Cœlacanthe : poisson préhistorique en danger

Menacé de disparition : le cœlacanthe (Photo © Arnaz Mehta)
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Fin de l'action : 22 mai 2014

Le cœlacanthe, dinosaure des mers que l'on croyait disparu depuis 65 millions d'années, nage encore le long des côtes de Tanzanie dans une zone devenue de ce fait réserve naturelle. Pourtant cet écosystème est destiné à disparaitre à cause d'un projet de port en eau profonde. Aidons à la protection des cœlacanthes

Lettre

Ce poisson est une sensation biologique : on croyait l'espèce des cœlacanthes éteinte avec les dinosaures depuis 65 millions d'années. Pourtant ce véritable fossile vivant nage encore le long des côtes de Tanzanie, dans la baie de Mwambani. Cette zone est devenue le parc marin des coelacanthes de Tanga en 2009. Cependant, un projet de construction d'un nouveau port provoquera la destruction de l'habitat naturel des poissons primitifs et l'expulsion des populations locales.   

La Tanzanie est obligée de protéger ses espèces menacées

La baie de Mwambani étant peu profonde, les autorités compétentes (TPA)prévoient un approfondissement considérable de celle-ci pour la réalisation du port. Les travaux de creusement détruiraient cette réserve marine sensible, ses récifs coralliens, ses mangroves et ses forêts côtières. Les cœlacanthes n'y survivront certainement pas. En vertu de l'accord international CITES sur les espèces menacées, le coelacanthe bénéficie d'un statut de protection élevé.

Ecrivez au gouvernement et aux autorités portuaires de Tanzanie pour les exhorter à protéger les cœlacanthes.

Contexte

 

Le cœlacanthe a été considéré comme une espèce depuis longtemps éteinte jusqu'à un jour de 1938 où il fut découvert vivant au large des côtes africaines. De nombreux scientifiques considèrent ce poisson préhistorique comme l'unique survivant d'un groupe d'animaux à partir duquel se sont développés il y a plusieurs millions d'années les vertébrés à quatre membres. 

De stature impressionnante, jusqu'à deux mètres de long et 90 kg, le cœlacanthe peut vivre jusqu'à 100 ans. En dehors de la Tanzanie, seulement deux autres sites dans le monde sont à ce jour connus pour abriter les cœlacanthes : l'archipel des Comores (au nord-ouest de Madagascar) et l'île de Sulawesi (ou Célèbes) en Indonésie. Ils ne sont pas prisés par les pêcheurs à cause de leur viande grasse, de mauvais goût et aux effets laxatifs.

 

Déplacements forcés par les autorités portuaires tanzaniennes

Les animaux et la nature ne sont pas les seuls à pâtir du projet de nouveau port. Les habitants des villages environnants sont aussi gravement touchés. Sur les milliers d'habitants le long de la côte, 200 familles ont déjà été déplacées de force. De plus seule une minorité de celles-ci ont reçu les indemnisations promises. 

Les autorités portuaires ont déjà commencé les déplacements de populations car elles espèrent une augmentation considérable des prix des terrains à bâtir avec la construction du port. 

Le projet de port en eau profonde dans la baie de Mwambani est très controversé, aussi d'un point de vue économique : même la Banque mondiale s'est retiré de ce projet. Le ministère de l'environnement et la chambre de commerce de Tanzanie le considèrent comme une folie tant écologique qu'économique. Car il existe des alternatives bien moins nocives pour l'environnement et le peuple tanzanien. En outre, la chambre de commerce a estimé dans une expertise comptable que l'extension du port existant à huit kilomètres de Tanga reviendrait beaucoup moins chère. 

Nonobstant, les autorités portuaires s'accrochent à la construction d'un nouveau port dans la baie de Mwambani, font pression pour un début rapide des travaux et continuent à chercher des investisseurs.

 

Informations supplémentaires

 

Lettre

À:
M. Jakaya Mrisho Kikwete, Président de la République Unie de Tanzanie


M. Mizengo Kayanza Peter Pinda, Premier Ministre de la République Unie de Tanzanie

M. Raphael Mollel et M. Ephraim Mgawe,
Prédisent et Directeur général de la Tanzania Ports Authority (TPA)

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Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre,
Messieurs Mollel et Mgawe,


Je vous écris ce courrier pour vous faire part de ma vive inquiétude concernant le port projeté par la Tanzania Ports Authority (TPA) dans la baie de Mwambani. Ce projet ne s'appuie sur aucune étude d'impact environnemental sur ce site, malgré les obligations légales pour toute construction de port. Sa réalisation violerait le statut de zone marine protégée de la baie (Marine Protected Area - MPA). La population de cœlacanthes présente dans la baie de Mwambani ne survivrait certainement pas à la construction du port. D'ailleurs ce poisson est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées et bénéficie de ce fait d'un statut de protection particulièrement élevé. Par ailleurs le coelacanthe est inscrit en Annexe I (espèces menacées d'extinction) de la CITES.

La construction du port en eau profonde provoquerait aussi la destruction des récifs coralliens, mangroves et forêts côtières de la baie de Mwambani. Ces écosystèmes possèdent une très riche biodiversité et ont une fonction extrêmement importante en protégeant des inondations.

Le projet du port s'est développé hors de tout cadre démocratique sans la consultation des organismes compétents et de la population locale. Même l'organisation nationale Gestion de l'Environnement (NEMC) n'a pas été impliqué dans le processus de décision. Pourtant, une évaluation indépendante menée par les experts des compagnies maritimes et les utilisateurs du port aboutit à la conclusion qu'un nouveau port dans la baie de Mwambani n'est pas économiquement viable. Au lieu de cela, ils recommandent l'extension du port existant à Tanga, ce dernier possédant des infrastructures adaptées.

De plus, la population locale a déjà subi des expulsions illégales en lien au projet de port. Les indemnités promises devant compenser la perte des terres et des habitats n'ont été données que partiellement. D'autres habitants des villages environnants sont menacés d'expulsion, bien que ces pratiques enfreignent le droit foncier tanzanien.

En considérant l'opacité du processus de décision et les nombreuses violations du droit dans le projet de port, je vous exhorte à :

- renoncer à la construction d'un port dans la baie de Mwambani et faire examiner les solutions alternatives proposées par les experts,

- faire respecter les statuts protégeant les cœlacanthes et la zone marine de la baie de Mwambani (MPA)

- faire cesser la répression contre la population locale et faire indemniser décemment les familles déjà expropriées.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Messieurs Mollel et Mgawe, l’expression de mon profond respect.

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LETTRE ORIGINALE EN ANGLAIS
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To:
President Jakaya Mrisho Kikwete,

Office of the President
P.O. Box 9120
Dar es Salaam
Tanzania
Fax: +255 22 2113425
Prime Minister Mizengo Kayanza Peter Pinda,

Office of the Prime Minister
Permanent Secretary
P.O.Box 3021
Dar es Salaam
Tanzania
Director General TPA: Mr. Ephraim Mgawe,
Chairman TPA: Mr. Raphael Mollel,
P.O.Box 9184, Dar Es Salaam, Tanzania

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Your Excellencies,

it is with great concern that I am observing the TPA plans for building a harbour at the Mwambani Bay. Although legally required, no environmental impact assessment has been conducted so far. Implementing these plans would infringe the conservation status of the Marine Protected Area (MPA) established in 2009. The population of coelacanths found at the Mwambani Bay would quite certainly not survive the harbour construction. However, this fish is classified on the Red List of Threatened Species as being highly endangered and therefore should be protected by particularly careful conservation measures. Having ratified the international CITES treaty, Tanzania has committed itself to the conservation of highly endangered species.

In order to construct the planned deepwater port, coral reefs, mangroves and coastal forests along the bay would have to be destroyed. These ecosystems are very species-rich and prevent flooding.

Contrary to common democratic practices, plans for harbour construction were made without prior consultation of the local population or other competent authorities. Not even the responsible agency in charge, the National Environment Management Council (NEMC), was involved in the decision-making process. An independent assessment conducted by these authorities shows that the construction of a new port at Mwambani Bay is not even economically reasonable. Instead, they recommend the development of the existing port in Tanga. Here an appropriate infrastructure is already available.

Associated to the construction plans, unrightful displacement of local people has already taken place. The promised compensations for their loss of homes and land were only partially paid. More inhabitants of the surrounding villages are threatened by expulsion due to the construction of the harbour. This procedure violates existing Tanzanian land rights.
In the light of the outlined non-transparent decision-making processes and the extensive violations of the law connected to the planned construction of this port I ask you

– to dismiss the plans for the construction of a port at Mwambani Bay and rather take into account the alternatives presented by experts.

– to respect and ensure the conservation status of the coelacanth and the Marine Protected Area (MPA) at the Mwambani Bay

– to put an end to the repression of the local people and to compensate already expropriated families in due manner.

Yours faithfully