Contre les banques et les grands entreprises - les orangs-outans de Tapanuli sont les perdants !
Indonésie : Dans la forêt des orangs-outans de Tapanuli, à Sumatra, la construction de la centrale hydroélectrique et l’exploitation aurifère se poursuivent malgré le cyclone. L’« énergie verte » et les mineraux stratégiques priment, aux yeux des investisseurs et des gouvernements chinois et indonésien, sur les écosystèmes et les espèces menacées.
Les orangs-outans de Tapanuli après le cyclone
Fin novembre 2025, le cyclone Senyar a ravagé Sumatra et coûté la vie à plus d’un millier de personnes. Les conséquences écologiques pour la forêt de Batang Toru, dans la région de Tapanuli, Sumatra Nord, sont particulièrement dévastatrices. C’est le seul endroit où vivent les orangs-outans de Tapanuli, qui, avec moins de 800 individus, constituent l’espèce de grand singe la plus rare au monde.
La combinaison de pluies torrentielles et de la déforestation en montagne a entraîné une catastrophe d’une ampleur historique dans cet écosystème extrêmement fragile. Les masses d’eau ont provoqué plus de 50 000 glissements de terrain. Les coulées de boue et d’éboulis ont dévalé les pentes abruptes à grande vitesse, laissant derrière elles des kilomètres de sol dénudé.
Des analyses satellitaires ont montré que, dans la seule partie occidentale de la forêt de Batang Toru , environ 8 300 hectares de forêt tropicale intacte ont été entièrement détruits. Cette perte, survenue en seulement six jours, dépasse la déforestation totale entre 2000 et 2023 due aux grands projets industriels, à l’exploitation forestière illégale et à l’agriculture.
Certaines parties de la canopée ont été détruites de manière irréversible. Le morcellement de la forêt complique la recherche de nourriture pour les orangs-outans de Tapanuli et les pousse au bord de l’extinction. Les scientifiques estiment que 58 animaux ont péri, ce qui correspond à 7 % de la population totale.
« Une perte de cette ampleur est considérable pour une espèce dont la population totale est si faible », estime le primatologue Erik Meijaard.
Des sanctions seulement sur le papier !
Quand plus personne ne pouvait nier que la destruction de la forêt avait aggravé l’impact du cyclone, le gouvernement indonésien a pris des mesures : en janvier 2026, il a retiré les autorisations à certaines entreprises considérées comme responsables pour une grande part de la déforestation. Parmi elles, la centrale hydroélectrique de Batang Toru, la mine d’or de Martabe, située au sud de la forêt, et le producteur de cellulose Toba Pulp Lestari, avec ses vastes plantations d’eucalyptus.
PT Agincourt Resources, l’exploitant de la mine d’or de Martabe, et Toba Pulp Lestari ont déploré des pertes économiques. Mais les dégâts causés par le cyclone – infrastructures détruites, destruction de récoltes et chaînes d’approvisionnement bloquées – s’élèvent à plus de 100 millions d’euros, un chiffre nettement plus élevé. Nous avons pensé dès le début que la fermeture de ces entreprises ne durerait pas, tant les liens entre la politique et l’oligarchie sont étroits.
« L’expérience acquise jusqu’à présent montre que, sans pression publique, le retrait des autorisations ne reste qu’une mesure politique symbolique », a averti Rianda Purba, directeur de notre organisation partenaire WALHI Sumatra-Nord.
En effet, à la mi-mai 2026, PT Agincourt Resources a été autorisée à reprendre l’exploitation de la mine. Le gouvernement prévoit apparemment de céder à long terme cette mine d’or à Perminas, la nouvelle entreprise publique chargée de l’énergie et des matières premières.
L’avenir du papetier Toba Pulp Lestari reste incertain. Depuis le début de l’année 2026, le ministère de l’Environnement de l’Indonésie a engagé une action en justice contre cette société. L’association environnementale WALHI s’est constituée partie civile dans cette affaire.
Dès le mois de mars, la poursuite de la construction de la centrale hydroélectrique de Batang Toru a été autorisée, bien que soumise à des conditions plus strictes. L’exploitant, PT North Sumatra Hydro Energy (NSHE), est tenu par la loi de construire des ponts de canopée au-dessus des routes et des couloirs forestiers.
Les biologistes voient ces ponts d’un œil critique : Les orangs-outans sont des animaux farouches, attachés à leurs habitudes, et il leur faut souvent des années pour s’habituer à de telles structures artificielles. En plus, pendant la phase de construction, qui s’étendra jusqu’en octobre 2026, le bruit des travaux effraie les animaux. Le problème principal réside toutefois dans le morcellement de la forêt par les routes et les lignes électriques.
La construction est désormais accélérée à un rythme effréné afin que la centrale soit raccordée au réseau en octobre 2026. NSHE avait auparavant accepté de verser à l’État une amende d’environ 12,7 millions de dollars américains pour indemniser les dommages hydrologiques. Toutefois, cette somme est dérisoire au regard des dommages écologiques qui découleront encore à l’avenir de cette catastrophe.
La Chine scelle le sort des orangs-outans de Tapanuli
Au départ, la centrale était financée par la Bank of China. À la suite de manifestations massives et de pétitions très largement soutenues, dont notre pétition L’orang-outan de Tapanuli, à peine découvert et bientôt disparu ? qui a recueilli plus de 400 000 signatures, la banque s’est retirée du financement. Toutefois, ce retrait a seulement retardé la construction.
Une restructuration du capital s’en est suivie. Aujourd’hui, le projet est entre les mains de l’État chinois et s’inscrit dans le cadre de la nouvelle route de la soie (l’initiative Belt and Road).
Webinar #WALDGespräche
Présentation Von Tapanuli-Orang-Utans und dem Kampf für den Regenwald (« Les orangs-outans de Tapanuli et la lutte pour la forêt tropicale », en allemand)
Enregistrement vidéo Von Tapanuli-Orang-Utans und dem Kampf für den Regenwald (« Les orangs-outans de Tapanuli et la lutte pour la forêt tropicale », en allemand)
Voir https://phys.org/news/2026-06-climate-fueled-storm-decimated-world.html et https://phys.org/news/2026-08-multiple-threats-endanger-world-rarest.html
PT Agincourt Resources exploite la mine d’or de Martabe, au sud de la forêt de Batang Toru. La concession, d’une superficie de 130 252 hectares, chevauche l’écosystème de Batang Toru et une forêt protégée du Tapanuli du Nord.
PT Toba Pulp Lestari produit de la pâte à papier et de la viscose depuis 40 ans au bord du lac Toba. L’accaparement des terres, la déforestation et la violence caractérisent cette entreprise, qui appartient au géant du papier APRIL.
La société PT North Sumatera Hydro Energy (NSHE) construit la centrale hydroélectrique de Batang Toru. Le long du fleuve, environ 350 hectares de forêt tropicale ont été détruits pour permettre la construction du barrage et de la centrale hydroélectrique.
PT Perusahaan Mineral Nasional est une entreprise minière publique créée en 2025. Elle se consacre principalement à la gestion stratégique et à la transformation des minéraux critiques.
L’exploitant est PT North Sumatera Hydro Energy (PT NSHE)
- La société d’état chinoise SDIC Power Holdings (State Development and Investment Corporation) détient une majorité absolue de 70 %, ce qui signifie que le projet est de fait sous le contrôle direct de l’État chinois.
• Le fournisseur d’électricité indonésien PT PLN Nusantara Renewables détient 25 % des parts.
Réalisation des travaux (EPC-Contractor) par Sinohydro, la plus grande entreprise mondiale de construction de centrales hydroélectriques.
Financement
- Financement principal par l’Export-Import Bank of China (Exim Bank)
- Banques publiques indonésiennes et fonds d’investissement internationaux
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