Une lueur d’espoir pour l’orang-outan de Tapanuli ?

Pongo tapaluniensis Un des 800 orangs-outans de Tapanuli dans la forêt de Batang Toru (© Tim Laman/CC BY 4.0)

16 mars 2019

La Banque de Chine « prend note des préoccupations de certaines organisations environnementales sur le projet de barrage à Batang Toru » et va procéder à un examen du projet. Enfin une lueur d’espoir pour l’orang-outan de Tapanuli ?

L’orang-outan de Tapanuli crée l’émoi. Identifié comme une espèce à part entière en 2017, il est considéré comme l’espèce d’orang-outan la plus rare et la plus menacée au monde. Leur population est estimée à seulement 800 individus. Les orangs-outans de Tapanuli vivent dans les forêts de Batang Toru dans le nord de Sumatra, en Indonésie, et sont plus proches de l’orang-outan de Bornéo que de l’orang-outan de Sumatra.

C’est justement dans cette forêt qu’une entreprise chinoise doit construire une grande centrale hydroélectrique. Le projet fait partie de la Nouvelle route de la soie, notamment financée par la Banque nationale de Chine, qui a investi dans le Barrage des Trois-Gorges, également sujet à controverse. Jusqu’ici, la Banque de Chine ne s’est pas montrée sensible aux conséquences écologiques et sociales de tels projets.

Depuis, la vague de manifestations n’a pas cessé. Des groupes écologistes indonésiens ont manifesté, des scientifiques ont écrit au Président Joko Widodo, 280.000 personnes ont signé la pétition L’orang-outan de Tapanuli, juste découvert et bientôt disparu ? de Sauvons la forêt. Le réseau environnemental indonésien WALHI a entamé un procès.

Mais depuis le 4 mars 2019, une note succincte sur la centrale hydroélectrique de Batang Toru est publiée sur le site Internet de la banque : « La Banque de Chine prend note des préoccupations de certaines organisations environnementales sur le projet de barrage à Batang Toru. » Et il est dit plus loin que celle-ci va procéder à un examen du projet.

Quelques jours auparavant, un tribunal avait pourtant rejeté la plainte déposée par WALHI contre l’octroi d’autorisations pour le barrage et la centrale électrique. Une décision choquante qui nuit à l’espèce d’orang-outan la plus menacée au monde ! Un revers juridique pour l’orang-outan de Tapanuli.

La décision de la Banque de Chine permet-elle d’espérer que le barrage et la centrale électrique ne seront pas construits ? William F. Laurance, le chef de file de la campagne ALERT organisée par des scientifiques pour sauver les primates les plus rares, considère la déclaration faite par la Banque de Chine sur son site Internet comme illusoire. La banque n’aurait aucune considération environnementale, ne s’intéressant qu’à l’argent.

L’annonce de la Banque de Chine reste néanmoins unique. Les banques et les groupes chinois ne s’étaient encore jamais exprimés sur l’environnement ou leur responsabilité sociale. Un signe qui montre que les nombreuses protestations ont au moins été entendues.