Un orang-outan criblé de 130 balles à Bornéo

Un vétérinaire regarde la radiographie d'un orang-outan criblé de 130 balles

26 févr. 2018

Nouveau cas de massacre d’orang-outan en Indonésie ! Le corps de l’animal a été retrouvé criblé de 130 balles à l’est de Bornéo. Les sauveteurs sont sous le choc. Encore une fois l’homme de la forêt « dérangeait » les entreprises de plantation.

Un orang-outan a connu une fin particulièrement horrible au début du mois sur l’île de Bornéo. Le mardi 6 février 2018, les bénévoles du Centre indonésien de protection des orangs-outans (Center for Orang-Utan-Protection, COP) ont découvert le cadavre d’un orang-outan âgé de 5 à 7 ans. Ils sont parvenus à évacuer le grand singe et l’ont amené à l’hôpital pour pratiquer son autopsie. Quelle ne fut pas leur sidération lors de la radiographie: le corps de l’orang-outan était criblé de 130 balles ! La victime est morte des infections causées par ses multiples blessures. « 130 balles, nous n’avons jamais vu ça dans aucun des conflits opposant l’homme aux orangs-outans », explique un collaborateur de COP, horrifié.

Le responsable de cet acte n’a pas encore été identifié. Le crime a eu lieu dans le village de Teluk Pandan dans la province de Kalimantan Est à Bornéo. Là-bas, la forêt tropicale, habitat naturel de l’orang-outan, a été détruite sur une grande surface. Cela fait longtemps que les dernières petites parcelles forestières subsistantes n’offrent plus assez d’espace aux orangs-outans. Il arrive souvent que les animaux s’introduisent dans l’une des 450 plantations de palmiers à huile et de caoutchouc, où ils sont chassés ou même tués par les ouvriers.

Un cas similaire avait indigné le monde entier en janvier. Au Kalimantan central, des défenseurs des animaux avaient découvert le cadavre d’un orang-outan décapité dans un fleuve. C’est justement à cet endroit qu’une réserve naturelle d’orangs-outans jouxte plusieurs plantations d’huile de palme, qui s’enfoncent parfois profondément dans l’habitat des orangs-outans. COP et la Fondation BOS (Borneo Orangutan Survival Fundation, BOSF) se sont occupés de la dépouille du grand singe, ce qui a permis d’élucider pour la première fois un meurtre d’orang-outan. Les coupables, deux hommes pauvres des environs, ont pu être appréhendés. Ils ont déclaré avoir agi ainsi par peur.

Les actes violents commis envers les orangs-outans se multiplient, mais la véritable cause de la disparition des primates menacés d’extinction est plus profonde : elle est liée à la destruction de leur habitat, la forêt tropicale. Les plantations de palmiers à huile ne cessent de s’agrandir - pour le biocarburant que nous mettons dans le réservoir de nos voitures, pour les aliments industriels et pour les produits de nettoyage que nous consommons. Bornéo est particulièrement touché depuis la mise en place de la politique de l’UE sur les énergies renouvelables. Dans la Province du Kalimantan central qui comprend 15 millions d’hectares (soit une surface plus grande que celle de la Nouvelle-Aquitaine et de l’Auvergne-Rhône-Alpes réunies), les entreprises de palmiers à huile possèdent 2,2 millions d’hectares, ce qui correspond presque à deux fois l’Ile-de-France. « Le problème est énorme », explique monsieur Wiratno, directeur du département de protection de la nature du Ministère des forêts. « 461 873 hectares de palmiers à huile sont situés dans l’habitat des orangs-outans. »

Cela nous concerne aussi ! Les plantations produisent pour notre consommation. Il ne suffit pas de mettre des employés de plantation en prison. Les producteurs d’huile de palme doivent être amenés à rendre des comptes devant la justice. Le groupe Wilmar possède plusieurs plantations dans la province de Kalimantan central. Cette huile de palme atterrit également dans nos réservoirs et dans nos assiettes par l’intermédiaire de l’industrie agroalimentaire.


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