Paroles creuses sur la durabilité
Indonésie : L’annonce faite au Forum international sur le développement durable de ne plus déboiser pour l’agriculture a été largement saluée. Solidaritas Merauke reste toutefois sceptique, car la réalité est tout autre : la déforestation se poursuit en Papouasie. Les tourbières, les marécages et les savanes sont considérés comme « dégradés » et les droits des populations autochtones sont bafoués.
Les médias internationaux couvrent actuellement le Forum indonésien sur le développement durable (Indonesia Sustainability Forum), qui s’est ouvert le 6 octobre à Jakarta. La plupart des articles portent sur la fin de la déforestation pour la production agricole, telle qu’elle a été annoncée.
Nos partenaires se montrent, quant à eux, moins enthousiastes :
L’annonce faite par l’Indonésie de mettre fin à la déforestation pour les projets agricoles n’a aucun sens tant que les projets stratégiques nationaux, tels que le PSN Merauke en Papouasie du Sud, ne sont pas abandonnés.
Personne ne les croit plus.
Au lieu du riz, ils cultivent alors des plantes énergétiques : palmiers à huile et canne à sucre, manioc et maïs – destinés à la production de biodiesel et de bioéthanol.
C’est le marché mondial et les investisseurs qui en ont décidé ainsi.
« Le gouvernement ne voit plus la nécessité d’étendre les surfaces consacrées à la culture du riz dans les zones dites forestières. » C’est ce qu’a déclaré Hashim Djojohadikusumo, envoyé spécial pour le climat et l’énergie et frère du président Prabowo Subianto, dans son discours prononcé lors de l’ouverture du Forum international sur le développement durable (ISF) le 6 octobre à Jakarta. Il semble ainsi promettre la fin des déboisements à grande échelle pour faire de la place à la culture du riz, de la canne à sucre et des palmiers à huile. Selon lui, l’Indonésie aurait atteint l’autosuffisance en riz, aliment de base. À l’avenir, aucune nouvelle surface ne serait mise en culture. La culture de plantes destinées à l’alimentation et aux biocarburants se concentrerait sur les terres dégradées. Les médias internationaux ont relayé cette information et n’ont pas tari d’éloges.
En Indonésie, la société civile interprète avec prudence le discours de l’envoyé spécial comme une première réaction du gouvernement face à la résistance des nombreuses communautés autochtones et locales qui, dans tout le pays, défendent leurs forêts contre les projets alimentaires et énergétiques de l’État. C’est peut-être un signe encourageant, ou peut-être simplement des paroles en l’air qui ne seront suivies d’aucun acte concret.
Nous restons sceptiques. Trop souvent, le gouvernement s’est engagé, lors de conférences, en faveur de la protection des forêts et du climat, mais a, dans les faits, démenti ses propres paroles.
« En réalité », écrit le groupe Solidaritas Merauke dans sa réponse à cette annonce, « d’immenses superficies de forêt naturelle sont actuellement défrichées en Papouasie du Sud à l’aide de pelleteuses escortées par des militaires. On y crée des plantations de canne à sucre et de palmiers à huile destinées à la production de biocarburants. Les populations autochtones, gardiennes des forêts, sont criminalisées et deviennent victimes de violences au nom du développement et de la sécurité alimentaire et énergétique. »
Selon Solidaritas Merauke, la destruction des forêts tropicales, des savanes, des marécages et des tourbières va bien au-delà du problème de la « déforestation » . « Sont également touchés les cours d’eau et la biodiversité, les moyens de subsistance, les pratiques culturelles, la sécurité alimentaire, la santé, ainsi que les connaissances écologiques de la population locale et sa survie. »
Solidaritas Merauke remet en question le terme « terres dégradées ». Les acteurs publics et privés ont qualifié de terres dégradées, improductives et inhabitées les écosystèmes forestiers de plaine, qui comprennent des marécages et des savanes. Ainsi, ces espaces peuvent être commercialisés et deviennent des cibles pour l’exploitation des matières premières et les programmes de développement.
Avant de faire de telles annonces grandiloquentes, il faut mettre fin aux projets destructeurs, renaturer les zones déboisées et rétablir les droits des peuples autochtones.
« Solidaritas Merauke réclame des changements fondamentaux dans le paradigme de développement fondé sur une croissance exponentielle illimitée, l’accumulation de capital, le totalitarisme, le pillage des ressources naturelles et l’exploitation. Celui-ci devrait être remplacé par un paradigme de développement durable, fondé sur l’émancipation et la justice sociale, le respect et la protection des droits de l’homme, l’indépendance et l’action collective, ainsi que la préservation et la restauration des systèmes sociaux et écologiques interdépendants. »
Vidéo de la cérémonie d’ouverture de l’Indonesia Sustainability Forum (ISF), d’une durée de plus de quatre heures (en anglais); de 1 h 03 à 1 h 21, Hashim Djojohadikusumo, envoyé spécial pour le climat et l’énergie, prend la parole.
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