Huile de palme : l’Indonésie porte plainte contre l’UE

Photomontage - Diagramme de la consommation d’huile de palme dans l’Union européenne (UE) en 2018 L’huile de palme doit être abandonnée en tant que biocarburant au sein de l’UE d’ici à 2030 (© Montage Sauvons la forêt)

3 janv. 2020

L’Indonésie porte plainte contre l’Union européenne devant l’OMC. Elle rejette sa décision de supprimer l’huile de palme dans les biocarburants et combustibles d’ici à 2030. Face à la destruction massive de la forêt tropicale, l’UE ne veut plus soutenir l’huile de palme en tant qu’énergie renouvelable.

Par leur politique de combustion d’huiles végétales dans les réservoirs de voitures et les centrales électriques, les pays industrialisés ont ouvert une boîte de Pandore. Et le fléau s’est répandu : défrichage de la forêt tropicale, destruction de la faune sauvage, incendies désastreux, maladies respiratoires, émissions de gaz à effet de serre, violences. Comme si cela ne suffisait pas, un bras de fer commercial s’est engagé autour de l’huile de palme et de ses produits dérivés comme le biodiesel. À la mi-décembre 2019, l’Indonésie a porté plainte contre l’UE auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le plus grand producteur d’huile de palme au monde veut ainsi obtenir un amendement de la dernière directive relative aux énergies renouvelables Directive relative aux énergies renouvelables (RED II) de l’UE. 

Cette directive de l’UE promeut l’utilisation d’énergie issue de sources renouvelables. Pendant dix ans, l’UE a encouragé la consommation d’huile de palme comme source d’énergie avec la précédente directive (RED I), avec pour résultat d’utiliser les deux tiers de l’huile de palme importée en UE comme carburant : transformée en biodiesel dans les moteurs de voitures et de poids lourds et en combustible dans les centrales produisant de l’électricité et du chauffage. L’UE a ainsi déclenché une destruction sans précédent des forêts tropicales, plus particulièrement en Indonésie. Des millions d’hectares de forêt tropicale ont disparu et continuent de disparaître uniquement pour la fabrication du très mal nommé « biocarburant ». 

Avec la nouvelle directive relative aux énergies renouvelables, l’UE a décidé que les sources d’énergie aux émissions de gaz à effet de serre potentiellement élevées et à l’origine de changements de l’affectation des sols doivent être supprimées. Concrètement, les parts de carburants et de combustibles issus de l’huile de palme seront réduites à partir de 2023 et ne pourront plus être considérées comme contribuant à la réalisation des objectifs énoncés dans la directive relative aux énergies renouvelables d’ici à 2030. Les États membres de l’UE sont également libres d’abandonner l’huile de palme avant cette date, comme la France dès 2020 par exemple. Par sa plainte devant l’OMC, l’Indonésie veut empêcher la sortie de l’huile de palme comme énergie renouvelable en UE.

L’huile de palme, produit commercial le plus important d’Indonésie après le charbon, est devenue ces dix dernières années la coqueluche de son économie. L’UE en est la principale importatrice après l’Inde et la Chine. Selon les données de l’Association des producteurs d’huile de palme indonésiens GAPKI, l’Indonésie a exporté 4,7 millions de tonnes d’huile de palme en UE en 2018, soit 14% du total des exportations d’huile de palme du pays d’Asie du Sud-Est. Outre son utilisation pour la production d’énergie, l’huile de palme est également utilisée comme matière première dans l’industrie alimentaire, fourragère et chimique.

L’Indonésie exporte et produit son propre biodiesel depuis longtemps, non sans l’aide massive de subventions et d’allègements fiscaux et à l’exportation. Au vu de l’effet de distorsion de la concurrence causé selon elle par ces subventions, l’UE a décidé début décembre 2019 d’imposer des droits de douane élevés pour contrer les importations de biocarburant indonésiennes. Le 16 décembre, l’Indonésie a riposté contre cette « discrimination pratiquée par l’UE » et porté plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce à Genève.

L’UE contre-attaque avec des arguments climatiques : la combustion de biocarburant génère plus d’émissions de gaz à effet de serre que les carburants fossiles et entraîne la réaffectation des sols. Autrement dit, la forêt tropicale essentielle à la régulation du climat et à la préservation de la biodiversité est sacrifiée aux plantations de palmiers à huile. 

L’huile de palme est également un point de discorde entre l’Indonésie et l’UE dans le cadre des négociations sur l’accord de libre-échange APEG. L’UE entend limiter l’importation en franchise de douane de l’huile de palme, ce à quoi l’Indonésie s’oppose avec véhémence. En conséquence, les négociations de l’accord s’enlisent continuellement. D’un autre côté, l’UE veut absolument parvenir à cet accord de libre-échange pour faciliter l’arrivée sur le marché indonésien des marchandises et des services européens.