Jugement historique contre le Glyphosate : le groupe Bayer vacille

Bayer Monsanto Le Roundup de Monsanto contient du glyphosate, une substante manifestement toxique pour l'être humain (© Montage RdR)

15 août 2018

Moins 12% : le cours de l'action Bayer s’effondre. Aux États-Unis, un tribunal a condamné le groupe chimique à verser des dommages-intérêts de près de 290 millions de dollars à un citoyen américain souffrant d'un cancer incurable. Au Brésil, un tribunal fédéral a suspendu l'utilisation du glyphosate comme herbicide sur des millions d'hectares de maïs et de soja génétiquement modifié.

Sur les places boursières, le cours des actions du groupe Bayer subit une forte dévaluation. Dès l'ouverture de la bourse lundi dernier, les titres avaient chuté de 12%. En cause, les deux décisions de justice qui ébranlent le modèle commercial du groupe chimique.

Près de 290 millions de dollars de dommages et intérêts : telle est la somme due par Monsanto, filiale de Bayer, à un citoyen américain atteint d'un cancer des ganglions incurable. Suite à la décision d'un tribunal de San Francisco, Dewayne Johnson, ancien gardien chargé de désherber les cours d'école à l'aide des pesticides Roundup et Ranger des années durant, s'est vu accorder cette indemnité.

Très marqué par la maladie, M. Johnson désigne l'herbicide à base de glyphosate de Monsanto comme le responsable de ses souffrances. « Je n'aurais jamais pulvérisé ce produit sur les cours d'école ou à proximité de personnes si j'avais su que cela leur était nuisible », a déclaré Johnson lors du procès.

Le jury a déterminé que Monsanto « a agi avec malveillance ou en dissimulant des informations ». 

« Nous avons enfin pu montrer au jury les documents confidentiels internes de Monsanto prouvant que le groupe savait depuis des décennies que le Roundup peut causer le cancer », a également déclaré Brent Wisner, avocat de M. Johnson. Ce jugement a signifié « à Monsanto la fin de ses années de tromperie au sujet de Roundup et l'obligation de privilégier la sécurité des consommateurs à ses bénéfices ».

Aux Etats-Unis, une vague de plaintes a été déposée contre le fabricant Monsanto. Des milliers d’agriculteurs ont poursuivi le groupe en justice, car ils souffrent de cancers rares, qu’ils attribuent à l’utilisation de glyphosate.

Dès 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classifiait le glyphosate comme « potentiellement cancérigène » auprès de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Bayer venait tout juste de racheter Monsanto pour une somme de 63 milliards de dollars. Monsanto a immédiatement annoncé qu'elle ferait appel du jugement.

Au Brésil, un tribunal fédéral de la capitale a suspendu les autorisations d'utilisation du glyphosate. L'agence de santé publique brésilienne ANVISA doit à présent réaliser une nouvelle analyse toxicologique du glyphosate. En dehors des États-Unis, le Brésil est le principal acheteur de produits à base de glyphosate.

Au Brésil, l'herbicide total Roundup est pulvérisé sur les près de 40 millions d'hectares de monocultures de maïs et de soja génétiquement modifiés. Le  maïs Roundup-Ready et le soja Roundup-Ready brevetés par Bayer-Monsanto ont été rendus résistants au pesticide dans le laboratoire chimique du groupe. Les plantes Roundup-Ready résistent donc aux pulvérisations d'herbicide au glyphosate.

Le ministre de l'agriculture brésilien Blairo Maggi, lui-même l'un des plus grands producteurs de soja au monde, a annoncé que le gouvernement contesterait le jugement. Il souhaite faire annuler cette décision avant la prochaine récolte de soja.

Le gouvernement brésilien, profondément affecté par la corruption, ignore clairement les graves conflits d'intérêts existants. Aucune politique servant les intérêts du pays et de ses citoyens ne peut être attendue du roi du soja brésilien Blairo Maggi.

Les pays membres de l'UE importent chaque année près de 34 millions de tonnes de soja génétiquement modifié, provenant essentiellement d'Amérique du Sud, pour l'alimentation des animaux. Aux États-Unis, plus de 90% de la production consiste en du soja génétiquement modifié (65% au Brésil et même 99% en Argentine).

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