L'or est-il au-dessus de tout en Guyane ?

En accordant à la société REXMA un permis d'exploitation aurifère à Saül, le Ministre du Redressement productif a choisi d'ignorer le code minier en vigueur, le statut protégeant le Parc amazonien de Guyane et la volonté des habitants de développer leur économie sur la valorisation d'un patrimoine naturel exceptionnel. Aberrant !

Pour la préservation du Parc amazonien de Guyane : retrait du permis aurifère dit « Permis Limonade » octroyé à la société REXMA

Vue aérienne d'une forêt tropicale sillonnée par une rivière dorée La forêt est la richesse durable du Parc amazonien de Guyane (crédit photo : Rhett Butler)

« L’avenir de Saül, son incomparable richesse, c’est l’attrait de ce patrimoine naturel préservé sur les amoureux de la nature, c’est la possibilité pour le grand public d’accéder au coeur du parc amazonien. C’est aussi l’attraction qu’exerce la forêt amazonienne sur la communauté scientifique, et la perspective pour Saül d’être la porte d’entrée d’un laboratoire naturel de renommée internationale. » En 2009, M. Mortier, directeur du Parc amazonien de Guyane (PAG), émettait un avis défavorable à la demande de permis d'exploitation minière formulée par la société REXMA dans le secteur Limonade (du nom de la crique / rivière) de la commune de Saül.

Trois ans plus tard, REXMA a obtenu ce qu'elle cherchait : le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg lui a accordé le 26 octobre 2012 un permis d'exploitation de mines d'or et substances connexes dit « Permis Limonade ». À quelques kilomètres de ce site, les 70 habitants de Saül, bourg complètement isolé au coeur de la forêt tropicale guyanaise, sont abasourdis. 

Le permis va y rendre possible l'exploitation minière sur une superficie de 10km2 à l'intérieur du Parc amazonien de Guyane, un territoire pourtant interdit à cette activité selon le Code minier. Les rapports défavorables des organismes concernés (DRIRE, DEAL, préfecture, IUCN, PAG), pas plus que les délibérations du Conseil municipal de Saül, n'ont été pris en compte.

Cette décision unilatérale du ministère est une catastrophe pour toutes celles et ceux qui se sont investis depuis tant d'années à Saül dans la logique de valorisation touristique et scientifique de ce qui est la richesse pérenne du Parc amazonien de Guyane : sa forêt.

Mobilisons-nous pour obtenir le retrait du permis aurifère accordé par M. Montebourg à la société REXMA.



Créé par décret en 2007, le Parc national de Guyane (dénommé « Parc amazonien de Guyane » ou PAG) est un vaste ensemble de forêt primaire à la biodiversité exceptionnelle et en bon état de conservation.  Avec une superficie totale de 3,39 millions d'hectares, il s'agit de la plus grande aire protégée de l’Union Européenne (même si le parc est situé en milieu tropical sur le continent sud-américain). 

Parc amazonien de Guyane, laboratoire naturel pour les chercheurs

Le PAG est déjà remarquable par ses paysages variés allant de la forêt marécageuse à la forêt de montagne en passant par les inselbergs. Mais il l'est aussi par sa faune (480 espèces de poissons d’eau douce, 180 espèces de mammifères dont les tapir, singes et jaguar, 300 variétés de reptiles et amphibiens, 720 espèces d’oiseaux ainsi que plusieurs centaines de milliers d’espèces d’insectes) et par sa flore (1 200 espèces d’arbres sont plusieurs centaines d’essences différentes à l’hectare, 85 variétés de palmiers et plusieurs centaines d’orchidées). 

Le Parc amazonien de Guyane est bien connu des scientifiques qui y ont investi temps, financements et passion, à l'image du botaniste Scott Mori du New-York Botanical Garden, spécialiste des Lecythidaceae. Il y a coordonné depuis les années 1980 un important travail de recherche dans le secteur où le permis aurifère a été délivré. Il en a publié un inventaire de cette flore exceptionnelle (vascular plants of central French Guiana) dont le dernier des 4 volumes est sorti en octobre 2011. 

Si REXMA venait à exploiter des mines d'or dans cette zone, une partie de ce trésor naturel serait détruit. Mais pas seulement, car réalisée en amont et à proximité immédiate du bassin versant de la crique (ou rivière) Limonade, l'exploitation verra inévitablement ses pollutions (dont le mercure) être acheminées via les cours d'eau vers d'autres écosystèmes vulnérables du Parc amazonien de Guyane.

La Charte du PAG

L'espace du Parc amazonien de Guyane est articulé autour de deux zones : une zone dite "coeur" (60% de la superficie totale) et une zone dite "de libre adhésion". L'ensemble des acteurs du territoire (collectivités territoriales, communautés d'habitants, autorités coutumières, services de l'État, acteurs socio-économiques et associatifs) sont en train d'élaborer une charte afin de « définir les orientations pour le développement du territoire et la protection du patrimoine ». Cette charte est en pleine phase de concertation. Les membres d'une Commission d'enquête publique doivent se rendre du 21 janvier au 7 février 2013 dans toutes les communes parties prenantes dans la charte afin de recevoir les observations du public. 

REXMA, une lutte de longue date pour les habitants de Saül

Lors de leur passage dans la localité de Saül, nul doute que les habitants manifesteront aux commissionnaires leur désapprobation quant à la possible exploitation de l'or sur leur territoire. Ce ne sera pas la première fois que les habitants de ce bourg complètement isolé dans la forêt guyanaise s'opposera à une décision qui mettrait tout simplement l'existence même de leur commune en péril. 

Ils avaient déjà vivement protesté en 2006 quand un Permis exclusif de recherches (PER) avait été accordé à la société REXMA. À l'époque déjà, le ministre délégué à l'industrie François Loos était passé outre les avis défavorables du maire de Saül Hermann Charlotte, de la Commission des mines, et du préfet. Aujourd'hui, l'exploitation menace de leur empêcher l'accès, car pollué et dangereux, au dernier cours d'eau qu'ils utilisent pour leurs activités de chasse, pêche et loisir. Les habitants redoutent aussi la création d'un précédant car ils se demandent comment le ministère pourra dorénavant refuser les implantations d'autres exploitations aurifères dès lors qu'il en a délivré une à REXMA.

La trace la plus ancienne de la demande d'exploitation de la société REXMA date de 2008. À l'époque, celle-ci avait reçu un avis défavorable de la part de M. Frédéric Mortier, directeur du PAG. La publication de l'arrêté ministériel au journal officiel le 11 décembre 2012 a provoqué un tollé général : population de Saül, organismes compétents (dont le Comité français de l'IUCN), politiques (Mme Chantal Berthelot et M. José Gaillou en tête), scientifique (Scott Mori) et associatif (Fédération Guyane Nature Environnement...) Les réactions exprimées étaient unanimes : incompréhension et rejet face au permis aurifère en soi mais aussi face à l'absence de concertation des personnes et organismes concernés. 

Les 29 janvier et 7 février 2013, les membres de la Commission d'enquête seront présents dans la localité de Saül. Avertissons-les de notre solidarité avec les habitants de Saül, de notre opposition face à la décision unilatérale du ministre du redressement productif. Par leur biais, demandons aussi au préfet de la Guyane de faire respecter le Code minier en vigueur et de ne pas accorder d'Autorisation d'Ouverture de Travaux Miniers (AOTM) à la société REXMA. Et ce rappel est nécessaire car la préfecture de Guyane vient de communiquer sur l'attribution à REXMA comme étant « le résultat d’une instruction rigoureuse de la part des services de l’Etat en Guyane »...

 

Informations supplémentaires

Arrêté : textes, cartes, évaluations et réactions
• JORF n°0288 du 11 décembre 2012   Arrêté du 26 octobre 2012 accordant à la société Rexma un permis d'exploitation de mines d'or et substances connexes dit « Permis Limonade » (Guyane)
• Localisation de la zone du "Permis Limonade"  Carte minière, Carte du PAG
• JORF n°194 du 23 août 2006  Arrêté du 1er août 2006
• Courrier de Frédéric Mortier, directeur du PAG  Avis défavorable à la demande de PEX et d’AOT de la société Rexma
• Pétition des habitants de Saül  NON à tout permis d'exploitation aurifère dans un périmètre de 10kms autour du village de Saül
• Comité français de l'UICN  Courrier du Président de l’UICN France au Premier ministre REXMA
• Motion du CNPN  Comité Permanent du Conseil National de la Protection de la Nature
• Réaction de Scott Mori  How much is gold worth?
• Courrier de Mme Chantal Berthelot  Opposition au projet minier REXMA sur la crique LIMONADE
• Tribune de M. José Gaillou  AVATAR en Guyane, solidarité Saül
• Communiqué de presse de la Préfecture de la Guyane  Permis Rexma

Le Parc amazonien de Guyane et sa charte, Saül
• Décret n°2007-266 du 27 février 2007   Création du parc national dénommé "Parc amazonien de Guyane"
• Site Officiel  Le Parc amazonien de Guyane 
• Parc amazonien de Guyane  Charte du territoire 
• Dossier Avis délibéré de l'autorité environnementale sur l'évaluation du projet de charte du PAG
• Site Officiel de l'ASDCDE  À bon entendeur... Saül
• Inventaire de Scott Mori  Guide to the Vascular Plants of Central French Guiana 76

Médias
• Article du petit journal de Kourou  Orpaillage et code minier : au royaume du n'importe quoi et du n'importe comment
• Article de Libération  Or guyanais : permis de polluer
• Article du Monde  Or guyanais : le permis minier de la discorde
• Article de France-Guyane  Rexma : Bras de fer interminable
• Article de Guyane 1ère  Le maire de Saül s’oppose au permis minier de Rexma
• Blog It's a small colored planet  Conte de Noël Guyanais

 

Destinataires de la pétition 

En plus de signer la pétition, vous pouvez contacter vous-même les protagonistes de ce dossier :

Emmanuel Macron, Ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique
Ministère du Redressement productif
Télédoc 151
139, rue de Bercy
75572 Paris Cedex 12
Tél : + 33 (0)1 40 04 04 04
Formulaire de contact

M. Eric Spitz, Préfet de la Guyane
Préfecture de la Région Guyane
rue Fiedmond, BP 70 08 
97 307 CAYENNE Cedex
Tél: +33 (0)5 94 39 45 57
Fax: +33 (0)5 94 39 45 14
Courriel : courrier@guyane.pref.gouv.fr

 

19 mars 2013

Guyane : pour l’intérêt général, le Gouvernement doit retirer le permis REXMA

Communiqué de presse commun de 5 organisations environnementales (Sauvons la forêt, Guyane Nature Environnement, UICN Comité français, France Nature Environnement, Fondation Nicolas Hulot, LPO) pour le retrait du Permis Limonade octroyé à la société REXMA par le ministre du redressement productif Montebourg.

Guyane : pour l’intérêt général, le Gouvernement doit retirer le permis REXMA 

Dénoncé par l'ensemble de la communauté associative et scientifique, le permis minier REXMA, accordé dernièrement par Arnaud MONTEBOURG, ministre du redressement productif au sein du Parc National de Guyane, continue de fédérer contre lui, sauf semble-t-il au Ministère du Redressement productif. A la veille d’être auditionnées à l’Assemblée Nationale sur la réforme du code minier, les organisations environnementales demandent fermement au Gouvernement le retrait du Permis REXMA, pour l’intérêt général, par souci de cohérence des politiques publiques et par respect de la démocratie locale.

Les organisations environnementales contestent ce permis sur quatre points :

La rivière que la société REXMA souhaite exploiter est incluse dans le Parc national de Guyane, dans une zone où la biodiversité est riche et où sont présentes des espèces menacées et protégées au niveau national.

Les impacts de l’exploitation alluvionnaire qui créera des chenaux de dérivation et modifiera le régime hydrique du cours d’eau seront préjudiciables à la qualité de l’eau, ce qui est contradictoire avec le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE). 

Le permis est contesté depuis 2005 par les habitants et le Maire de la commune concernée, Saül, et par la députée de Guyane, Mme Chantal BERTHELOT.

Le permis ne pourra pas être prorogé au-delà de 5 années d'exploitation. Dès lors pourquoi  privilégier l’exploitation éphémère de l’or jaune au détriment de l’or vert durable qui sera détruit sur le site, remettant en cause les efforts de la commune de Saül pour le développement de l’écotourisme ? Le projet industriel de la société REXMA, avec 15 emplois créés sur cinq ans, n’est pas un projet socio-économique durable contrairement à l’activité écotouristique qui génèrerait plus d’emplois à long terme dans le Parc national et sur le territoire guyanais.

Le Président de la République a placé la protection de la biodiversité comme une des priorités du gouvernement. Le le Premier ministre l’a  rappelé à la Conférence environnementale qui a affirmé que « chaque politique publique doit en effet prendre en compte l’exigence environnementale». Ce principe doit s’appliquer sur l’ensemble du territoire national. C’est ce que viennent de rappeler nos organisations dans un courrier adressé au chef du Gouvernement.

 

Sauvons la forêt
Guyane Nature Environnement
UICN Comité français
France Nature Environnement
Fondation Nicolas Hulot
LPO

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Contact presse :
Sylvain Harmat, chargé de programme de Sauvons la forêt
Tél.: 07 81 47 08 07
Courriel : info@sauvonslaforet.org

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Communiqué de presse au format .pdf
 

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Préfet,

Par un arrêté paru au Journal Officiel le 11 décembre 2012, le Ministre du Redressement productif a accordé à la société REXMA un permis d'exploitation minière de 10 km2 sur la Crique (rivière) Limonade à quelques kilomètres du bourg de Saül à l'intérieur du Parc amazonien de Guyane.

Cette décision me parait totalement invraisemblable.

Le permis a été délivré dans une zone qui, d'après le Schéma Départemental d'Orientation Minière (SDOM) de la Guyane entré en vigueur le 1er janvier 2012, est interdite à l'exploitation minière.

Il s'agit d'une zone naturelle à la biodiversité remarquable qui a fait l'objet d'études et de divers ouvrages scientifiques, notamment de botanique. Faisant partie de la zone de libre adhésion du Parc amazonien de Guyane, ce secteur est primordial d'un point de vue écologique car, acheminées par les cours d'eau, les différentes pollutions inhérentes à l'activité minière ne manqueront pas de toucher les écosystèmes dans le coeur du parc situé directement en aval.

Enfin, cette décision ne tient pas compte de la délibération du Conseil municipal de Saül datant du 29 janvier 2008 qui acte un périmètre de protection de 10 km autour de la commune au sein duquel aucune exploitation minière ne peut se faire. Or le permis octroyé à REXMA concerne une zone située à moins de 5 kilomètres du bourg.

Les habitants de Saül voient le modèle d'existence et de développement qu'ils ont choisi, basé sur la valorisation touristique et scientifique d'un patrimoine naturel exceptionnel, être mis en péril. Par cette lettre, je tiens aussi à leur manifester mon soutien.

Étant donné ce qui précède, je me demande sincèrement quel organisme ou institution compétente sur ce territoire ont pu donner leur approbation dans le cadre de cet arrêté. Il me semble que la décision a été prise unilatéralement par le Ministère du Redressement productif, sans concertation, et j'en suis consterné.

Je demande à M. le Ministre de l'Industrie de retirer le permis d'exploitation minière dit « Permis Limonade » qu'il a accordé à la société REXMA le 26 octobre 2012.

Je demande à M. le Préfet de faire respecter le Code minier en vigueur en Guyane et en conséquence de ne pas accorder d'Autorisation d'Ouverture de Travaux Miniers (AOTM) à la société REXMA.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, Monsieur le Préfet, l’expression de ma haute considération.

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