Libération sous caution des activistes de Mother Nature au Cambodge

Les activistes Thun Ratha et Phuon Keoraksmey, pleins sourires après leur libération Être libérés, même sous caution, est un motif de réjouissance
 pour Thun Ratha et Phuon Keoraksmey (© Mother Nature Cambodia) Les six activistes de Mother Nature libérés sous caution Les six activistes de Mother Nature libérés sous caution : Yim Leanghy, Ly Chandaravuth, Phuon Keoraksmey, Thun Ratha, Long Kunthea et Sun Ratha (© Mother Nature Cambodia)

9 déc. 2021

Les six activistes de Mother Nature ont quitté la prison de Phnom Penh à la mi-novembre. Une libération sous caution qui n’est pas synonyme d’abandon des poursuites judiciaires à leur endroit. Ils risquent toujours dix ans de prison. La collecte de signatures pour notre pétition adressée au Premier ministre Hun Sen continue.

Pendant de longs mois, les jeunes activistes de Mother Nature Cambodia ont dû endurer les pires conditions dans des cellules de prison surpeuplées (quatorze mois pour Thun Ratha, Phuon Keoraksmey et Long Kunthea et cinq mois pour Sun Ratha, Yim Leanghy et Ly Chandaravuth). Leur "crime": avoir pacifiquement dénoncé des crimes environnementaux et rendu publics certains abus. 

Les écologistes ont certes été libérés, mais sous caution, et ne sont donc pas acquittés. Ils restent l’objet de poursuites judiciaires pour "incitation et provocation de troubles sociaux" et "conspiration pour renverser le gouvernement et insultes au roi" et risquent toujours jusqu’à dix ans de prison. Ils sont sous contrôle judiciaire strict et ont l’interdiction de quitter le pays ou de se rendre "coupables" de délits.

Vingt autres personnes, également engagées pour les droits humains et la protection de l’environnement, ont été libérées en sus des six membres de Mother Nature Cambodia.

Pression internationale et 80.000 signatures de soutien

La pression internationale sur le gouvernement cambodgien a contribué à ces libérations, dont les plus de 80.000 signatures recueillies par la pétition de Sauvons la forêt. « Je pense que cette pétition a joué un rôle important », explique Alejandro Gonzalez-Davidson, cofondateur de Mother Nature Cambodia. « C’était probablement aussi une tentative des autorités cambodgiennes d’améliorer leur image internationale avant les réunions de haut niveau imminentes, comme le sommet Asie-Europe (ASEM) fin novembre et le sommet de l’ASEAN en 2022. »

Expulsé du Cambodge en 2015, Alejandro a également été accusé d’"outrage envers le roi", mais par contumace.

« Les arrestations et les charges à l’encontre de Mother Nature visent à empêcher son travail de documentation de la destruction systématique de l’environnement. Car celui-ci participe à rendre publiques la violation de droits humains et la corruption présumée. Au Cambodge, dès qu’un individu ou un groupe fait campagne pour l’environnement et les droits humains, en informant et en encourageant d’autres personnes à exprimer leur opinion, son travail est fermement et systématiquement entravé. »

 

Se taire n’est pas une option

Même après cette longue et inhumaine détention, les militant·e·s ne se laissent pas intimider. « Je vais continuer à m’engager socialement et à faire ce que j’aime », a déclaré Long Kunthea après sa libération.

Son jeune collègue Ly Chandravuth estime qu’il est important, compte tenu du climat politique actuel au Cambodge, que les gens continuent à défendre leurs droits, même si la liberté de réunion et d’expression est de plus en plus restreinte. « Si nous étions plus nombreux à nous joindre à ce genre de campagnes, il n’y aurait aucune forme de répression, car lorsque les gens se lèvent ensemble, le gouvernement doit repenser ses activités », a déclaré Ly Chandravuth dans une interview accordée à la plateforme environnementale Mongabay. « Mais si les gens se taisent, le gouvernement continuera à abuser d’eux... Le silence n’est pas un choix, nous devons faire entendre notre voix. C’est la seule façon d’avoir un avenir. »

La libération des activistes de Mother Nature n’est que temporaire et à des conditions injustifiées. Les demandes adressées au gouvernement cambodgien n’ont pas encore été satisfaites. Il vous est donc toujours possible de signer notre pétition.


Informations supplémentaires (en anglais)