COP17 sur la désertification : Pas de forêts, pas d’avenir.
La déforestation, les monocultures, les incendies et l’exploitation minière appauvrissent les sols d’Amérique latine, aggravant les sécheresses et l’insécurité alimentaire. Alors que la COP17 sur la désertification s’est tenue en Mongolie en août 2026, les projets de Sauvons la forêt montrent une voie concrète : soutenir les communautés locales, l’agroécologie et les cultures protégeant la nature.
Du 17 au 28 août 2026, des représentants de gouvernements, d’organisations de la société civile et de communautés autochtones, d’éleveurs pastoralistes et de petits agriculteurs, ainsi que des scientifiques se sont réunis à Oulan-Bator, en Mongolie, pour la 17e session de la Conférence des Parties (COP17) à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Le thème « Restaurer la terre. Redonner l’espoir » (Restoring Land. Restoring Hope) rappelle que le sol n’est pas une ressource inerte : l’eau, l’alimentation, la biodiversité, les moyens de subsistance et la stabilité sociale dépendent de sa santé.
Selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), jusqu’à 40 % de la surface terrestre sont déjà touchés par la dégradation des sols. La COP17 devait se pencher sur les thèmes de la désertification, de la dégradation des terres et de la sécheresse – des phénomènes qui se renforcent mutuellement et qui sont encore exacerbés par la crise climatique. Les enjeux sont particulièrement grands pour l’Amérique latine : du couloir sec d’Amérique centrale (Corredor Seco) au Cerrado, et de la région amazonienne au Gran Chaco, des millions de personnes souffrent de pénuries d’eau, de mauvaises récoltes et sont même, par endroits, contraintes de quitter leurs terres.
En particulier, la déforestation, les monocultures, les incendies et l’exploitation minière entraînent un appauvrissement des sols et aggravent la sécheresse et l’insécurité alimentaire.
La désertification n’avance pas toute seule
La désertification n’est pas simplement l’émergence de déserts là où il y avait auparavant de la végétation. Il s’agit plutôt de l’appauvrissement progressif du sol dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches : le sol perd sa matière organique, sa fertilité et sa capacité à retenir l’eau. La végétation diminue et les écosystèmes perdent leur résilience face aux sécheresses et aux événements météorologiques extrêmes.
Comme on le souligne chez Mongabay Latam, en Amérique latine la transformation des terres pour les monocultures et l’élevage extensif va de pair avec à la hausse des températures, les fluctuations climatiques et les phénomènes tels que El Niño. Un écosystème déjà endommagé est peu résistant à l’absence de pluie. La sécheresse, à son tour, le rend plus vulnérable aux incendies et à la dégradation. C’est un cercle vicieux dans lequel la responsabilité de l’homme ne peut pas être cachée derrière le mot « climat ».
La déforestation détruit la couverture végétale qui protège le sol du soleil, du vent et des pluies torrentielles. Sans arbres et racines, l’eau coule plus vite à la surface, rince la couche fertile du sol et alimente moins les nappes phréatiques. La perte de forêts perturbe également le cycle des nutriments et réduit l’humidité que les écosystèmes rejettent dans l’atmosphère.
De vastes plantations industrielles de soja, de palmiers à huile et d’autres cultures remplacent des écosystèmes complexes par des paysages monotones. L’utilisation intensive de machines et de pesticides, le déclin de la biodiversité et les cultures répétées des mêmes variétés peuvent appauvrir et compacter le sol. L’élevage extensif accélère également l’érosion et la perte de végétation lorsqu’il progresse au détriment des forêts, des savanes et des pâturages naturels ou qu’il épuise la capacité de régénération d’une zone.
Les incendies sont souvent utilisés pour libérer rapidement de nouvelles terres pour l’agriculture ou l’appropriation de terrains. En cas de chaleur et de sécheresse, le feu peut échapper à tout contrôle et se propager dans des forêts qui ne sont pas adaptées aux incendies. Après le feu, le sol n’a plus de protection naturelle, perd ses organismes et sa matière organique, et retient moins d’eau : c’est ainsi que se créent les conditions propices à de nouveaux incendies, encore plus destructeurs.
L’exploitation minière contribue également à la destruction de l’environnement. Les activités d’extraction entraînent l’élimination de la végétation et des couches de sol, ainsi que le détournement ou l’assèchement des cours d’eau. Les sols et les rivières peuvent être contaminés par des substances toxiques. Les routes, les infrastructures et les implantations humaines qui se développent dans le cadre de l’exploitation minière sont à l’origine d’une déforestation supplémentaire. Pour les populations rurales et autochtones, les conséquences d’une telle évolution ne sont pas seulement écologiques : elles entrainent la perte d’eau propre, de nourriture, de sites sacrés, d’autonomie et de continuité culturelle.
Protéger la terre et ses gardiens
La COP17 a accordé une attention particulière aux pâturages et aux savanes – des écosystèmes trop souvent considérés comme « vides » et donc désignés pour d’autres utilisations. En fait, pâturages et savanes protègent les sols, stockent le carbone, régulent l’eau, abritent une extraordinaire diversité d’espèces et fournissent la base de vie à un grand nombre de cultures. En reconnaître la valeur signifie également reconnaître les droits et les connaissances de ceux qui y habitent et qui les utilisent sans les détruire.
Les communautés locales et les peuples autochtones ne doivent pas être invités aux sommets internationaux uniquement pour témoigner des dommages subis. Ils doivent participer aux prises de décision et pouvoir défendre leurs territoires devant les tribunaux. En outre, ils doivent recevoir des fonds directs pour les solutions qu’ils mettent déjà en œuvre. Les savoirs traditionnels, l’agroécologie, la préservation des variétés de semences indigènes, l’agroforesterie, la collecte des eaux pluviales et la gestion communautaire du feu n’appartiennent pas au passé : ce sont des instruments indispensables pour renforcer la résilience dans le présent.
Notre engagement en Amérique latine
Cette perspective est le principe directeur de l’engagement de Sauvons la forêt et de ses organisations partenaires en Amérique latine. Au Brésil, la Teia dos Povos da Bahia réunit des populations afro-descendantes, autochtones et des communautés traditionnelles pour échanger des semences indigènes, renforcer la souveraineté alimentaire et restaurer les territoires dégradés par les pratiques agroforestières. Les réunions communautaires ont donné naissance à des jardins biologiques, à des banques de semences, à des pépinières et à des initiatives communes de reboisement.
Au Maranhão, le soutien d’un réseau des peuples et communautés traditionnelles renforce la protection des zones menacées par les monocultures de soja, l’élevage, l’exploitation minière et la pollution par les produits toxiques. La protection de leurs terres garantit la pérennité des communautés, ainsi que l’autonomie alimentaire et le droit de continuer à vivre selon les traditions qui ont permis de préserver les forêts et les cours d’eau depuis des générations.
Au Mexique et en Amérique centrale, des organisations partenaires soutiennent les communautés qui s’opposent à l’expansion des plantations de palmiers à huile et aux expropriations. Dans l’Amazonie brésilienne, le peuple Ka’apor défend l’un des derniers grands territoires forestiers de la région contre les invasions et la déforestation illégale. En Équateur, la lutte pour le Yasuní associe la protection de la forêt à celle des peuples autochtones et exige de ne pas y exploiter le pétrole.
L’engagement de Sauvons la forêt en Amérique latine montre que la lutte contre la désertification ne doit pas se limiter à planter des arbres ou à financer de grands projets conçus loin des zones concernées. La restauration des sols implique d’éliminer les causes de leur destruction, de garantir les droits collectifs, de promouvoir des économies locales diversifiées et de renforcer les systèmes agricoles qui respectent les cycles naturels.
Promesses ou actes ?
La conférence d’Oulan-Bator aurait dû déboucher sur des engagements concrets et un ensemble de mesures globales, mais cela n’a pas été le cas. Les mesures auraient dû viser à stopper la déforestation et la transformation des écosystèmes naturels, à prévenir les incendies, à mettre fin à l’extraction destructrice de ressources naturelles, à protéger l’eau et les sols, à financer directement les communautés locales, ainsi qu’à assurer la participation effective des peuples autochtones et à reconnaître leurs droits fonciers.
Il ne peut y avoir de restauration de la nature tant que les monocultures, les mines et les infrastructures qui détruisent les forêts et les communautés continuent de se répandre. Et il ne peut y avoir de sécurité alimentaire si l’agriculture n’est pas en harmonie avec la biodiversité, l’eau et la culture de ceux qui produisent les aliments.
Bien qu’une planification internationale coordonnée pour lutter contre la désertification soit utile et nécessaire, aucune action ne doit être imposée d’en haut. Le droit des populations locales et indigènes à dire NON aux mégaprojets et à toute décision qui menace leurs territoires, qui ne respecte pas le consentement libre, préalable et informé ou qui viole leurs droits traditionnels doit être respecté », déclare Elisa Norio de Sauvons la forêt.
Même si la COP17 n’a pas débouché sur des résultats concrets et que des décisions importantes ont été reportées, Sauvons la forêt observera de près l’évolution future dans les communautés et les écosystèmes concernés.
Nous croyons que la terre n’est pas seulement l’endroit où nous vivons, mais aussi un réseau de relations entre le sol, l’eau, les forêts, les animaux et les humains. La défendre, c’est choisir un avenir où la production ne détruit pas elle-même les moyens de subsistance.
Les projets des partenaires de Sauvons la forêt montrent que ce futur se cultive, se protège et se reconstruit déjà chaque jour dans les régions d’Amérique latine
Signez nos pétitions et soutenez nos projets pour contribuer à la sauvegarde des forêts :
https://www.sauvonslaforet.org/petitions/1284/stop-a-l-epandage-aerien-de-pesticides-au-bresil
https://www.sauvonslaforet.org/projets?
Source : Mongabay Latam, “Cumbre mundial clave sobre desertificación: Latinoamérica llega a la COP17 entre sequías, El Niño y presión por producir alimentos”, 17 agosto 2026: https://es.mongabay.com/2026/08/cop17-desertificacion-sequia-latinoamerica-el-nino-alimentacion/
Informations officielles sur la COP17: https://www.unccd.int/cop17
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