Pérou : révolte contre l’or

Exploitation à ciel ouvert dans la mine Yanacocha
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Fin de l'action : 22 mai 2014

Une mine d’or menace de s’implanter dans la province de Cajamarca au Pérou. Les habitants de la région, qui ont du subir l'état d'urgence avant sa sa levée par le président péruvien, s'opposent au projet Conga et demandent au gouvernement de respecter leur droit à vivre en harmonie avec la nature. Soutenons-les !

Lettre

Depuis le début du mois de décembre 2011, la province andine de Cajamarca au Pérou est le théâtre d’une révolte paysanne contre le projet Conga, une mine d’or qui menace de s’implanter dans la région. Jour après jour, plus de 20 000 manifestants, soutenus par les représentants politiques locaux, se rassemblent sur la Plaza de Armas pour protester avec le slogan « Conga no va » (non au Conga !). Importante région agricole du pays, Cajamarca est directement dépendante de ses ressources naturelles. Avec 70% de la population vivant de l’agriculture, l’accès à de l’eau propre et en quantité suffisante est primordial. Le projet d’exploitation minière représente une menace directe pour les moyens de subsistance des paysans andins puisque ce type de mine à ciel ouvert a un besoin considérable en eau et en énergie en plus des déversements de produits toxiques dans les cours d’eau naturels.

La ferme opposition de la population  au projet Conga se fonde sur les conséquences désastreuses de la mine Yanacocha : à l’origine de graves pollutions environnementales et d’une pénurie d’eau, cette exploitation n’a en outre apporté ni prospérité ni développement aux communautés locales depuis sa création il y a 18 ans. Les mêmes retombées sont à craindre à Cajamarca puisque le projet Conga est en réalité une extension de Yanacocha par la même compagnie minière.

Suite …

Après un premier échec des négociations, Ollanta Humala, le président du Pérou, avait décrété l’état d’urgence le 4 décembre 2011, plaçant la région de Cajamarca sous contrôle militaire et policier afin de faire taire les revendications. Plusieurs personnes ont été blessées pendant des interventions violentes. Les policiers et les militaires ont été dotés de pouvoirs exceptionnels afin de faire cesser les protestations. Les meneurs des manifestations ont été arrêtés. A cause de la situation très tendue, les écoles et hôpitaux de la région ont été fermés. La population de Cajamarca espérait pourtant un soutien de la part du nouveau président, qui avait promis pendant sa campagne électorale de veiller à la protection des sources d’eau dans cette région afin de garantir la sécurité alimentaire.

Suite aux nombreuses protestations nationales et internationales, l’état d’urgence fut levé le 6 décembre 2011. Le 10, le président du conseil des ministres, Salómon Lerner, a démissionné de ses fonctions. Dix autres ministres lui ont emboité le pas, parmi lesquels les ministres de l’agriculture, de l’énergie, de l’exploitation minière et de l’environnement.

Le nouveau premier ministre Óscar Valdés Dancuart a promis une expertise environnementale indépendante menée par des spécialistes internationaux. Celle-ci devrait servir de base à la prochaine décision sur la continuation du projet Conga. Mais le conflit est loin d’être résolu. Les entreprises minières et le gouvernement essayent de diviser les mouvements de protestations et les communautés villageoises qui se soulèvent contre le projet.

Les habitants de la région vont débuter  le 1er février une « marche pour l'eau » vers la capitale Lima pour demander au gouvernement de respecter leur droit à vivre en harmonie avec la nature. La préservation des ressources naturelles devrait être plus importante que les profits à court terme de l'industrie minière. Aidons-les à faire rejeter le projet minier de Conga !

Contexte

En aval de Yanacocha, la plus grande mine d’or d’Amérique Latine, les populations paysannes doivent se battre depuis des années contre un manque d’eau et des pollutions environnementales de plus en plus aigües. Ce site de 251 km carrés est géré par un consortium américano-péruvien. L’actionnaire principal en est l’entreprise américaine Newmont Mining Company. La Banque Mondiale détient quant à elle 5% des parts. Dans cette exploitation à ciel ouvert, de l’or, de l’argent et du mercure sont extraits en utilisant du cyanure. Cette forme d’exploitation minière nécessite d’immenses quantités d’eau pour le rinçage des métaux : les déchets toxiques sont ensuite emportés par les cours d’eau qui alimentent les communes environnantes. Même si les dirigeants de la mine affirment que cette méthode est sans danger, les poissons des rivières et lacs meurent en masse. Les paysans se plaignent car leurs bêtes tombent malade et meurent à cause d'une eau polluée et insuffisante. La promesse d’un développement économique de la région grâce aux mines ne s'est jamais matérialisée. En 1993, lorsque commença l’activité minière à Yanacocha, Cajamarca était la 4ème région la plus pauvre du pays. En 2011, soit 18 ans plus tard, elle l’était toujours.

En l’an 2000, Yanacocha fut responsable d’un des plus gros déversements accidentels de mercure du monde : un des transporteurs de la compagnie a perdu 125 kilogrammes de ce métal lourd sur la route qui traverse Choropampa. Au lieu d’aviser la population du danger, la compagnie minière a poussé la population à collecter et restituer le métal toxique. Plus de 2.000 personnes ont été contaminées. A ce jour, au moins 20 d’entre elles sont mortes empoisonnées. Yanacocha n’a toujours pas reconnu sa responsabilité. Lors de ses recherches, David Vollrath activiste et rédacteur de Rettet den Regenwald e.V. (maison mère de Sauvons la Forêt) a constaté sur place que dix ans après cette affaire, les personnes subissent encore les conséquences de l’accident. Un documentaire primé résume tous ces faits.

Aujourd’hui, l’extension de l’exploitation minière menace d’autres communautés et points d’eau. L’emplacement du nouveau projet Conga ne se trouve à qu’à quelques kilomètres de la mine principale Yanacocha. Une étude d’impact environnemental a été menée par la compagnie minière. Elle annonçait la création de quatre canaux artificiels afin d’amoindrir les conséquences écologiques du projet minier : l’un d’entre eux devrait servir à l'extraction minière, les trois autres à l’approvisionnement des communes environnantes. Au vu du grand nombre de communes concernées, les experts doutent que les plans de la compagnie minière soient à même de garantir une alimentation suffisante en eau. Cette étude d’écocompatibilité a également été critiquée par le ministre de l’environnement.

 

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Vous trouverez sur le lien suivant notre fiche d'informations:
12 questions et réponses  sur le thème de l’or
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Lettre

TRADUCTION FRANÇAISE DE LA LETTRE DE PÉTITION :

À:
M. Ollanta Humala, Président de la République du Pérou

En copie à :
M. Daniel Fernando Abugattás Majluf, Président du Congrès
M. Manuel Pulgar Vidal, Ministre de l’Environnement
M. Jorge Merino Tafur, Ministre de l’Energie et des Mines
Mme. Susana Vilca Achata, Vice-Ministre de l’Energie et des Mines

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Objet: Stoppez le projet minier Conga
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Monsieur le Président,

La population de Cajamarca s’oppose depuis des années à l’extension de la mine de Yanacocha. Leur raison la plus pressante est la défense de l’eau, principalement les lacs andins et le système hydrique naturel dans son ensemble, car il garantit les moyens de subsistance des habitants de cette région.

Je vous invite à protéger les moyens de subsistance des communautés de Cajamarca, ce qui signifie préserver les sources d’eau naturelles de la pollution ou de la destruction. En vue de réaliser cette protection, il est nécessaire de changer la Constitution afin d’ériger le libre accès à de l’eau propre en droit fondamental, et d’interdire la privatisation de cette ressource.

Lors de votre campagne électorale, vous avez vous-même plaidé pour un compromis acceptable au sujet de la problématique de l’or et de l’eau. Vous vous êtes prononcé pour la protection des ressources naturelles. Vous avez conscience que la population de Cajamarca s’oppose au système dans lequel l’exploitation des sols pour des métaux va de pair avec la destruction des milieux naturels et l’anéantissement des moyens de subsistance des habitants. Ceux-ci souhaitent un autre mode de vie, qui respecterait les besoins des communautés et se baserait sur la communication, l’échange, la solidarité et la protection de la nature. Je vous prie de respecter ce mode de vie choisi par la population de Cajamarca.

La réalisation du projet d’exploitation minière Conga impliquerait la destruction d’au moins quatre lacs andins naturels qui remplissent une fonction écologique primordiale en tant que source pour les fleuves qui alimentent Cajamarca. Compte tenu de sa durée extrêmement limitée et de l’anéantissement irrémédiable de réservoirs d’eaux naturels vitaux qu'elle provoquera sur ce site, l'extraction minière n’apportera aucun bénéfice à la population locale. Ce n’est pas acceptable.

Aussi, je vous exhorte à ne pas autoriser l’extension de la mine Yanacocha et à mettre immédiatement fin aux plans concernant le projet Conga.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mon profond respect.

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VERSION ORIGINALE ESPAGNOLE DE LA LETTRE DE PÉTITION


Para:
Presidente del Perú, Sr. Ollanta Humala

Copia:
Presidente del Congreso de la República, Sr. Daniel Fernando
Abugattás Majluf
Ministro del Ambiente, Manuel Pulgar Vidal
Ministro de Energía y Minas, Jorge Merino Tafur
Viceministra de Minas, Sra. Susana Vilca Achata

Estimado presidente Humala:

Desde hace años, la comunidad cajamarquina se opone a la expansión de la mina Yanacocha y protege el agua, las lagunas y el sistema hídrico en su conjunto por ser su fuente principal de vida y sustento.

Los días pasados, usted ha decretado el estado de emergencia en las cuatro provincias Cajamarca, Celendín, Hualgayoc y Contumazá. Numeroso contingente militar y policial ha llegado a la región, restringiendo claramente los derechos fundamentales de los pobladores y sembrando la inquietud.

Por este motivo, exijo respeto a los derechos de las comunidades afectadas y le urjo a llevar el conflicto rápidamente a la salida pacífica que desean los pobladores.

Para ello,

Proteja la vida de las comunidades, lo que significa, que asegure su abastecimiento natural de agua. En este sentido, es pertinente recordarle la necesidad de la modificación constitucional para que el agua sea declarada como derecho humano libre de privatización.

Usted hizo campaña electoral haciendo uso de la disyuntiva entre el agua y el oro, y asegurando que intercedería en defensa del agua. Usted es consciente de que frente a la lógica perversa de apropiarse del territorio para explotar minerales, frente a la codicia de explotación de la naturaleza y de explotación de la naturaleza humana en Cajamarca se expresa otra lógica. Es la lógica que pugna por sostener otra forma de vivir, la lógica de la comunidad, de la articulación, de la solidaridad, de la mutualidad, la lógica de la Defensa de la Naturaleza que incluye a la vida humana. Y para esta lógica exijo desde aquí respeto.

Para explotar el nuevo yacimiento de oro y cobre Conga la minera Yanacocha tiene que vaciar al menos cuatro lagunas naturales que están en la cabecera de los ríos que proporcionan agua a Cajamarca. Esto es inaceptable bajo todo punto de vista.

En una palabra, no permita la expansión de la mina Yanacocha y cancele hoy mismo el proyecto minero la Conga.