Questions et réponses sur le braconnage

Le braconnage est un problème majeur dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, où vivent des animaux dont les produits dérivés sont vendus à prix d’or au marché noir. Les braconniers et le crime organisé derrière leur pratique ont des effets désastreux sur la biodiversité et menacent la survie de nombreuses espèces.

Définition : qu’est-ce que le braconnage ?

Le braconnage désigne la chasse illégale. Il convient de distinguer la chasse légitime pratiquée par la population locale pour sa propre consommation du braconnage commercial parfois pratiqué avec des armes modernes. De nombreux parcs nationaux sont confrontés au braconnage à cause de la viande de brousse ou de l’ivoire.

Chasse ou braconnage ?

Dans ce contexte, il convient de faire la distinction entre deux termes :

• La chasse légitime que les peuples indigènes et les habitants des forêts tropicales pratiquent pour répondre à leurs propres besoins.

• Le braconnage commercial pratiqué avec des armes modernes. Dans de nombreux pays, la viande de brousse, c’est-à-dire la viande d’animaux sauvages, est considérée comme une délicatesse. Elle est de plus en plus servie dans des restaurants haut de gamme et utilisée à des fins médicales. Le commerce illégal de viande de brousse est malheureusement en pleine expansion.

Quelles sont les raisons du braconnage commercial ?

Cinq facteurs sont responsables de l’augmentation fulgurante du braconnage :

1. L’expansion des routes et autres infrastructures
Autrefois, les habitants de la forêt partaient à la chasse pour se nourrir de viande d’animaux sauvages. Le braconnage n’était possible qu’en périphérie des forêts vierges. La situation est malheureusement tout autre aujourd’hui. Depuis les années 60, l’expansion des réseaux routiers ne cesse de s’accélérer. De nombreuses régions sont bien desservies et accessibles par des routes ou des fleuves. Mais l’aménagement de routes permet de nouvelles implantations et donc une déforestation supplémentaire, procurant aux braconniers et aux marchands de l’extérieur un accès aisé aux forêts.

2. Les armes et équipement modernes
Les braconniers sont passés des armes traditionnelles aux armes modernes. Le problème est que ces nouvelles armes ont une portée bien plus importante qu’un arc et des flèches ou des filets, par exemple. Les techniques de chasse modernes rendent la chasse plus « fructueuse », contribuant ainsi au développement du braconnage commercial.

3. L’augmentation de la population et de la pauvreté
Un autre problème est l’augmentation de la population mondiale. Plus la demande de viande de brousse augmente, plus les quotas de chasse progressent. L’ampleur du braconnage augmente proportionnellement au marché et au nombre de consommateurs. À cela s’ajoute une pauvreté grandissante, qui incite les plus pauvres à braconner pour gagner un peu d’argent et se nourrir.

4. Les facteurs socio-économiques
Si la chasse était autrefois pratiquée à des fins de subsistance, cette activité est de plus en plus commercialisée de nos jours. De la viande fumée ou salée est vendue sur les marchés locaux. Là aussi, plus la demande augmente, plus les profits sont élevés, incitant à continuer. Autre point : les tabous traditionnels ne sont plus respectés, ce qui empêche les populations animales de se régénérer. Ainsi, la chasse et la consommation de chimpanzés sont traditionnellement interdites en Ouganda. Mais les derniers rapports font état d’une augmentation croissante de la pauvreté et d’une transgression de plus en plus fréquente de ce tabou.

5. L’augmentation de la demande : le marché asiatique
La prospérité croissante de l’Asie renforce le problème du braconnage. À cause d’elle, la demande d’ivoire, de corne de rhinocéros et de produits dérivés du tigre augmente.
En Chine, les os et les parties génitales du tigre sont considérés comme des stimulants sexuels et sont fréquemment utilisés dans la médecine traditionnelle. Par ailleurs, la demande de viande et de fourrure de tigre augmente dans les pays asiatiques émergents.

Quelle est l’influence des populations indigènes ?

Cela fait des millions d’années que l’homme subsiste dans les forêts grâce à la chasse et la cueillette. Lorsque les habitants de la forêt tuent un animal pour se nourrir, cela ne porte pas atteinte à leur populations. C’est le moyen de subsistance des peuples forestiers et une source importante de protéines. Généralement, les habitants chassent uniquement autour de leurs villages. Les populations animales ont ainsi le temps de se régénérer. Tant que la chasse se déroule dans ce cadre, les autochtones ont une influence relativement faible sur la reproduction et la survie des espèces, contrairement aux braconniers commerciaux toujours plus nombreux, pour lesquels chaque animal vivant compte.

Quelles sont les répercussions du braconnage commercial ?

Cette forme d’exploitation animale a fortement augmenté au cours des 50 dernières années. Les conséquences sont dramatiques :

• D’une part, les populations autochtones se voient privées de leurs moyens de subsistance. D’autre part, l’écosystème de la forêt tropicale et son équilibre naturel sont complètement anéantis. Ainsi, lorsque des prédateurs disparaissent de la chaîne alimentaire, leurs proies se reproduisent en plus grand nombre. Les proies des proies sont alors moins nombreuses – créant un effet de cascade infernal. Une commission d’enquête du Parlement fédéral allemand a établi que l’extinction d’une seule espèce entraînerait la disparition d’au moins 30 autres.

• Lorsque des animaux sont capturés et tués, ils ne peuvent plus contribuer à la reproduction de l’espèce. Les jeunes meurent de faim, car ils ne peuvent plus être nourris ou ils sont vendus à des marchands d’animaux. Les populations vivant en liberté n’ont ainsi aucune chance de se reproduire. Cela mène inévitablement à la disparition de populations entières, puis de toute l’espèce. Il en résulte un déclin dramatique de la biodiversité.

• Une autre conséquence du braconnage commercial est que certaines fonctions écologiques ne peuvent plus être remplies, lorsque certaines espèces disparaissent de l’écosystème. Ainsi, de nombreux animaux, qui finissent dans les assiettes sous forme de viande de brousse, garantissent la dissémination des graines. Un grand nombre de plantes se sont spécialisées et ont développé leurs graines au cours de l’évolution de sorte que leur dissémination soit assurée par des animaux et leurs déjections. Elles peuvent également s’accrocher au pelage des animaux et se disperser de cette manière. C’est notamment le cas des singes hurleurs et des tamarins d’Amérique du Sud, qui contribuent à la dissémination des graines de figuier. À long terme, le braconnage des animaux entraînera la disparition des espèces végétales concernées et perturbera donc à nouveau l’équilibre écologique de l’ensemble de la forêt. Dans la mesure où les forêts tropicales apportent une contribution particulièrement importante à la production d’oxygène et à l’absorption du CO2 sur la planète, la disparition de grands arbres tropicaux et de vastes zones forestières aura des répercussions à long terme sur notre climat.

Quels sont les dangers du braconnage ?

La transmission de maladies

La consommation de viande de singe peut transmettre des maladies à l’homme, comme le virus mortel Ebola. Il peut donc arriver qu’une grande partie d’une population locale soit infectée. Fin 2012, un nouveau foyer du virus hautement contagieux a été découvert dans la région d’Itohya en Ouganda, entraînant la mort de plusieurs personnes. 13 villageois ont été tués par le virus dans un petit village du Gabon après avoir mangé de la viande de singe.

Des affrontements violents

Des gangs lourdement armés et parfois même organisés militairement se livrent à de véritables batailles rangées avec les gardes-chasse, provoquant des morts des deux côtés. 19 rangers ont péri début 2012 en Afrique dans des conflits armés de ce type. Au cours d’un entretien avec l’administration du parc national des Virunga, il est apparu que des rangers étaient tués lors d’affrontements violents, notamment au Congo.

Quelles sont les mesures en vigueur ?

La « Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction » CITES (en anglais: Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora), a été ratifiée en 1973. Elle compte 176 États membres jusqu’à aujourd’hui. 

Depuis 1984, l’Union européenne met en œuvre la CITES, qui a une valeur contraignante pour tous ses États membres. L’objectif de la convention est de surveiller et de réglementer le commerce international, qui représente l’un des plus grands dangers pour la flore et la faune sauvage. Par « commerce », on entend tout transport par-delà une frontière, indépendamment de la raison pour laquelle ce transport est effectué.

Dans la CITES, les espèces menacées sont répertoriées dans trois annexes selon le degré de protection qu’elles nécessitent. Des restrictions commerciales plus ou moins importantes sont appliquées à ces espèces. Ces annexes I-III sont actualisées tous les deux ans lors de la Conférence des États Parties à la CITES. Voici pour la théorie. 

La situation est malheureusement bien différente dans la pratique. Un exemple parmi d’autres : la 15e Conférence des États Parties de 2010 organisée à Doha, au Qatar. Jamais une conférence de la CITES n’avait reçu autant de demandes visant à protéger les requins ou interdire le commerce d’une espèce aussi prisée que le thon rouge. Mais les demandes de protection du thon rouge, des coraux et de plusieurs espèces de requins ont échoué en raison de la résistance du Japon et d’autres pays asiatiques. La tactique japonaise prouve que la CITES n’est plus une organisation œuvrant pour la protection de la nature, mais une institution dirigée par l’argent et les intérêts économiques. La veille du vote sur l’interdiction du commerce du thon rouge, l’ambassade du Japon a organisé une réception et servi des sushis cuisinés avec la chair d’un poisson dont l’espèce est sur le point de disparaitre de la planète – l’interdiction commerciale a été rejetée. 

Les rencontres annuelles ressemblent malheureusement de plus en plus aux conférences climatiques de l’UE, où politique, pouvoir et argent priment clairement sur les connaissances scientifiques et où des accords sont convenus à huis clos. 

Un autre point critique est la définition du « commerce », à savoir « tout transport par-delà une frontière ». Cette définition est lacunaire, car les espèces menacées font également l’objet de commerce illégal à l’intérieur des États. 

Au cours de la conférence de la CITES de 2013 à Bangkok, les USA ont déposé une demande visant à protéger les ours polaires, dont la population décline depuis des années à cause de la diminution massive de leur habitat sous l’effet du réchauffement climatique et des chasseurs de trophées. Le Canada et l’UE ont voté contre et la demande a été rejetée à 42 voix contre 38. La situation a été similaire lors des demandes de protection des rhinocéros et des raies. Seul succès enregistré : trois demandes, qui concernaient cinq espèces de requin au total, ont été acceptées et les espèces ont été inscrites à l’annexe II.

Pourquoi est-il si difficile d’empêcher le braconnage ?

Les autochtones ne sont pas les seuls à chasser des animaux sauvages en raison de leur pauvreté, des bandes de braconniers organisées à l’échelle internationale sévissent également. En Afrique, certains vétérinaires de parcs nationaux collaborent avec des organisations criminelles de braconniers. 

Certains ambassadeurs sont même accusés d’être impliqués dans le réseau de braconniers. La corruption et les pots-de-vin jouent un grand rôle ici. Certains produits dérivés sont même volés dans des stocks saisis, puis sont revendus sur le marché noir. 

Une autre difficulté réside dans le fait que ces bandes sont organisées à l’échelle internationale et agissent donc par-delà les frontières. Elles échappent ainsi facilement aux sanctions dans le pays d’origine. Et lorsqu’une bande est localisée, la peine est généralement dérisoire. Sauvons la forêt a par exemple obtenu des informations provenant d’un entretien réalisé avec l’administration du parc national des Virunga indiquant que les braconniers arrêtés sont relâchés au plus tard après trois jours. 

À cela s’ajoute le fait que les bandes et les marchands agissent de manière de plus en plus subtile. Les os et la fourrure sont éliminés afin d’empêcher toute identification de l’espèce animale. La viande est ensuite vendue comme viande de bœuf ou de chèvre. 

Un autre problème est la déforestation des forêts vierges par des groupes, qui viennent le plus souvent de l’étranger. L’amélioration des infrastructures permet non seulement aux braconniers de pénétrer toujours plus loin dans les forêts, mais les bucherons leur achètent également de la viande pour leur propre consommation ou pour la revendre à un prix plus élevé dans les villes et villages environnants.

Que puis-je faire à mon échelle ?

• Partagez ces informations. Parlez-en à votre famille, vos amis et vos connaissances. Aidez-nous à les diffuser. Nous ne pourrons atteindre des objectifs à long terme que si le problème est connu par le plus grand nombre.

• Ne participez en aucun cas à des attractions animales, que ce soit en vacances, dans des parcs de loisirs ou des zoos.

• Engagez-vous pour l’interdiction des spectacles animaux. Cela est possible, comme le montre l’exemple de l’Inde. Les spectacles de mammifères marins, tels que les dauphins, y sont interdits depuis juin 2013.

• N’allez pas dans des cirques où les animaux sont détenus dans des conditions ignobles. Imaginez-vous échanger votre liberté contre un étroit conteneur en acier avec des grilles et des barreaux...

• Renoncez aux souvenirs de vacances fabriqués avec des produits dérivés d’espèces en danger. Les ramener avec vous est non seulement passible d’une amende, mais encouragerait le braconnage. N’achetez jamais de viande ou de produits dérivés d’animaux menacés, afin de réduire l’intérêt financier des braconniers.

• Soyez prudents en ce qui concerne les attractions touristiques et informez-vous consciencieusement sur le contexte local.

• Profitez de vos vacances autrement et participez en tant que bénévole à l’un des nombreux projets de préservation et de protection des forêts tropicales.

• Soutenez le travail mené par Sauvons la forêt pour protéger la diversité biologique de notre planète. Signez nos pétitions. Faites des dons pour financer des projets de conservation de la nature. Vos contributions peuvent permettre la réalisation de différents projets de sauvegarde d’espèces animales menacées, comme les orangs-outans ou les éléphants