Le roi et l'éléphant

Juan Carlos, roi d'Espagne et président d'honneur de la WWF

Cela pourrait être le titre d'un conte pour enfants. Mais ne l'est pas. Le roi d'Espagne Juan Carlos s'est blessé en chassant l'éléphant la semaine dernière au Botswana, à un moment où le commerce illégal d'ivoire atteint des niveaux records. Exhortons les autorités espagnoles à s'engager enfin pour la protection des éléphants.

Cela pourrait être le titre d'un conte pour enfants. Mais ne l'est pas. Le roi d'Espagne Juan Carlos s'est blessé en chassant l'éléphant la semaine dernière au Botswana. À un moment où le commerce illégal d'ivoire atteint des niveaux records, exhortons les autorités espagnoles à s'engager enfin pour la protection des éléphants.

Les grands quotidiens espagnols ont fait leur une le dimanche 15 avril 2012 sur l'accident de chasse à l'éléphant de Juan Carlos. Sur fond de crise économique, ce safari dont le coût est estimé à 30.000 euros et mené par un monarque ayant appelé en décembre les responsables publics de son pays à faire preuve de« rigueur, de sérieux et d'exemplarité » a choqué la population. 

Des excuses, mais pour qui ?

L'indignation fut telle que le roi s'est excusé publiquement le mercredi suivant à sa sortie de l'hôpital : « J'ai fait une erreur, je suis vraiment désolé, cela ne se reproduira plus ». Cette déclaration, courte et très vague, n'éclaire malheureusement ni sur les motifs ni sur les destinataires de ces excuses. Nous doutons néanmoins que ses pensées furent pour les éléphants, une parmi les nombreuses espèces menacées qu'il chasse depuis plusieurs décennies. Juan Carlos est président d'honneur de la WWF en Espagne.   

Suite : CITES, régulation, braconnage


Ecrivez au Président du gouvernement espagnol pour qu'il engage enfin son pays à protéger les éléphants. 


L'Association espagnole pour la défense des animaux (ANDA) a demandé au gouvernement en février dernier de modifier sa position lors des conférences de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction). En effet, l'Espagne s'emploie depuis plusieurs années à faire baisser le niveau de protection de l'éléphant. Une étude de l'ANDA et du Fond international pour la protection des animaux (IFAW) montre que l'Espagne est un pays dans lequel la vente en ligne d'ivoire est un marché très lucratif. Faut-il préciser que cela exacerbe la chasse aux éléphant ? 

Les éléphants n'ont pas besoin de régulateurs mais de défenseurs contre le braconnage

Un des arguments avancés pour la défense du roi Juan Carlos est qu'il chasse seulement dans le cadre cadre d’opérations de « régulation » des troupeaux d'animaux. Certains verront peut-être une certaine forme de noblesse de voir un monarque s'acquitter d'une tâche aussi ingrate. Il s'agit tout de même de tuer de sang froid de si merveilleux animaux. Cet argument de régulation présuppose aussi que les éléphants seraient trop nombreux s'il faut en abattre. 

Or, selon l'étude « Éléphants: réalités et chimères » réalisée par le professeur Rudi van Aarde pour le IFAW : « l'Afrique compte seulement la moitié des éléphants qu'elle abritait il y a 40 ans. Entre 1970 et 1989, le braconnage illicite a apparemment réduit les effectifs à 500 000. (...) Avec environ 130 000 individus, la population du Botswana est d'un tiers inférieure à son niveau du début du XXe siècle. » Et l'expert de cette  ONG de protection animale dotée du statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations unies de conclure: « L'affirmation selon laquelle il y a trop d'éléphants est donc mal fondée et scientifiquement peu défendable. »

Depuis 1989, le commerce international de l'ivoire est interdit. Pourtant l'année 2011 a battu tous les records de saisies d'ivoire : 23 tonnes (plus du double que le chiffre de 2010) ce qui représente au moins 2.500 éléphants selon l'ONG Traffic. Et l'IFAW de rappeler que ces saisies ne représentent qu'une infime partie de tout l'ivoire vendu illégalement à travers le monde. 

Un cas loin d'être isolé

Juan Carlos se rend dans de nombreux pays pour assouvir sa passion de la chasse. Léopards, éléphants, ours, loups, bisons et de nombreux autres animaux furent victimes du monarque au cours des 50 dernières années. Déjà en octobre 2004, la maison royale espagnole avait fortement fait pression sur les médias pour ne pas ébruiter la participation de Juan Carlos à une chasse à l'ours en Roumanie. Bilan : neufs ours, dont deux femelles enceintes, espèce protégée dans ce pays. Cette tuerie avait provoqué un grand émoi dans la presse roumaine. 


Informations supplémentaires

   

Le monarque espagnol et ancien président d'honneur du WWF Juan Carlos pose avec un fusil devant l'éléphant qu'il vient d'abattre au BotswanaUne image bientôt classée au rang des souvenirs au Botswana : le roi d'Espagne Juan Carlos posant fièrement devant sa proie

30 nov. 2012

Le Botswana va enfin protéger ses éléphants

Au Botswana, le gouvernement vient d'annoncer la prochaine interdiction de la chasse commerciale aux animaux sauvages. Jusqu'ici, les touristes fortunés y étaient autorisés à chasser éléphants, lions et autres buffles. Mais ces pratiques ne sont plus compatibles avec la protection de la faune du pays selon le ministre de l'environnement. 

Le Botswana se présente comme un paradis pour les amateurs de safari. Il est non seulement possible d'admirer les animaux d'espèces menacées avec ses jumelles... mais aussi de les abattre contre le paiement d'une somme déterminée. Heureusement, ce sera bientôt de l'histoire ancienne. Le Botswana, par la voie de son ministre de l'environnement, vient d'annoncer l'interdiction de la chasse commerciale à compter de 2014. Selon lui, cette décision est motivée par la forte baisse des populations de buffles, de lions et d'éléphants.

Ainsi, le roi d'Espagne Juan Carlos va devoir chercher une nouvelle destination pour ses parties de chasse. En avril dernier, le monarque avait fait les gros titres de l'actualité mondiale après s'être fracturé la hanche en chassant l'éléphant au Botswana. Sauvons la forêt avait vivement protesté et même lancé une pétition adressée au gouvernement espagnol concernant celui qui, au moment de son accident, était encore président d'honneur de la célèbre organisation WWF (Fond mondial pour la nature). 

Les tour-opérateurs organisant des chasses en Afrique essaient de faire le plus rapidement possible un maximum de profit tant qu'il en est encore temps. Des sites internet comme Africa Hunting proposent des safaris-chasse à l'éléphant dont les prix varient de 30.000 à 50.000 dollars selon la taille de l'animal abattu. Et si le chasseur ne trouve pas de cible correspondant à sa  « commande » le long de son parcours de 10 jours entre la Réserve de Moremi et le Parc national de  Nxai Pan, le voyagiste propose même de le dédommager de 5.000 dollars. 

Sauvons la forêt appelle à une interdiction mondiale et totale de la chasse commerciale. Tuer des animaux n'est pas une activité récréative.