Éléphants empoisonnés pour l'huile de palme

Avec sa trompe, un éléphanteau essaie de réanimer sa mère gisant sur le sol Un éléphanteau pleure sa mère empoisonnée (© picture alliance / dpa)
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Fin de l'action : 9 oct. 2015

14 éléphants pygmées, dont l'espèce est menacée d'extinction, ont trouvé la mort à Bornéo, très vraisemblablement empoisonnés dans les plantations de palmiers à huile toujours plus envahissantes dans l'état de Sabah en Malaisie. Réclamons l'arrêt immédiat de la déforestation et la protection des éléphants !

Lettre

M. Najib Razak, Premier ministre de la Malaisie, M. Musa Aman, Premier ministre de l'État de Sabah

Non à la destruction de l’habitat des éléphants pygmées au profit de l’industrie de l’huile de palme en Malaisie !

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Avec sa trompe, un éléphanteau tente en vain de réanimer sa mère gisant sur le sol. C'est la scène terrible à laquelle ont assité les gardes de la réserve de Gunung Rara Forest en Malaisie. Elle et 13 autres cadavres d'éléphants d'une même horde ont été retrouvés à proximité d'un camp de bûcherons et de plantations de palmiers à huile de l'entreprise publique Yayasan Sabah Group.

Laurentius Ambu, directeur du département de la vie sauvage de l'État de Sabah soupçonne les éléphants d'avoir été empoisonnés : « Les éléphants ont mangé de la mort-aux-rats. C'est la méthode employée par les travailleurs des plantations pour empêcher les animaux de manger les fruits du palmier à huile ». L'éléphant pygmée de Bornéo est une rare sous-espèce de l'éléphant d'Asie, dont il ne reste que 1.500 individus, quasi-uniquement à Sabah.

La Malaisie continue de miser sur les bois tropicaux et l'huile de palme pour ses exportations.

Pour l'expansion des plantations, les politiques sont en train de rendre possible la destruction des dernières forêts tropicales à Sabah et à Sarawak, synonyme, pour l'île de Bornéo, de la perte de son incroyable biodiversité, de ses espèces menacées comme le rhinocéros, le nasique et l'orang-outan.

Musa Aman est le personnage clé de la déforestation à Sabah : en tant que premier ministre de l’État, il délivre des concessions forestières et de plantations… dont il tire profit en tant que président du Yayasan Sabah Group ! Fin 2012, l'entreprise a débuté le déboisement de 70.000 hectares supplémentaires de forêts pour les plantations, ne laissant plus de place aux éléphants pygmées.

Écrivons à Musa Aman et au gouvernement de Malaisie pour qu’ils œuvrent pour la protection des forêts et mettent fin au crime contre la nature que sont les cultures industrielles d’huile de palme.

Contexte


L'éléphant pygmée de Bornéo

Âgés de quatre à vingt ans, les 14 éléphants empoisonnés appartenaient à la même famille. Celles-ci regroupent jusqu'à 20 membres. Les gardes de la réserve forestière craignent que d'autres animaux aient aussi ingéré le poison. Le troupeau se déplace sur un territoire d'environ 400 km2. 

L'éléphant pygmée de Bornéo (Elephas maximus borneensis) est la plus petite sous-espèce de l'éléphant d'Asie. Il a la tête ronde, de grande oreilles, une longue trompe et ses défenses sont droites. Les éléphants pygmées sont grandement menacés à cause en premier lieu de la chasse, de la perte de son habitat naturel et des conflits avec les humains en découlant. Au maximum 1.500 individus ont réussi à survivre en milieu sauvage à ce jour, en particulier dans l'état de Sabah en Malaisie. 

Les éléphants sont protégé par la loi (Wildlife Conservation Enactment) en Malaisie. Les chasser ou les tuer y est puni par une amende et / ou jusqu'à cinq ans de prison. 

Les affaires du premier ministre de Sabah

Selon l'organisation Sarawak Report, Musa Aman, l'autoritaire dirigeant de l'État de Sabah, s'enrichit depuis plusieurs années par la destruction des forêts tropicales et des activités illégales de bûcheronnage. Selon des journaux malaisiens comme le Malaymail, M. Aman et d'autres membres de son clan encaissent des juteux pots de vins en délivrant des permis illégaux d'exploitation forestière et d'exportation. Les forêts pluviales une fois détruites, il autorise la mise en place de plantations de palmiers à huile, même dans les zones protégées. 

Depuis 2007, la Commission anti-corruption malaisienne enquête sur la famille Aman, son réseau mafieux de corruption et de blanchiment d'argent qui s'étend de la Malaisie à Hong-Kong en passant par Singapour et la Suisse rapporte le Fond Bruno Manser.

70 millions d'euros ont déjà été blanchi sur les comptes de la seule banque UBS. Le Ministère public de la Confédération a ouvert une procédure pénale à l’encontre de la banque en réaction aux documents apportés par le Fond Bruno Manser, une association écologiste qui soutient depuis de longues années le peuple Penan dans son combat contre la destruction des forêts tropicales.

Le Yayasan Sabah Group

Fondé en 1966, l'entreprise publique Yayasan Sabah Group (anciennement Yayasan Sabah Foundation) a pour rôle officiel de promouvoir le développement de l'État de Sabah. Son directeur en est Musa Aman... le chef du gouvernement de Sabah. Le groupe détient des concessions recouvrant un million d'hectares de forêts tropicales à Sabah. Maintenant que les réserves de bois précieux ont été épuisées sur ces sites, le groupe a décidé de convertir les forêts en plantations industrielles pour la culture du bois et du palmier à huile. 

Par exemple, sur une zone de plus de 60.000 hectares de forêt tropicale qu'elle a défriché à 70 kilomètres au nord de la ville de Tawau, une de ses filiales (Sabah Softwoods Berhad - SSB) exploite une plantation de 28.000 hectares de palmiers à huile et une autre de 27.000 hectares (majoritairement) d'acacia. 

Depuis 2011, l'entreprise est membre de la RSPO, le label fondé par l'industrie censé garantir une « huile de palme responsable », ce qui éclaire encore un peu plus sur la réelle nature de ses membres. Les plantations d'acacia évoquées sont quant à elles certifiées par le label FSC (Forest Stewardship Council). Aussi ce cas rappelle que ces labels « verts », loin de garantir le respect de l'environnement ou la soutenabilité d'activités forestières ou agricoles, trompent le consommateur qui achète un bois ou de l'huile de palme provenant de la déforestation. 

Fin 2012, le Yayasan Sabah Group a commencé à défricher 70.000 hectares de forêt pour une plantation de palmier à huile. Les travaux de défrichage doivent durer environ 3 ans. La conversion de la forêt en diverses plantations industrielles offre une dernière opportunité de profit rapide pour l'entreprise. Ainsi sont destinées à la destruction des zones protégées plus ou moins intactes qui ont été établies à l'origine par des chercheurs pour leur biodiversité unique.  Ce territoire réunit la réserve de Gunung Rara Forest (à environ 130 km de Tawau) et les Zones de conservation de la Vallée de Danum et du Bassin de Maliau. 

L'huile de palme de Malaisie

En Malaisie, les plantations d'huile de palme s'étendent sur plus de 5 millions d'hectares. Le pays d'Asie du Sud-Est produit environ 20 millions de tonnes d'huile de palme par an, ce qui le place au second rand des producteurs mondiaux juste derrière son voisin indonésien. Environ 4/5ème / quatre cinquième de la production d'huile de palme de Malaisie est destinée à l'exportation vers le marché mondial. 

 

Informations supplémentaires

En français
• Article de Mongabay  L’abattage de bois industriel s’est fait au détriment des forêts tropicales de Bornéo
• Dépêche de l'AFP  Bornéo: 14 éléphants pygmées morts empoisonnés
• Article du Monde  Des éléphants pygmées empoisonnés à Bornéo
• Pétition de Sauvons la forêt  La mafia du bois blanchit son argent chez UBS

En anglais
• Article de Mongabay  Elephants pay the price for palm oil in Malaysian Borneo, impact may reach far beyond reported kills
• Article de The ant daily  Greed of man drives elephants to a corner<


Destinataires de la pétition

En plus de signer la pétition, il vous est possible de contacter directement ses destinataires :

M. Najib Razak, Premier ministre de la Fédération de Malaisie
M. Datuk Seri Musa Aman, Premier ministre de l'État de Sabah

Ambassade de Malaisie en France
2 bis rue de Bénouville
75116 Paris<
Tél : +33 (0)1 45 53 11 85
Courriel : malparis@kln.gov.my

 

Lettre

M. Najib Razak, Premier ministre de la Malaisie, M. Musa Aman, Premier ministre de l'État de Sabah

Monsieur le Premier ministre Razak,
Monsieur le Premier ministre Aman,

La Malaisie possède les forêts pluviales parmi celles ayant le plus de biodiversité de la planète. Je suis extrêmement préoccupé(e) par les milliers d'hectares de zones naturelles, dont des forêts entières, qui continuent à être détruites chaque année pour les plantations de palmier à huile, avec pour conséquence la perte de leur habitat pou les innombrables espèces végétales et animales, dont l'éléphant et l'orang-outan.

Je suis profondément indigné(e) par l'empoisonnement d'au moins 14 éléphants pygmées de Bornéo dans l'État de Sabah. Ces éléphants ont été découverts lors des quatre dernières semaines près de la limite de la réserve de Gunung Rara Forest, à proximité d'un camp de bûcheron et de plantations de palmier à huile. Le directeur du département de la vie sauvage de l'État de Sabah soupçonne les travailleurs des plantations d'avoir répandu le poison afin de maintenir les éléphants à distance des cultures.

Monsieur le Premier ministre Aman, vous avez appelé à une enquête approfondie et à une sanction exemplaire pour ceux ayant commis ce crime. Pourtant, en tant que Premier ministre de l'État de Sabah, vous partagez la responsabilité pour la mort de ces éléphants (de forêt) : c'est vous le chef du gouvernement qui octroyez les concessions forestières et pour les plantations de palmier à huile dans les zones de forêts tropicales. Vous êtes par ailleurs le président du Yayasan Sabah Group qui exploite les concessions forestières et les plantations dans lesquelles les éléphants ont été empoisonnés et où est située la réserve de Gunung Rara Forest. Le début du défrichage des forêts fin 2012 y coïncide avec les premiers cas d'éléphants découverts morts.

Je vous demande de préserver la nature de la Malaisie et sa faune unique, de ne plus autoriser ou tolérer la destruction des forêts tropicales. Veuillez restaurer les corridors forestiers afin que les éléphants puissent circuler entre leurs habitats restant.

Je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre Razak, Monsieur le Premier ministre Aman, à l'assurance de ma considération et de ma vigilance citoyenne.