Socfin : la police tire sur des manifestants en Sierra Leone

Surveillé par des militaires, l’ancien parlementaire de la Sierra Léone Hon. Musa Sama, parle dans un mégaphone dans une plantation de palmiers à huile Résister à l’accaparement des terres et à l'industrie de l'huile de palme est de plus en plus risqué en Sierra Leone

13 déc. 2013

« Ils ont ouvert le feu sur nous juste parce que nous nous battons pour nos droits » : Sima Mattia, responsable de l’association de propriétaires MALOA, déplore les plusieurs dizaines de personnes blessées lors d’une manifestation contre un projet d'expansion des cultures d'huile de palme du groupe Socfin.

Le lundi 9 décembre 2013, la police sierra-léonaise a tiré à balles réelles sur des manifestants dans le district de Pujehun, faisant une dizaine de blessés dont 3 graves. Ils protestaient contre un plan controversé d’expansion des plantations industrielles de palmiers à huile du groupe Socfin.

« Nous avons essayé le gaz lacrymogène mais nous avons dû utiliser des balles réelles pour les repousser ». Pour l’inspecteur général Francis Munu, les policiers ont dû ouvrir le feu en riposte à des manifestants armés de fusils et de machettes qui essayaient d’incendier un poste de police. De son côté, le commandant de la police de Pujehun, Nathaniel Brewa, donne une autre version des faits en affirmant que ses hommes n’ont fait que tirer en l'air.

Étrangement, ces représentants des forces de l’ordre semblent ne pas se demander pourquoi les manifestants s’en sont pris à une représentation symbolique de la force publique (un poste de police) plutôt qu’à l’entreprise privée qui menace directement leurs terres (Socfin).

Des propriétaires arrêtés par la police pour avoir refusé de vendre leurs terres à Socfin

Car la version de Sima Mattia, le président de l’association MALOA qui regroupe les 24 villages concernés par l’accaparement des terres du groupe Socfin en Sierra Leone, est tout autre. Selon M. Mattia, c’est un incident survenu la veille qui a tout déclenché : le dimanche 8 décembre, des policiers sont venus arrêter des propriétaires qui refusaient de vendre leurs terres à Socfin. Une foule s’est alors réunit le lendemain devant le siège de la chefferie de Malen. Les policiers y ont procédé à une soixantaine d’arrestations. Pire, ils ont ouvert le feu, tirant à balle réelle, blessant plusieurs dizaines de personnes dont trois sont dans un état critique.

Pour rappel, ces violences ont pour raison première l‘accaparement des terres de la Sierra Leone par des entreprises étrangères qui prospèrent grâce au commerce de l’huile de palme.

Socfin, par la voix de son directeur Gerben Haringsma, déclare avoir consulté chaque propriétaire dans ce conflit foncier mais aussi être totalement soutenu par la communauté. Le son de cloche est fort différent auprès des habitants qui ont été dédommagés à hauteur de 12,5 dollars par hectare de terres concédées. Ils affirment ne pas avoir compris le contrat passé avec Socfin ou bien d’avoir dû signer celui-ci sous la contrainte.

Le groupe belgo-luxembourgeois Socfin, dont le principal actionnaire (38,7 % des parts de la société) est le groupe Bolloré, a produit 316.000 tonnes d’huile de palme lors de l’année 2012.

Sauvons la forêt déplore l’escalade de la violence et demande aux autorités de la Sierra Leone de respecter et de faire respecter les droits de ses habitants.



Liens

• Dépêche de Reuters  Sierra Leone - La police tire sur une manif anti-huile de palme
• Article de RFI  Sierra Leone: tension autour d’une plantation d’huile de palme
• Article de France24 Une tribu de Sierra Leone lutte contre l'exploitation d’huile de palme
• Article d’Ecofin  Sierra Leone: la police tire sur des manifestants opposés à un projet de plantation du groupe Bolloré
• Article de Global Research  Sierra Leone: Police Opens Fire on Activists Protesting Against French Agri-Business Giant