Meurtres d’écologistes au Mexique : ce n’est plus possible !

Portrait du défenseur des droits humains Simón Pedro Pérez López Simón Pérez a été assassiné sous les yeux de son fils le 5 juillet 2021 au Chiapas (© Otros Mundos Chiapas)

Militer pour l’environnement et les droits de l’homme reste extrêmement dangereux au Mexique. Simón Pérez a été abattu sous les yeux de son fils sur le marché de Simojovel dans le Chiapas le 5 juillet 2021. Demandons au pays de mener une enquête sur ce drame et de tenir ses engagements pour la sécurité des défenseurs de la nature.

Appel

Au président et aux autorités du Mexique

“Toute la lumière doit être faite sur le meurtre de l’écologiste Simón Peréz. Merci d’ouvrir une enquête et de rendre justice.”

Afficher la lettre de pétition

Simón Pedro Peréz López, père de sept enfants, n’avait que 35 ans. En tant que membre de l’organisation indigène de défense des droits de l’homme Las Abejas de Acteal, dont il était président jusqu’à récemment, il militait pour les droits des populations autochtones et la préservation de la nature.

Par l’intermédiaire des réseaux MAPDER et REMA, Simón accompagnait les communautés indigènes touchées par des projets de barrage et d’exploitation minière et plus généralement par les violences structurelles et continues dans la région des hauts plateaux du Chiapas.

Dans l’extrême sud du Mexique, les groupes armés règnent en maître, contrôlant le trafic de drogue et d’autres activités illégales telles que le trafic d’armes et d’êtres humains. De nombreux habitants de la région sont chassés de leurs terres ou doivent fuir les violences. La police et les autorités sont largement inactives et en partie complices de la mafia.

Dans les municipalités d’Aldama, Chalchihuitán, Chenalhó, Chilón et Pantelhó, les populations indigènes subissent fusillades, coupures d’électricité et blocages de routes. Elles souffrent des graves conflits et de l’incapacité de l’État mexicain à trouver des solutions à la violence, à l’anarchie et au chaos.

Simón Pérez soutenait et encourageait les habitants à s’organiser contre la violence dans leurs villages. Il est aujourd’hui devenu une victime de cette ultra-violence. L’Accord d’Escazú, dont le but est de est d’assurer la sécurité et l’accès à la justice des défenseurs de l’environnement, vient pourtant d’entrer en vigueur en avril 2021 au Mexique.

Le Centre des droits de l’Homme Fray Bartolomé de las Casas et l'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme ont rendu compte de l’assassinat de Simón Pérez et recommandent d’écrire aux autorités mexicaines pour obtenir l’ouverture d’une enquête. Pour appuyer cette demande, merci de signer notre pétition.

Contexte

Un conflit complexe

Le 7 juillet 2021, surlendemain de l’assassinat de Simón Pedro, près de trois mille habitants de Pantelhó, dans le Chiapas, ont été contraintes de se déplacer vers les municipalités voisines.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. En décembre 2020, la Mission d’observation civile au Chiapas a documenté la situation concernant les déplacements forcés, confiscations de terres, menaces et harcèlements auxquels sont confrontées les communautés indigènes en raison de la présence de groupes armés dans la région.

Récemment, en mai 2021, 30 membres de Las Abejas ont pu revenir à Colonia Miguel Utrilla, Los Chorros, dans la municipalité de Chenalhó, après 21 mois d’exil dû aux violences dans la région. Le travail de Simón Pedro a été déterminant de ce retour.

Ces derniers jours, la Défense nationale, la Garde nationale et la police d’État se sont rendues sur place. Certaines personnes ont commencé à retourner dans leurs communautés, pour une tentative de retour à la normale de leur vie et de leurs activités. Au cours de leur absence, une bombe artisanale aurait explosé sur le territoire de la municipalité, détruisant plusieurs maisons.

L’organisation indigène Las Abejas de Acteal estime toutefois que cette militarisation de la région est dans l’intérêt du gouvernement, car elle vise à contrôler le territoire et à faciliter l’accès aux entreprises qui cherchent à mettre en place des grands projets d’infrastructures tels que l'autoroute San Cristóbal-Palenque, le Train Maya ou le Corridor transisthmique.

Le massacre d’Acteal

Las Abejas de Acteal est un groupe chrétien et pacifiste né en 1992 à la suite d’un conflit sur l’utilisation et la propriété des terres au sein de la communauté d’Acteal, dans la municipalité de Chenalhó. Ses membres rejettent fermement la militarisation des hauts plateaux du Chiapas. Ils œuvrent à la défense des droits et des territoires des peuples Maya Tsotsil et Tseltal, ainsi qu’à l’instauration de la paix et de la justice.

En 1997, un groupe paramilitaire a assassiné 45 membres de Las Abejas, avec des armes réservées à l’usage exclusif de l’armée mexicaine. Cette tuerie, connue sous le nom de massacre d’Acteal, a été perpétrée dans le cadre de la politique officielle visant à démanteler les peuples indigènes du Chiapas, qui réclamaient l’établissement de leur propre gouvernement. La responsabilité directe et indirecte du massacre n’a toujours pas été établie.

La situation actuelle est très alarmante en raison de sa similitude avec ce qui s’est passé autrefois. Las Abejas continue de demander justice pour celles et ceux qui ont perdu la vie  les martyrs d’Acteal et Simón Pedro dorénavant. Le Centre des droits de l’homme Fray Bartolomé de las Casas, A. C. (Frayba) a publié une déclaration officielle sur la question et émis plusieurs alertes au cours des dernières semaines.

Le danger de défendre la nature

Dans son rapport 2020, Global Witness a recensé 212 assassinats de militants pour la défense de la terre et de l’environnement en 2019 au niveau mondial. Deux tiers de ces meurtres ont eu lieu en Amérique latine, la région la plus touchée.

En 2020, au moins 18 personnes agissant pour les droits humains en lien avec des questions environnementales ont été tuées au Mexique. On déplore déjà pour cette année (entre mars et juillet) 12 assassinats, dont un enfant.

L’Accord d’Escazú

En avril 2021, l'accord d’Escazu est entré en vigueur en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il s’agit du premier traité au monde à inclure des dispositions spécifiques pour les personnes défendant les droits de l’homme en relation avec les questions environnementales. L’accord stipule que la création d’instruments permettant la protection et la sécurité des défenseurs de l’environnement doit être améliorée, reconnaissant ainsi qu’il existe un grave problème dans la région à cet égard et que des mesures globales sont nécessaires.


Destinataire de la pétition

En plus de signer la pétition, il vous est possible de contacter directement son destinataire :

M. Andrés Manuel Lopez Obrador, Président des États-Unis mexicains

Ambassade du Mexique  
9, rue de Longchamp
75116 Paris
Tel : + 33 (0)1 53 70 27 70
Courriel : embfrancia@sre.gob.mx

Lettre

Au président et aux autorités du Mexique

Monsieur le Président,

Madame, Monsieur,

par le présent courrier, je demande aux autorités de l’État du Chiapas et aux autorités fédérales mexicaines de fournir tous les moyens nécessaires à une enquête immédiate, approfondie et impartiale sur le meurtre de Simón Pedro Pérez López, membre des Abejas de Acteal et du Congrès national indigène (CNI).

Le message que les meurtriers ont tenté de faire passer est que personne n’est à l’abri et que l’horreur est sans fin. Il est urgent d’identifier les commanditaires et les auteurs, de les traduire devant un tribunal compétent, indépendant et impartial et d’appliquer les sanctions prévues par la loi.

Comme le prévoient les normes internationales en matière de droits de l’homme, l’enquête doit privilégier l’hypothèse d’un crime lié aux activités de défense des droits humains de Simón Pedro Pérez López.

Je vous demande également de prendre les mesures nécessaires pour garantir l’existence, l’intégrité physique et psychologique des proches de la victime, ainsi que la sécurité des membres de l’organisation Las Abejas de Acteal.

Une prévention globale de la violence à l’encontre des populations et des communautés autochtones dans l’État du Chiapas est également nécessaire, en particulier dans les municipalités d’Aldama, Chalchihuitán, Chenalhó, Chilón et Pantelhó. Veillez à ce que tous les types de harcèlement à l’encontre des défenseurs de la terre, du territoire et des droits humains dans l’État du Chiapas et au Mexique cessent immédiatement.

En tant que signataire du traité d’Escazú (1), accord régional sur l’accès à l’information, la participation du public et l’accès à la justice en matière d’environnement en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui est entré en vigueur en avril 2021, le Mexique s’est formellement engagé (2) à protéger les défenseurs de la nature.

Il est temps d’agir de manière décisive à cet égard en mettant fin à l’impunité qui prévaut.
Nous attendons une prompte réponse de votre part sur les mesures que vous comptez prendre pour vous conformer à la législation mexicaine en vigueur et aux traités signés par votre pays.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Madame, Monsieur, l’expression de mon profond respect.

­­­­­­­­­­­­­-
(1) https://repositorio.cepal.org/bitstream/handle/11362/43595/1/S1800429_es.pdf

(2) http://www.dof.gob.mx/nota_detalle.php?codigo=5607130&fecha=09/12/2020

Cette pétition est également disponible en :

89 231 signatures

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