Soutien aux victimes du Groupe Bolloré en Afrique

Surveillé par des militaires, l’ancien parlementaire de la Sierra Léone Hon. Musa Sama, parle dans un mégaphone dans une plantation de palmiers à huileNon à l’intimidation des habitants faisant valoir leurs droits contre l’accaparement de leurs terres !
65 989 signatures

Fin de l'action : 22 mai 2014

En Sierra Léone, le groupe Socfin implante des cultures d'huile de palme destinée à l'export. Les habitants s'opposant à la destruction de la nature et à l‘accaparement de leurs terres sont intimidés et emprisonnés. Soutenez la pétition adressée au groupe Bolloré, principal actionnaire de Socfin, et aux autorités locales.

Mises à jour Appel

À: Groupe Bolloré, Socfin, Ministre de la Justice et Directeur des poursuites pénales de la Sierra Léone

“Libération immédiate des membres de MALOA, retrait des plaintes et poursuites contre les habitants, les organisations, les journalistes et les médias”

Afficher la lettre de pétition

Les entreprises étrangères s’approprient des superficies énormes de terres en Afrique- souvent contre le gré des habitants. A Pujehun-Distrikt au sud-est de la Sierra Léone, le gouvernement a cédé 65 km2 en bail au groupe belgo-luxembourgeois Socfin.

Ces terres seront exploitées pour la culture de l'huile de palme, au détriment de l'environnement et des cultures traditionnelles, remplacées par une monoculture destinée à l'export en Europe dans l'industrie agroalimentaire, chimique et des agro-carburants.

Les habitants n'ont pas été consultés et sont menacés de ruine. Ils doivent céder leurs terres pour au moins cinquante ans à Socfin

Les 24 villages concernés se sont regroupés dans l’association MALOA afin de défendre leurs droits. Mais ceux qui s'opposent à l'accaparement de leurs terres se trouvent menacés. Début octobre, cinq responsables de MALOA ont été emprisonnés après avoir été accusés d'avoir arraché des plants de palmiers à huile de Socfin.

«Ce groupe a besoin de soutien de toute urgence, il est en permanence victime de persécutions», explique Joseph Rahall, directeur de l'ONG Green Scenery, qui milite pour l'environnement et les droits de l'homme. Cette organisation ainsi que plusieurs journalistes et médias ont été également poursuivis pour diffamation et ont dû verser des dommages et intérêts. Green Scenery et 10 organisations demandent au groupe Bolloré de mettre un terme à ces poursuites.

Informations supplémentaires

L'actionnaire principal de Socfin est le groupe Bolloré, qui détient 38,7 % des parts de la société. Son propriétaire, le magnat Vincent Bolloré, est également membre du conseil d’administration de Socfin.

Merci de signer notre pétition adressée au groupe Bolloré, à Socfin et aux autorités judiciaires de Sierra Léone.

Contexte


Socfin et son actionnaire principal, le groupe Bolloré, sont apparemment très soucieux de leur image de marque. Ils ne se sont pas contentés de poursuivre en justice les habitants et les organisations en Sierra Léone, ils ont même essayé de faire taire les voix qui critiquaient l'entreprise en Europe. A plusieurs reprises, des journalistes français et des médias ont été attaqués en justice parce qu'ils avaient parlé de l'accaparement des terres et des conditions de travail déplorables des employés de l'entreprise en Afrique.

En Mai 2011, Green Scenery a aussi été l’objet d’une plainte suite à la publication d’un rapport critique sur les acquisitions foncières de Socfin. En juin dernier, 12 ONG demandaient à Vincent Bolloré et Hubert Fabri de mettre fin à l'intimidation des opposants au projet d'huile de palme en Sierra Leone : « Bolloré et Fabri utilisent un procès en diffamation pour museler l’opposition locale et intimider une ONG dont le seul crime est de défendre les droits d’agriculteurs locaux dont les terres sont accaparées», explique Frédéric Mousseau de l'Oakland Institute dans un communiqué de Presse.

« Des pratiques similaires par des filiales de la SOCFIN ont été signalées ces dernières années au Cambodge, au Cameroun et au Libéria où Bolloré ou SOCFIN ont utilisé la menace de poursuites judiciaires contre les ONG et les médias pour faire taire les critiques », ajoute Devlin Kuyek de GRAIN.

2009: Le journaliste Benoît Collombat, deux directeurs de la radio publique France Inter, ainsi que la photographe Isabelle Alexandra Ricq sont poursuivis en diffamation par le groupe Bolloré. On leur reproche un reportage de 45 minutes critique à l'égard de Bolloré, intitulé «Cameroun, l'empire noir de Vincent Bolloré», retransmis dans l'émission «Interception» le 29 mars 2009, ainsi qu'une interview de Ricq accompagnant son reportage photo sur les plantations de palmiers à huile de la filiale Socapalm au Cameroun. Le 6  mai 2010, les trois journalistes ont été condamnés pour manque de «sérieux» et de «réflexion» dans 4 passages du reportage. Ils ont dû payer un Euro chacun de dommages et intérêts, mais la plainte contre la photographe a été retirée.

Juin 2010: L’hebdomadaire «Témoignage chrétien» est poursuivi par le groupe Bolloré à la suite de son article du 4 mars 2010 sur le cas de la radio publique France Inter. Le groupe Bolloré exige alors un droit de réponse. Mais comme celui-ci ne contient qu'un texte publicitaire sur le groupe Bolloré, le journal le lui refuse, se voyant ainsi attaqué en justice.

3 décember 2010: Deux organisations au Cameroun, l'ONG de défense des droits de l'homme Sherpa et l'organisation caritative et confessionnelle allemande Misereor, déposent une plainte auprès de l'OCDE contre le groupe Socfin et son actionnaire principal (lien en anglais). Ces ONG dénoncent la destruction des moyens de subsistance des habitants au Cameroun et les conditions de travail déplorables au sein de la filiale Socapalm au Cameroun. Suite à la publication du Rapport du Point de contact national français, le groupe Bolloré retire sa plainte contre Sherpa. On est actuellement en cours de réflexion sur la résolution des problèmes chez Socapalm.

Octobre 2011: En Sierra Léone, 40 habitants sont attaqués par la police puis arrêtés, certains ayant été victimes de violences (lien en anglais). Ils auraient participé à des actions de protestation des habitants du village contre Socfin. Ces manifestants avaient dénoncé le commerce des terres, le manque de transparence des transactions, l'insuffisance des consultations et des compensations, la corruption ainsi que la pression exercée par Socfin sur les propriétaires et dirigeants locaux pour qu'ils signent des accords.

Après que Green Scenery ait engagé un avocat, 25 habitants ont été libérés. L'entreprise a porté plainte contre 15 personnes pour provocation, conspiration et menaces. Depuis, le procès ne cesse d'être reporté.

Juin 2013: Green Scenery et son directeur Joseph Rahall sont poursuivis en justice par Socfin car l'ONG avait publié en mai 2011 un rapport critique d'enquête sur le terrain au sujet de l'acquisition des terres par Socfin (rapport en anglais à télécharger).

Août 2013: Le groupe Bolloré attaque les sites internet «Basta !» et «Rue 89» en diffamation à la suite de la parution d'un article sur l'accaparement des terres publié par Basta! le 1er octobre 2012.

Octobre 2013: Le Parquet de Bruxelles inculpe le Président du groupe Socfin, résidant en Suisse, pour évasion fiscale, faux bilans et blanchiments rapporte la journaliste Martine Orange.


Accaparement des terres en Sierra Léone

En Sierra Léone, la plupart des paysans n'ont pas de titre de propriété documenté dans un registre foncier pour les terres qu'ils exploitent, ni de parcelle mesurée précisément. Les fonctionnaires du gouvernement et les entreprises en profitent et vendent et achètent à tout va sans se préoccuper d'en informer les habitants ou de demander leur accord. Les droits fondamentaux des paysans sont bafoués, et les habitants doivent se contenter de paiements symboliques et de promesses d'emplois potentiels.

L'ONG locale Green Scenery et l'organisation américaine Oakland Institute ont enquêté sur le commerce des terres, en particulier sur l'acquisition de terres en Sierra Léone par les entreprises européennes et asiatiques. Green Scenery estime qu'environ vingt des principaux investisseurs se seraient accaparés d'au moins un million d'hectares de terre en Sierra Léone. Ce chiffre représente un cinquième des terres arables de ce pays d'Afrique de l'Ouest. La plupart de ces projets de grande ampleur sont des plantations industrielles dont les productions sont destinées à l'export. Il s'agit ainsi de monocultures à grande échelle: de palmiers à huile, de canne à sucre pour l'éthanol, de plantations de caoutchouc, et depuis peu, de riz. Socfin négocie actuellement avec le gouvernement du pays pour obtenir 50 km2 supplémentaires.


Le groupe Socfin

Le groupe belgo-luxembourgeois Socfin exploite 164 000 hectares de plantations industrielles en Afrique et en Asie, dont 100 239 hectares de palmiers à huile et 63 732 hectares de caoutchouc.

Les rouages du groupe Socfin sont complexes; il est contrôlé par des holdings entre autres en Belgique, en France, au Liechtenstein, au Luxembourg, en Suisse et et sur l'île anglo-normande de Guernesey.

Production d'huile de palme et de caoutchouc du groupe Socfin en 2012
Huile de palme: 316 000 t ; Caoutchouc: 52 000 t

Plantations de palmiers à huile exploitées par le groupe Socfin

Entreprise Pays Superficie des plantations en ha
SAC Sierra Léone 3.079
SoGB Côte d’Ivoire 7.083
Okomu Nigéria 9.712
Safacam Cameroun 5.077
Socapalm Cameroun 32.045
Brabanta RDC 4.780
Socfindo Indonésie 38.463
TOTAL   100.239

Source : socfin.officity.com/Public/ProductMenu.php?ID=1211


Plantations de caoutchouc exploitées par le groupe Socfin

Entreprise Pays Superficie des plantations en ha
SoGB Côte d’Ivoire 15.838
Okomu Nigéria 6.649
LAC Libéria 13.721
Safacam Cameroun 4.214
Socfindo Indonésie 9.589
Socfin KCB Cambodge 13.721
TOTAL   63.732

Source : socfin.officity.com/Public/ProductMenu.php?ID=1079


Destinataires de la pétition

M. Vincent Bolloré, Président-directeur général du Groupe Bolloré, Membre du Conseil d’Administration et du Comité d’audit de Socfin

Tour Bolloré
31-32, quai de Dion-Bouton
92811 Puteaux Cedex
Tél : +33 (0)1 46 96 44 33
Fax : +33 (0)1 46 96 44 22


M. Hubert Fabri, Président et Administrateur du Conseil d’Administration de Socfin

Socfin
4 Avenue Guillaume
L-1650 Luxembourg
RC Luxembourg B 5937
Tél. +352 44 28 77
Fax. +352 44 28 77 50
Email : info@socfin.com


M. Frank Kargbo, Procureur Général et Ministre de la Justice de Sierra Léone
M. Sulaiman Bah, Directeur des poursuites pénales en Sierra Léone

Consulat de Sierra Leone en Belgique (accrédité pour la France)
410, avenue de Tervuren
B - 1150 Bruxelles
Tél : +32 2 771 00 53
Fax : +32 2 771 82 30
Email : sierraleoneembassy@brutele.be

 

Lettre

À: Groupe Bolloré, Socfin, Ministre de la Justice et Directeur des poursuites pénales de la Sierra Léone

Monsieur Bolloré, Monsieur Fabri,
Monsieur le Ministre, Monsieur le Directeur,

Selon les informations de l'ONG Green Scenery en Sierra Léone, cinq membres de l’association de propriétaires MALOA (voir la liste ci-dessous) ont été emprisonnés en octobre 2013. Ils ont été accusés d'avoir arraché des plants d'une filiale de Socfin, la Socfin Agricultural Company.

De même, l'organisation Green Scenery ainsi que de nombreux journalistes et médias en France ont déjà été poursuivis par les groupes Bolloré et Socfin pour verser des dommages et intérêts à la suite de leurs rapports critiques sur les activités de l'entreprise en Afrique.

Nous ne percevons pas de fondement juridique dans ces plaintes et ces emprisonnements. Par contre, il semble que Socfin et son principal actionnaire, le groupe Bolloré, cherchent à menacer les habitants et les organisations qui luttent pour la défense de leurs droits, à les criminaliser et à les contraindre à renoncer à leurs revendications.

Nous demandons que les membres de MALOA actuellement emprisonnés soient libérés immédiatement, et que toutes les plaintes et poursuites contre les habitants, les organisations, les journalistes et les médias soient retirées. Nous vous demandons de restituer l'ensemble des terres à leurs habitants, de respecter les droits de l'homme et la liberté de la presse, et de protéger l'environnement.

Nous vous prions de croire, Monsieur Bolloré, Monsieur Fabri, Monsieur le Ministre et Monsieur le Directeur, en l'assurance de notre considération et de notre vigilance citoyenne.

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Liste des cinq membres de MALOA emprisonnés:
- Sima Mattia, Secrétaire Général de MALOA, de Kassey, emprisonné le 11 octobre 2013
- Kennie Blango, trésorier, de Bamba,
- Lahai Sellu, de Massao,
- Foday Musa, de Wallah,
tous les trois emprisonnés le 7 octobre 2013
- Musa Sellu, de Massao, emprisonné le 8 octobre 2013

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