Pas de nouveaux permis pour les bûcherons
En République démocratique du Congo, un moratoire visant à endiguer l’exploitation forestière reste en vigueur. C’est ce qu’a assuré la ministre de l’Environnement, Marie Nyange. Une victoire pour les 70 ONG qui avaient mis en garde contre une levée imminente de ce moratoire. Mais la coalition reste vigilante : pour monnayer la forêt, la ministre mise sur le commerce controversé du carbone.
L’ampleur était effrayante : des dizaines de millions d’hectares de forêt tropicale à la disposition de l’industrie du bois. Telle serait la conséquence si la République démocratique du Congo (RDC) venait à lever effectivement le moratoire, en vigueur depuis 2002, sur l’octroi de nouvelles concessions d’exploitation forestière industrielle, en vigueur depuis 2002.
Le 3 juillet, 70 organisations de défense de l’environnement, dont Sauvons la forêt, avaient mis en garde contre les conséquences écologiques, économiques et sociales que pourrait entraîner l’octroi de nouvelles concessions à de grandes entreprises après plus de 20 ans d’interruption. Selon une analyse, la levée du moratoire pourrait légitimer des « pratiques illégales largement répandues » et entraîner une « expansion incontrôlée des concessions forestières ». Notre partenaire, le Réseau CREF, a participé à cette étude.
Lors d’une conférence de presse tenue le 7 juillet à Kinshasa, la ministre de l’environnement, Marie Nyange, a déclaré : « Quels documents le ministère a-t-il publiés qui constituent une dérogation au moratoire ? Il n’y en a aucun. » En tant que forestière de formation, elle sait en outre « quelle importance revêtent les forêts et quelles conséquences entraîne leur disparition ». Elle connaît les conséquences « non seulement pour la République démocratique du Congo, mais aussi pour le monde entier ».
Des organisations congolaises et internationales ont salué cette clarification, tout en restant vigilantes : plusieurs hauts responsables gouvernementaux continuent en effet de militer en faveur de la levée de l’interdiction. Le gouvernement doit maintenir le moratoire, notamment lors de la révision de la loi sur les forêts.
Dès juillet 2021, le gouvernement de Kinshasa prévoyait de lever le moratoire sur les nouvelles concessions forestières industrielles. Notre pétition contre cette mesure a été signée par 111 180 personnes. Le projet a finalement été abandonné.
Le marché du carbone, une source de revenus ?
Selon la ministre, le gouvernement de la RDC voit dans le marché du carbone un moyen de tirer profit des forêts. « Seulement tant qu’elles seront encore debout, nous percevrons cet argent. Si nous les gaspillons, nous ne le recevrons plus », a-t-elle averti.
Les organisations de défense de l’environnement portent un regard critique sur l’échange de quotas d’émission et les crédits carbone. Ces pratiques portent souvent atteinte aux droits des communautés autochtones locales. Leur utilité pour la protection du climat et des forêts est par ailleurs controversée.
Revendications pour la protection des forêts
Dans leur lettre ouverte, les 70 organisations demandent au gouvernement de la RDC de…
- mettre fin aux tentatives visant à lever le moratoire, notamment dans le cadre de la réforme de la loi sur les forêts ;
- mener à bien les réformes en cours concernant le droit forestier, le droit foncier et les droits des peuples autochtones, conformément aux normes internationales, avant que le moratoire ne fasse l’objet d’un réexamen.
- garantir une planification de l’aménagement du territoire conforme à la loi et participative, qui tienne compte des droits des communautés locales, de la protection des forêts communautaires et des objectifs climatiques.
- développer les forêts communautaires en tant qu’élément central de la gestion forestière et de l’aménagement du territoire.
- poursuivre les contrevenants et révoquer les autorisations illégales, en complétant ces mesures par une interdiction d’exportation de bois rond.
- interdire l’octroi de nouvelles concessions forestières industrielles dans le corridor vert Kivu-Kinshasa.
- mobiliser des fonds internationaux destinés au climat et au développement afin de soutenir ces mesures.
« Quels sont les documents que le ministère a émis qui dérogent au moratoire ? Il n’y a pas », Marie Nyange, ministre de l’Environnement, développement durable et la Nouvelle économie du climat. https://www.youtube.com/live/nkpZNClmo-I
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