Non au pétrole issu de la forêt tropicale !

Gorille avec son bébé dans le Parc national des Virunga Les gorilles du Parc national des Virunga sont également menacés (© RdR/Mathias Rittgerott)

2 août 2022

Des défenseurs de l’environnement ont remis notre pétition le 25 juillet 2022 à Kinshasa. La crise est encore pire que prévue : quelques jours plus tôt, le gouvernement congolais avait annoncé son intention de mettre aux enchères non pas 16, mais 30 blocs pétroliers et gaziers dans la deuxième plus grande forêt tropicale de la planète.

Certains des 27 blocs pétroliers sont situés dans la forêt tropicale du Bassin de la Cuvette Centrale, le plus grand complexe de tourbières tropicales de la planète. Le parc national des Virunga, l’un des derniers refuges du gorille de montagne, est une autre zone forestière menacée à à l’est du pays.

«  Ces plans sont choquants »

a réagi Marianne Klute, présidente de Rettet den Regenwald (Sauvons la forêt). « Alors que le monde est confronté à une extinction massive d’espèces animales et végétales et à une urgence climatique, le gouvernement de la RDC est sur le point de déclencher une bombe environnementale qui menace également les moyens de subsistance de millions de personnes qui dépendent des forêts du Congo. Le pétrole doit rester dans le sol partout dans le monde, y compris en RDC. »

Quand bien même les entreprises n’acquéraient, n’exploraient ou n’exploitaient qu’une partie de ces blocs, ce serait une catastrophe pour la biodiversité, le climat et la population locale.

Les routes tracées par les compagnies pétrolières au plus profond de la forêt permettront l’accès de ces dernières aux bûcherons, accapareurs de terres et autres braconniers. À terme, cela signifiera la fin des forêts tropicales et des tourbières dans le bassin du Congo.

Une coalition d’organisations environnementales congolaises et internationales a lancé fin juin une pétition qui a recueilli plus de 100 000 signatures en quelques semaines.

Les autorités congolaises n’ont pas encore réagi à la pétition. C’est pourquoi nous continuons à collecter des signatures et à faire pression jusqu’à l’abandon de ces plans.

Citations des ONG congolaises et internationales à l’origine de la pétition

Bonaventure Bondo, Coordinateur du Mouvement des Jeunes pour la Protection de l’Environnement (MJPE-RDC) :
« Le temps de la promotion de nouveaux projets pétroliers est révolu. Pour notre bien-être et celui des générations futures, nous disons NON au bradage de nos forêts et tourbières et demandons au Président Félix Tshisekedi d’ordonner l’arrêt immédiat de la mise aux enchères des blocs pétroliers dans nos écosystèmes sensibles tels que le Parc National des Virunga et d’autres parties du bassin du Congo. » 

Justin Mutabesha, de l'Association des Jeunes Visionnaires RDC :
« Avec la mise aux enchères des blocs pétroliers, les communautés locales sont prises en otage par les élites politico-économiques. L’exploitation du  pétrole congolais implique la disparition d’immenses parties de la biodiversité dont 100 millions de personnes dépendent pour la pêche, l’agriculture et d’autres pratiques traditionnelles. Elle implique également la négligence permanente des alternatives aux énergies renouvelables. Nous disons non à cette vente. » 

Faustin Nyebone, de l'AICED (Appui aux initiatives communautaires pour la conservation de l’environnement et le développement durable) :
« La RDC ne manque pas de ressources pour relancer son économie et améliorer les conditions de vie des Congolais. Le pays est classé 182e en matière de bonne gouvernance, alors que sa population vit avec moins d’un dollar par jour, même dans la ville de Walikale, où le cobalt est extrait. »

Isaac Mumbere, du Réseau CREF RDC :
« Rien ne peut justifier ce crime environnemental. Cherchez l’argent ailleurs et ne polluez pas notre planète. »

Pascal Mirindi, Extinction Rebellion, Université de Goma, RDC :
« Nous pouvons être un pays solution pour l’humanité et un pays qui répond à ses propres besoins sociaux et économiques sans mettre en danger l’avenir de nos enfants en ne protégeant pas les écosystèmes critiques. »

Irene Wabiwa Betoko, chef de projet international pour la forêt du bassin du Congo, Greenpeace Afrique :
« Six mois seulement après avoir signé un accord de 500 millions de dollars pour la protection des forêts lors de la COP26, le gouvernement congolais déclare la guerre à notre planète avec le pétrole et le gaz. Le prix immédiat sera payé par les communautés congolaises, qui ne sont pas au courant de la vente aux enchères, n’ont pas été consultées ou informées des risques pour leur santé et leurs moyens de subsistance. Beaucoup d’entre elles se soulèveront contre cette décision - et nous nous tiendrons à leurs côtés. »

Joe Eisen, directeur exécutif de Rainforest Foundation UK :
« Ce bradage chaotique de certaines des forêts les plus sensibles de la RDC sape son image de "pays des solutions" aux crises du climat et de la biodiversité. Alors que les besoins de la RDC en matière de développement sont bien réels, rien ne permet de penser que les revenus du pétrole et du gaz seront utilisés pour le bien public plutôt que pour l’enrichissement personnel des élites politiques. Au lieu de cela, nous exhortons le gouvernement et ses partenaires internationaux à garder les combustibles fossiles dans le sol et les arbres sur pied en travaillant avec les communautés locales et indigènes qui dépendent de ces zones. » 

Charity Migwi, chargée de campagne régionale pour l’Afrique à 350.org :
« Le projet de mise aux enchères de 27 blocs pétroliers et de 3 blocs gaziers en RDC est une démarche qui condamne le pays et sa riche biodiversité à la destruction. Il y a tellement d’enjeux pour l’emploi et la santé des populations, sans parler des impacts de la crise climatique et des violations des droits de l’homme que ces projets de combustibles fossiles vont provoquer. Au lieu de cela, c’est une chance historique pour les dirigeants de la nation de signaler leur engagement à conduire un véritable changement transformateur en gardant les combustibles fossiles dans le sol, plutôt que de bloquer la nation dans une transition juste. Il existe un énorme potentiel de croissance économique pour la RDC grâce aux énergies renouvelables propres. »