour la culture industrielle du palmier à huile au Pérou

Allemand
Analyse de l'Accord de lieber échange par Thomas Fritz pur la FCDL Die zweite Eroberung - Das EU-Freihandelsabkommen mit Kolumbien und Peru
Expertise de la la Fondation Hans Böckler Das Nachhaltigkeitskapitel im bilateralen Freihandelsabkommen der EU mit Kolumbien und Peru

À:
M. Kader ARIF, Mme Marielle DE SARNEZ, M. Harlem DÉSIR, M. Yannick JADOT, M. Franck PROUST, M. José BOVÉ, M. Jacky HÉNIN, Mme Marine LE PEN,
députés européens de France siégeant à la Commission du commerce international (INTA)
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Madame la Députée, Monsieur le Député,

En Mai 2010, lors du Sommet des peuples européens, caribéens et latino-américains de Madrid, un accord de libre échange (ALE) a été signé par l'Union européenne avec la Colombie et le Pérou. Je vous exhorte à rejeter cet accord auprès du Parlement européen. En refusant cet accord vous avez la possibilité de vous élever contre :

- le tort causé à la Colombie et au Pérou qui, avec l'ouverture des marchés et un rôle limité de fournisseurs de matières premières, verraient leurs possibilités de développement et leurs souveraineté considérablement et inutilement restreintes. Les secteurs touchés seraient les finances publiques (grande volatilité des prix des matières premières), les services, l'investissement, les marchés publics et la protection de la propriété intellectuelle.

- la destruction des moyens de subsistances dans les hauts plateaux andins, dont les terres agricoles et les sources d'eau seraient polluées par les produits chimiques toxiques (cyanure, mercure) utilisés dans le cadre de l'extraction minière, et dans les basses terres amazoniennes où d'immenses zones de forêts tropicales sont menacées d'être rasées à cause de l'exploitation pétrolière, des mines et de l'agriculture industrielle.

- le mépris du droit international : les populations indigènes et les communautés rurales s'opposent aux projets dont le but est d'augmenter l'exploitation des matières premières car ils mettent en danger les sols et l'eau. Malgré leur droit à être consultées lors de tels projets économiques, les populations autochtones sont souvent dédaignées. Leurs décisions démocratiques légitimes (concrètement le rejet de projets économiques) sont ignorées et ne sont pas mises en oeuvre. Les critiques ou contestations sont diffamées et criminalisées. La police répond par la violence aux manifestations pacifistes, en particulier en Colombie où les syndicalistes se font assassiner quand ils militent pour l'amélioration des droits sociaux.

- l'expansion imminente des conflits écologiques et sociaux : il existe plus de 200 conflits sociaux pour le seul Pérou. La plupart d'entre eux sont causés par l'extraction imprudente des matières premières.

En l'état actuel, l'accord contient des mesures portant atteinte aux droits économiques, sociaux et culturels des populations colombiennes et péruviennes... mais pas de mécanisme efficace pour sanctionner les possibles violations des droits humains et normes environnementales. Le contrat ignore délibérément des études, sur les impacts écologiques et sociaux, ayant pourtant été rendues publiques avant la fin des négociations menées par la Commission européenne.

Droit, égalité des chances et protection de l'environnement ne sont pas indispensables seulement au sein de l'Union européenne mais dans le monde entier ! En conséquence, je vous demande de ne pas soumettre le texte d'accord de libre échange UE-Colombie/Pérou dans sa forme actuelle pour être ratifié par le Parlement européen dans les prochains mois.

Je vous prie d’agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l’expression de ma considération la plus distinguée.

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