Halte aux bulldozers dans la réserve de Morowali

Il est encore possible d'empêcher les bulldozers de détruire la zone naturelle protégée
66 462 signatures

Fin de l'action : 19 mai 2014

Un paysage unique de forêts pluviales est en danger sur l'île de Célèbes en Indonésie. Le préfet y a autorisé la pros­­pection de nickel. Des mangroves ont été défrichées et de précieux bois de fer abattus pour la construction d'une route et d'un port. Mais les dirigeants indonésiens peuvent encore mettre fin aux destructions...

Lettre

M. Susilo Bambang Yudhoyono, Président de la République d'Indonésie et M. Zulkifli Hasan, Ministre des Forêts

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« La réserve naturelle de Morowali possède une biodiversité exceptionnellement riche avec ses différents types de forêts pluviales : mangroves, forêts côtières, riveraines, de montagnes et de nuages (sur les crêtes). Ce trésor naturel a une grande signification pour notre île ». Andika Ndika, du réseau anti-exploitation minière JATAM s'est rendu souvent ces derniers mois dans ce site aux riches faune et flore endémiques. Mais  la réserve  de Morowali est en danger depuis que le préfet a délivré en 2011 un permis de prospection de nickel à la société minière PT GRP  sur 145 hectares en pleine zone protégée. 

Andika Ndika est le chef de campagne au sein de notre organisation partenaire JATAM dans le Sulawesi central. En octobre 2011, les activistes du réseau ont constaté que l'entreprise PT GRP défrichait les mangroves pour l'aménagement d'un port destiné à l'exportation et qui est construit avec du bois de belian (un bois de fer) abattu dans la réserve. La ceinture de mangrove est sur le territoire de trois villages et se prolonge dans la réserve de Morowali. Le ministre des forêts a placé 209.400 hectares de la zone sous protection en avril 1999. 

« PT GRP a commencé à construire une route le 1er juin 2012 » raconte Andika. « Elle relie la mine au port d'exportation en passant au milieu de zones habitées. L'extraction de nickel a déjà commencé alors que l'entreprise ne possède qu'un permis prospection ». 

JATAM demande au gouvernement indonésien de mettre immédiatement un terme aux activités minières dans la réserve de Morowali, d'enquêter sur les pratiques illégales et d'obliger ses protagonistes à reboiser les forêts détruites.

Suite à maintes manifestations et plaintes, JATAM a rédigé une pétition et appelle au soutien du monde entier. Soutenons-les !


Contexte

 

L'île indonésienne des Célèbes est riche en ressources naturelles, en particulier son centre montagneux. Le gouvernement et les sociétés minières convoitent en particulier les gisements de minerais de nickel et de fer, de cuivre et d'or. Les plus grands projets miniers de la province de Sulawesi central se trouvent dans le département de Morowali. L'activité minière a connu un essor considérable ces cinq dernières années. Selon les activistes de JATAM, le préfet a déjà délivré 189 concessions minières. « La plupart des concessions opèrent sans les contrôles réglementaires » selon Andika Ndika de JATAM. « Cela signifie que les défrichements se poursuivent sans que les autorités n'interviennent ».

Ceci est une catastrophe pour les habitants mais aussi pour animaux et plantes dont de nombreuses espèces sont endémiques : tarsiers, ailurops, anoas des montagnes et de Malaisie, mégapoles maléo...

 

Lettre

M. Susilo Bambang Yudhoyono, Président de la République d'Indonésie et M. Zulkifli Hasan, Ministre des Forêts

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,

L'activité minière a considérablement augmenté ces cinq dernières années dans le département de Morowali. Selon nos informations, le préfet y a déjà délivré pas moins de 189 concessions minières (IUP). La plupart de celles-ci opèrent sans être suffisamment contrôlées par les autorités, raison pour laquelle la déforestation se poursuit.

Par cette pétition, nous protestons contre l'exploitation des gisements de nickel, les défrichements et abattages illégaux dans la réserve naturelle de Morowali.

L'entreprise PT Gemah Ripah Pratama (PT GRP) possède le permis n° 540.3/SK.002/DESDM/XII/2011 pour la prospection sur une zone de 145 hectares. En octobre 2011, elle a commencé à défricher les mangroves et forêts le long des zones des municipalités de Tambayoli, Tamainusi et Tandoyondo.

Les enquêtes de terrain, initiées par JATAM et menées par l'office de protection de l'environnement de Kolonedale les 8 et 9 novembre 2011, révèlent que :

1. la forêt de mangrove qui borde les zones des municipalités de Tambayoli, Tamainusi et Tandoyondo se prolonge dans la réserve naturelle de Morowali. Elle couvre 209.400 hectares et a obtenu du ministre des forêts un statut de protection par décret (n° 237/Kepts11n/1999) le 21 avril 1999.

2. Une bande de 1.200m de long sur 15m de large de mangroves a été défrichée pour la construction d'un port.

Le 1er juin 2012, PT GRP a commencé à construire une route reliant le site de la mine et le port et qui traverse une zone habitée. L'entreprise a déjà extrait du minerai de nickel sur un hectare dans la municipalité de Tambayoli quand bien même celle-ci ne possède qu'un permis de prospection. La société PT GRP ne fait pas que détruire la réserve protégée de Morowali, elle vend et exporte un minerai de nickel sans aucune forme d'autorisation. Ce faisant, elle viole le décret n°7 de 2012 qui interdit l'exportation de matières premières.

Par cette lettre, nous protestons aussi contre l'injustice faite à la population de Sulawesi. La réserve naturelle de Morowali est protégée légalement depuis 1999. D'un côté, les habitants des communautés voisines se font emprisonner s'ils sortent des produits forestiers hors de la réserve, de l'autre les autorités locales laissent la société minière dérober du bois de belian et détruire la nature en toute impunité.

Nous vous demandons de mettre fin sans délai aux activités minières dans la réserve naturelle de Morowali. Nous vous exhortons aussi à enquêter sur les pratiques illégales des protagonistes et à vous assurer du reboisement des forêts détruites.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, l'expression de mon profond respect.


Palu, le 24. Septembre 2012
Andika Ndika, chef de campagne
JATAM